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Roujoula

Karim Boukhari. © Copyright : DR
N’essayez pas de traduire «roujoula», c’est mission impossible.
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Dans «Omar gatlato», l'un des films essentiels de la jeune cinématographie maghrébine (1977), Merzak Allouache filmait un homme «tué» par l’envie, le désir, la fierté, la virilité et, par-dessus tout, l’incapacité de faire un pas vers l’autre. Roujoula ou rejla, c'est tout ça réuni. Et plus encore: c’est la masculinité contrariée, parce que portée comme un fardeau, une croix.

Beaucoup de Omar et de colosses aux pieds d’argile circulent dans nos rues. Ils sont pris à la gorge par la fameuse roujoula, très fiers et très frustrés, toujours sur le qui-vive, en colère, voire en feu, littéralement inflammables, débordant de testostérone et d’incompréhension pour le monde qui les entoure, et avant tout pour le corps féminin considéré comme un territoire lointain à conquérir. De vrais pistoleros, la main toujours sur la gâchette, prêts à dégainer quand leur roujoula est mise à mal, c'est-à-dire à peu près tout le temps.

La culture de la roujoula est tellement ancrée dans nos sociétés que même nos commentateurs sportifs n’hésitent pas à dire, admiratifs, que telle équipe ou tel footballeur «jouent avec roujoula». Comprenez engagement et esprit de sacrifice, des vertus que la culture populaire associe traditionnellement au genre masculin. Encore ce poids que l’on fait porter au mâle arabe dès sa naissance…

En parlant de sport, le meilleur footballeur marocain du moment, Achraf Hakimi, vient, sans doute involontairement, de mettre à l’épreuve la roujoula de tous ces Omar en perdition. En s’affichant avec sa femme (superbe) dans des tenues fashion, sexy, absolument décontractés, Hakimi a mis le feu à cette matière inflammable que sont nos Omar.

A l’image, cela donne un couple visiblement heureux et bien dans sa peau, en paix avec son corps, lui en smoking-kimono, elle en robe deux pièces. Cette image magnifique a, bien entendu, fait déborder le vase déjà plein de nos Omar. Ils n’en pouvaient plus, alors ils se sont lâchés. Et ils ont tiré, comme il se doit, sur lui (l’homme, le mari, le tuteur, le responsable).

C’est bête à en pleurer.

Florilège. Pourquoi il laisse sa femme comme ça? Ce n’est pas digne de notre culture, de nos valeurs. C’est contraire à la morale. Un Marocain ne peut pas (laisser) faire ça.

Pour résumer, «machi roujoula». Non, ce n’est pas ainsi qu’un homme doit se comporter. Surtout un Marocain.

Comme si le Marocain d’aujourd’hui, par définition, était cet homme ancien qui, pour reprendre la formule de ce bon vieux Benkirane, devait garder sa femme lustre à la maison. Rudement habillée et drapée de la tête aux pieds, bien sûr. Sois un homme mon frère, cache ta femme!

Cela me rappelle l’époque où le regretté Noureddine Saïl en avait pris plein les oreilles (qu’il savait fermer quand il le fallait) quand sa femme, la délicieuse Nadia Larguet, avait posé enceinte et nue à la Une d’un magazine féminin. Image magnifique, touchante… Le cri de guerre des Omar avait fusé et longtemps résonné: «Machi roujoula!». Sous-entendu, étant donné le contexte: voilà un homme qui ne sait pas tenir sa femme.

Ils n’en peuvent plus, les pauvres Omar «gatlato», submergés par les flots torrentiels de roujoula…

Par Karim Boukhari
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