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Rétro-Edito. Athlétisme: «Ahizoune m’a tuer…»

Benslimane-Ahizoune

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Posté le 26/12/2016 à 10h41 par Hassan Benadad (Mise à jour le 26/12/2016 à 11h46)

Il y a quelques années encore, l’athlétisme marocain se distinguait par une moisson de médailles dans toutes les compétitions internationales. Depuis dix ans la FRMA est devenue une toile d’araignée qui se construit autour des faits divers, des grèves, voire une tentative d’immolation. L’homme de toutes ses « prouesses» s’appelle Abdeslam Ahizoune.

Abdeslam Ahizoune est un cas atypique de la sphère économique et sportive. Il sait tout faire, il veut tout faire et curieusement il gagne toujours même s’il perd souvent dans ses entreprises. Les pouvoirs publics, la presse et autres lobbies ont fait du président de Maroc télécom, un génie. Dans un pays où on encense les perdants, Ahizoune a construit son ascension sur des critères beaucoup moins rationnels que l’on  le laisse entendre.

A preuve depuis qu’il a pris les rênes de l’athlétisme national, il a affiché un amateurisme flagrant dans la gestion de cette discipline. En dix ans d’exercice, il a fait reculer l’athlétisme d’un demi siècle avec zéro médaille aux JO de Rio. Sachant que la première médaille (argent) détenue par un athlète marocain remonte aux JO de Tokyo de 1964 (Radi). Autant dire que depuis 1984, date à laquelle Aouita et Nawal ont remporté l’or, le président de la FRMA, a battu le record de la marche arrière: 2, 1, O médaille en trois JO.

En vérité, Ahizoune a battu tous les records de la mauvaise gestion depuis qu’il a entamé son premier mandat en limogeant le DTN Said Aouita. Ce dernier était coupable d’avoir dénoncé la propagation du dopage dans notre athlétisme. S’il avait entendu la vérité de la bouche d’Aouita, en son temps, notre athlétisme n’aurait pas détenu le triste record de dopage dans le monde. Il a fallu que les scandales des athlètes marocains se propagent comme une gangrène pour qu’Ahizoune bouge le doigt: la DTN est dissoute.


Le licenciement est devenu un mode de gestion chez  le président de la FRMA. Après la débâcle des JO de Rio, il a effectué une deuxième purge en procédant à la dissolution de la direction technique qu’il a, lui même, mise en place. Philosophie ahizounienne: l’échec est toujours attribué aux subordonnés, la réussite c’est pour lui.

Et comme les évictions sont devenues cycliques, la semaine dernière, Ahizoune a encore une fois remanié la DTN. Cette fois-ci, il a procédé à un redéploiement des techniciens ce qui a déplu à beaucoup d’entre eux et notamment à Khalid Skah qui a rejeté l’offre. Et pour cause, ce dernier a été sollicité pour s’occuper des athlètes de cross country alors que le championnat du monde va se dérouler dans, à peine, trois mois. Sacrée préparation, en un laps de temps record, avec un nouveau DTN. L'improvisation est décidément la marque de fabrique de Ahizoune. 


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C’est incroyable, le président de la FRMA a la manie de susciter l’ire des entraineurs et des athlètes. Il se trompe sur toute la ligne, on ne gère pas les sportifs comme on gère les personnels de Maroc télécom. Au delà des résultats, Ahizoune a montré toutes ses limites dans la gestion des ressources humaines sportives.

Du coup, le siège de la fédération est devenu comme le parvis du Parlement, on y vient pour protester: grèves, sit-in pour licenciement, primes non perçus et autres.  Pis encore, l’entraîneur Abid Abdenbi a failli s’immoler devant le Centre national d’athlétisme. N'était l'intervention in extremis de ses collègues, il allait craquer un briquet sur son corps déjà aspergé d’essence.

Autant dire qu’en athlétisme il n’ y a pas de monopole comme en a profité Ahizoune pour se faire un nom en usant des statuts étatiques des PTT et de l’ONPT. Il faut une bonne gestion, de bons entraineurs, des athlètes bien formés pour devenir un champion des pistes. Il faut aussi une vision et un programme. Deux critères fondamentaux qui ont cruellement manqué au mode managérial de Ahizoune. L'improvisation et la navigation à vue ont caractérisé la gestion de l'athlétisme pendant ses longs mandats. On connaît la suite: la bateau de l'athlétisme a commencé par s'égarer, et a été ensuite ébréché par plusieurs récifs avant de sombrer.


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La gestion du sport repose sur un travail de longue haleine qui exige compétence et endurance. Il en faut plus que les critères d’ascension d’Ahizoune, qui a eu la chance  d’avoir été fonctionnaire dans un ministère de PTT au moment propice. A l’époque ce département était dominé par le Mouvement populaire de Mahjoubi Aherdane et Mohand Leanser. Abdeslam, l’Amazigh, en a profité comme bien d’autres originaires du terroir pour gravir les échelons et se faire un nom. Une proximité avec les politiques qui a failli lui coûter cher quand il est passé par la case prison après un interrogatoire musclé dans les locaux de la police.

L’autre chance d’Ahizoune, c’est qu’il a pris les rênes d’un secteur stratégique de l’Etat: les télécommunications. Le monopole l’a servi quand il était tout seul sur le marché, mais dès l’arrivée de Méditel et de Inwi, la concurrence a dévoilé les limites de sa gestion.

Les résultats de Maroc télécom n’ont pas cessé de dégringoler malgré son blocage, par lobbying  interposés, du projet de la nouvelle loi réglementant le secteur des télécommunications et surtout son accaparation des infrastructures de l’Etat au détriment de ses concurrents.

Autant dire que la «puissance» d’Abdeslam Ahizoune est aléatoire, même si l’homme s’affiche comme président ou administrateur de plusieurs fondations et associations. Son ambition est si illimitée qu’il lorgne sur le poste stratégique du président du comité national olympique marocain.  Pour quelqu’un qui a «tué» l’athlétisme, c’est une offense à l’intelligence des sportifs de toutes les disciplines.

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Posté le 26/12/2016 à 10h41 Par Hassan Benadad