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Ahizoune au cœur d’un scandale sur le dopage, révélé par une chaîne publique allemande

À défaut de faire parler d’elle via les exploits de ses athlètes aux Championnats du monde, la fédération d’athlétisme brille sur un terrain plus miné: le dopage. En effet, le Maroc a fait l’objet d’une enquête menée par la chaîne allemande ARD l’accusant d’être la plaque tournante du dopage mondial. Explications. 

Les Championnats du monde d’athlétisme, tenus à Doha (Qatar) du 27 septembre au 6 octobre, sont clos. Des mondiaux dominés par les États-Unis avec 29 médailles dont 14 en or, suivis du Kenya (11 médailles, 5 en or) et de la Jamaïque (12 médailles, 3 en or). Le Maroc, pour sa part, a terminé à une piteuse 31e place grâce à la médaille de bronze de Soufiane El Bakkali. Mais malgré le fiasco des 17 athlètes de la FRMA, cette dernière a été très citée lors de cette 17e édition. Et pas d’une manière dont il convient d’être fier.

En effet, la Fédération d’Abdeslam Ahizoune a fait l’objet d’une enquête menée par les journalistes de la chaîne allemande ARD. Ces derniers ont décrit le Maroc comme le paradis du dopage mondial. Ils se demandent pourquoi la Fédération internationale d’athlétisme l’a retiré de la liste de surveillance antidopage? Et surtout comment Sébastian Coe, président de l’IAAF, a pu décerner une médaille d’honneur à Ahizoune, décrit ironiquement comme le meilleur athlète marocain, pour les services rendus à ce sport?

“La décision reposait sur deux facteurs”, a déclaré Brett Clothier, chef de l'Unité d'intégrité de l’athlétisme (organe indépendant créé par l’IAAF, ndlr), “d’une part, les efforts visant à améliorer la situation et, d'autre part, le déclin des athlètes marocains qui ne remportent plus trop de médailles”. Une thèse totalement démontée par les journalistes d’ARD, qui expliquent que la lutte sérieuse contre la fraude sportive est à peine perceptible au Maroc.

“Au contraire, se doper au Maroc est presque toléré par la FRMA. Les contrôles antidopage sont rares, les produits dopants ne sont pas retirés du marché et les conditions pour se doper sont si adéquates que même les athlètes étrangers ont fait du Maroc la destination dopage par excellence”, affirme l’enquête. 

Ahizoune au cœur du scandale 
La chaîne allemande révèle que le président de la Fédération, Abdeslam Ahizoune, serait au centre de cette mafia en employant des anciens athlètes condamnés pour dopage et en leur confiant les jeunes, tel Amine Laalou (suspendu 8 ans). L’ARD explique que l’instance dirigeante de l’athlétisme marocain ne se préoccupe pas de combattre ce fléau, mais se soucie seulement de son image à l’international: “avant chaque compétition internationale, la FRMA procède à des tests antidopage. Si quelqu'un est dopé, il est retiré du groupe, mais n’est pas sanctionné. Sur ordres de la FRMA, il annonce une blessure”.

À lire aussi: Dopage: Voici pourquoi Abdeslam Ahizoune a tort de jouer les vierges effarouchées

Ce modus operandi a été appliqué avec Nader Belhanbel, un jeune athlète qui a subitement disparu des radars depuis qu’il a avoué avoir pris des substances interdites et dévoilé les noms du réseau qui les vendaient, en 2017. “Un ami m’a proposé de l’EPO. Ce Monsieur s’appelle S.E. C’est un athlète de haut niveau au Maroc, sur 800 et 1.500 m. Il était en équipe nationale l’année dernière. Il se procurait de l’EPO dans une pharmacie auprès d’un ami et m’a conseillé d’utiliser ce produit. Il m’a conseillé de prendre de l’EPO. C’est le docteur N., qui habite à Meknès et travaille dans la pharmacie M., qui a procuré l’EPO. Mon ami m’a apporté 4 seringues d’Eprex que j’ai payées 200 euros”, avait déclaré Belhanbel à Damien Ressiot, directeur du département des contrôles de l’Agence française de lutte contre le dopage. Et dans une autre confession faite à l’IAAF, il a livré les noms de deux autres athlètes marocains qui sont Y.K. et A.H. Suite à ces révélations de Belhanbel, A.H. a été contrôlé positif aux stéroïdes. 

Belhanbel n’est pas le seul à avoir dénoncé les réseaux de dopage au Maroc. Des anciens champions et des entraîneurs ont fourni des informations à la FRMA, sans recevoir de retour. C’est le cas de Houcine Benzraigenat, un ancien formateur qui vit actuellement à Doha, dans l’émirat du désert du Qatar. Il a publié des enregistrements sonores sur Facebook qui accusent un entraîneur d’encourager les jeunes athlètes à se doper. “Je connais des athlètes obligés à se doper, qui ont 18 ans, mais qui ne peuvent pas dire qu'ils prennent des substances illégales. Pourquoi? Parce qu’ils craignent le président de la fédération”, affirme Benzraigenat

Le cas Morhad Amdouni

Les athlètes marocains ne sont pas les seuls concernés par cette enquête. La télévision publique allemande soupçonne fortement le champion d'Europe français du 10.000 m Morhad Amdouni, forfait pour les Mondiaux, d'avoir eu recours à des méthodes interdites ces deux dernières années. “Durant nos investigations, l'un des informateurs a été menacé de mort” par l'entourage d’Amdouni.

ARD affirme notamment être en possession de messages Whatsapp dans lesquels un vendeur de produits dopants (l’EPO et l'hormone de croissance sont citées) réclame un paiement à l'athlète français, médaillé d'or sur 10.000 m et de bronze sur 5.000 m aux derniers championnats d'Europe à Berlin en 2018. La chaîne détient par ailleurs un message envoyé à son informateur “par l'entourage d’Amdouni”, dans lequel il est implicitement menacé de mort pour avoir parlé aux journalistes.

À lire aussi: Le triste bilan des Marocains aux Mondiaux de Doha

Citant des experts du dopage, ARD liste un certain nombre de comportements “étranges” qui, selon elle, font du coureur un profil “potentiel” de dopé. Ses lieux d'entraînements isolés (Ifrane), le très petit nombre de compétitions auxquelles il a pris part depuis 2017, et surtout le fait qu'il a quitté le Qatar juste avant les Mondiaux actuellement en cours.
Officiellement, Amdouni a renoncé aux Mondiaux en raison d'une blessure.

Une affaire qui intervient quelques mois après le contrôle antidopage présumé manqué à Marrakech de Clémence Calvin (suspendue à titre conservatoire).

Avec cette enquête de la sérieuse chaîne publique allemande ARD, l’athlétisme marocain se retrouve définitivement associé au dopage, avec, selon les journalistes de cette chaîne, la complicité de la FRMA et le laxisme de son président, Abdeslam Ahizoune. Il faudra sans doute plusieurs années pour laver l’athlétisme marocain de la consubstantialité avec le dopage. Et cela constitue un point davantage négatif dans le bilan d’Ahizoune que l’absence de consécrations.

Par Mohamed Yassir
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2 commentaires /

  • bouchareb
    Le 07 Oct. 2019 à 12h21
    cette chaine allemande ard a t elle oublié que les allemands sont les experts des dopages de leurs athlétes,l ex rda a titre d exemple ,aussi on ne peut pas et jamais changer une habitude.
  • kiri
    Le 07 Oct. 2019 à 11h33
    dopage ou pas, le bilan de la FRMA est cata
    et Ahizoune a le soutien du palais et la mafia ..
    circulez y'a absolument rien à voir ..
    et comment ce fait que c 'est un journaliste allemand qui fait ces révélations, et pas un journaliste marocain ?
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