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Hors jeu. Les misérables

Miserables

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Posté le 04/09/2017 à 14h00 par Hassan Benadad (Mise à jour le 04/09/2017 à 17h53)

Un médaillé d’or contraint de vendre du charbon et des oignons, un athlète qui file au Bahreïn la veille des Mondiaux, deux boxeurs qui zappent les championnats du monde faute de primes, un président qui vire l’argent du club dans son compte personnel... Les responsables de notre sport n’ont pas honte de s’afficher en gladiateurs. Misérables!

L’image n’a rien d’inhabituel chez nous puisqu’on la vit au quotidien dans les rues et les boulevards de nos villes, villages et contrées les plus lointaines. Pour survivre, les «Ferrachas» étalent toutes sortes de marchandises partout où ils trouvent une place. Car la place est chère… Sauf que le cas de ce jeune vendeur de charbon et d’oignons sort de l’ordinaire. Voire, on ne la trouve nulle part ailleurs dans le monde.

C’est une spécificité (exclusive) de ce Maroc des grands contrastes où est tout est possible même l’impossible. Dans le sens négatif, bien sûr. A preuve dans quel pays pouvez-vous trouver (ni même imaginer) un champion paralympique de la francophonie en train d’attendre quelqu’un qui veut bien lui acheter un peu de charbon et d’oignons à la veille de l’Aïd al-Adha?

Au Maroc, bien sûr, dans un bidonville de Temara, tout près de la capitale. Abdelkebir Jedi, handicapé d’une main et médaillé d’or aux jeux de la Francophonie, est tombé du haut du podium pour toucher le fond de la misère. Le président de la Fédération des sports pour handicapés, Hamid El Aouni, devrait avoir honte. Les Jeux ont eu lieu fin juillet, les athlètes attendaient leurs primes pour aider leurs parents et acheter le mouton de l’Aïd.

Ils ont rempli leur mission. Les dirigeants de la fédération n’ont plus besoin d’eux et ils sont allés passer leurs vacances en conquérants. Les médaillés, eux, ont été informés qu’ils ne percevraient leur dû qu’après le retour de congé de leurs dirigeants. Misérables! C’est peu dire.

Pourtant, depuis des années, les personnes handicapées sont devenues plus performantes que lesdits valides (JO de Rio). Depuis son accession au pouvoir absolu de la FRMA en 2007, Abdeslam Ahizoune, a atomisé l’athlétisme comme il ne l’a jamais été tout au long de son histoire. En dix ans de son gestion, il a battu le record de la plus infime récolte des médailles. Il a battu aussi un autre record, celui de la contestation des athlètes, soit pour demander l’amélioration des conditions de leur préparation, soit pour réclamer leurs primes. Le pire est arrivé aux championnats du monde de Londres quand l’athlète Brahim Akachab a déclaré forfait et plié bagages. Il s’est exilé au Bahrein comme le font des dizaines d’athlètes sous d’autres cieux plus cléments. C’est le troisième record du monde d’Ahizoune.

La Fédération royale marocaine de boxe n’est pas mieux lotie que celle de l’athlétisme. Son président, Jaouad Belhaj, ne cesse de se trouver dans des situations inextricables. Quand on délègue à l'aveuglette ses pouvoirs à son vice-président, il est clair qu’on devient étranger à la fédération et qu’on ne sait plus ce qui se passe en son sein. Le dernier scandale a eu lieu lors des derniers championnats du monde de boxe de Hambourg (25 août-3 septembre).  Deux boxeurs, Abdeljalil Abouhamada et de Mohamed Hamoute ont refusé de prendre part à cette compétition faute d’avoir perçu leurs primes et salaires. Le comble de la stupidité fédérale qui n’en est pas à sa première bourde. Il y a deux ans, trois boxeurs ont fait faux bond à la délégation qui était en concentration en Angleterre pour aller se réfugier en Allemagne. Notre sport est malade de ses dirigeants qui ne rendent pas de comptes à personne et agissent en dictateurs absolus.

Un constat prouvé, au vu et au su de tout le monde, par l’ex-président du Raja, qui a viré du compte du club vers son compte personnel près de 30 millions de dirhams octroyés par la FIFA. Cette opération a été effectuée il y a trois ans,  et jusqu’à aujourd'hui, Mohamed Boudrika n’a pas été inquiété.

Tout comme le président de la Fédération royale marocaine de basket-ball, Mostafa Aourach, accusé de plusieurs dysfonctionnements. Voire banni par le ministère de la Jeunesse et des sports qui a refusé de lui octroyer la subvention annuelle. Pis encore, ses pairs de la FRMBB ont porté plainte contre lui pour détournement et ont été tous entendus par la police.
Faute de victoires et de médailles, notre sport est, depuis quelques années, plus connu par ses faits divers que par ses performances. Nos dirigeants, puissants, font la loi et écrasent les petits, qui sont, pourtant, plus grands qu’eux sur une piste, un ring ou un tatami. Des misérables qui sont intouchables.

Dans la préface de son oeuvre «Les misérables», Victor Hugo a écrit: «Tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles…»
Dans notre sport, vous savez maintenant où se trouvent Fantine, Cosette, Jean Valjean, Monseigneur Myriel et de l’autre côté la famille des voleurs. Misérables.

Posté le 04/09/2017 à 14h00 Par Hassan Benadad