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Qu’avons-nous à offrir au Monde?

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Il y a un énorme déséquilibre entre «offrez-nous la Coupe du monde» et «voilà ce que nous offrons au Monde». Et tout le problème est là.
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Si le Maroc obtient l’organisation du Mondial 2026, ce ne sera pas grâce au spot officiel qui accompagne sa candidature. Que nous montre ce film? Surtout des jeunes garçons qui jouent partout au foot, dans un terrain vague et à la plage. Et qui rêvent en attendant la grande nouvelle…

Le spot semble destiné aux programmes d’aide de l’Unicef et du Pnud. Parce que le «message» du film tourne autour de deux axes: l’enfance (qui n’a pas assez de terrains aux normes pour jouer) et le développement (dont le Maroc semble très loin, d’après le film). Nous disons donc au monde: aidez-nous à construire des stades pour que nos enfants, filles et garçons, puissent jouer au foot. Parce que, voyez-vous, nous sommes fous de foot et nous n’avons que cet amour du foot à offrir au monde. Nous avons la passion (et nous n’avons que cela), alors faites-nous confiance, aidez-nous à nous développer, venez chez nous. Comme argument, c’est mince…

C’est dommage parce que le Maroc a d’autres arguments. L’argument géographique, déjà: le Maroc est à la confluence deux continents et de deux cultures. Nous ne sommes qu’à un bras de mer de l’Europe et nous avons un recul africain immense. C’est une force que d’autres pays n’ont pas. Il est dommage de ne pas la mettre en avant.

Il y a ensuite l’argument social: nous nous targuons d’être une société ouverte, métissée, où la tolérance et la cohabitation des différences sont la règle. C’est ce que nous disons. C’est comme cela que nous «vendons» au mieux notre identité et notre richesse culturelle. Et il est dommage de se priver de cet argument remarquable.

Nous sommes un pays où la diversité est la règle. La mixité aussi. Nous sommes un pays où la femme a un statut et des droits, elle est l’égale de l’homme, elle est libre et affranchie. Nous ne voyons rien de tout cela dans le film, en dehors d’un ou deux plans où une fille (voilée, le détail n’est pas anodin) dribble tout le monde sur un petit terrain de foot…

Le spot dit au monde: «aidez le Maroc à se développer». C’est de bonne guerre, même si cela peut paraitre quelque peu misérabiliste. Mais le spot ne dit pas: «voilà pourquoi le Maroc mérite d’être aidé». Il ne met pas en avant les atouts du pays et ne fera rêver personne.
Il y a un énorme déséquilibre entre «offrez-nous la Coupe du monde» et «voilà ce que nous offrons au Monde». Et tout le problème est là.

Bien sûr, on nous dira que le spot n’est pas destiné à nous mais au reste du monde. C’est recevable. Mais il suffit de «benchmarker» (regarder ce qui se fait ailleurs, comparer) pour comprendre ceci: nous avons affaire à un produit particulier, qui n’est ni un spot publicitaire ni un reportage – vérité.

Un spot de candidature est un produit à part, qui doit glisser les atouts d’un pays et surtout d’une société. Il n’est pas destiné aux décideurs de la Fifa (c’est une autre paire de manches) mais au grand public international. Il doit vendre une émotion sincère où les valeurs humaines, plus que les réussites structurelles, sont mises en avant…

Ce qui est sûr, c’est que les promoteurs de Maroc 2016 devront faire appel à d’autres atouts que ce spot mineur pour convaincre le reste du monde. Ça ne sera pas simple. Ce n’est pas la question technique (capacité d’accueil, infrastructures, etc) qui fera la différence: le Mexique de 1986 n’était pas plus développé que le Maroc d’aujourd’hui.

Le principal écueil, et il est monstrueux, est le suivant: comment convaincre le monde d’organiser un Mondial pour la deuxième fois consécutive dans un pays arabe (parce qu’il y a le Qatar en 2022, ne l’oublions pas). Les Marocains devront aussi répondre à des questions précises comme: seriez-vous prêts à accueillir Israël si elle se qualifiait pour le Mondial 2026? La réponse n’est pas si simple quand on voit l’accueil lamentable qui a été réservé, récemment, à des sportifs israéliens…

Ce n’est qu’un échantillon des difficultés que nous sommes appelés à surmonter avant de rêver d’un Mondial au Maroc… Réfléchissons-y. 

Par Karim Boukhari
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