Mondial 2030: Le racisme, talon d’Achille de la candidature espagnole

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Les récents chants racistes scandés par les supporters espagnols lors de l’amical contre l’Égypte viennent encore une fois souligner la profondeur du problème dans le football espagnol: le racisme est présent en tribunes, sur les terrains, et continue de gâcher la fête. De quoi se pencher sur la question du Mondial 2030, qui, coorganisé par le Maroc, l’Espagne et le Portugal, pourrait bien connaître des incidents similaires.

Le 03/04/2026 à 10h30

«Qui ne saute pas est musulman», ont entonné une certaine partie des supporters espagnols, à Cornellà, stade de l’Espanyol Barcelone, alors que la Roja affrontait les Pharaons (l’Égypte), mardi 31 mars dernier, dans le cadre d’un match amical.

Le chant raciste et islamophobe, couplé à des sifflements lors de l’hymne national égyptien, ont certes été dénoncés par le sélectionneur Luis de la Fuente, évoquant «un dégoût total et absolu» après la rencontre, mais aussi par la star de la Roja, Lamine Yamal, lui-même de confession musulmane sur ses réseaux sociaux, mais ils rappellent une chose: le racisme est souvent présent dans les tribunes espagnoles, en club comme en sélection.

Et pas que dans les tribunes. Sur le terrain, il n’y a pas plus d’un mois, Omar El Hilali, international marocain et défenseur de l’Espanyol, avait signalé à l’arbitre des propos racistes tenus par l’attaquant d’Elche, Rafa Mir, à l’occasion de la 26e journée de Liga.

Peu après cet incident, c’était le joueur japonais Kazunari Kita, réserviste de la Real Sociedad, qui avait accusé le joueur de Castellon Alberto Jiménez Benítez, de l’avoir insulté de «putain de Chinois».

Si l’on rembobine encore, même les plus grands joueurs dans les plus grands clubs espagnols ne sont pas épargnés: Vini Jr en est la preuve. En février dernier, lors du play-off aller de la Ligue des Champions de l’UEFA entre Benfica et le Real Madrid, Vinicius avait accusé Gianluca Prestianni de l’avoir insulté de «singe».

Et ce n’était pas la première fois pour le Brésilien: le joueur est presque devenu la cible privilégiée de dérives racistes en Espagne, tant le numéro 7 a dénoncé à plusieurs reprises les insultes le visant directement depuis son arrivée à Madrid en 2018:

«Depuis la première fois que je me suis plaint de racisme en Espagne, la situation n’a cessé de s’aggraver…Ils m’insultent à cause de la couleur de ma peau pour que je joue moins bien sur le terrain», avait-il déploré lors d’une conférence de presse.

Durant la saison 2022-2023, la star brésilienne avait, à maintes reprises, déclaré avoir été victime d’insultes depuis les tribunes, notamment contre Majorque et Valladolid. Sans oublier l’un des cas les plus graves, en mai 2023 contre Valence, où certains supporters multipliaient les provocations à l’égard du joueur. Plus récemment, lors de la défaite du Real face à Albacete en Coupe d’Espagne janvier dernier, l’attaquant avait reçu une banane lancée par un supporter de l’équipe adverse.

Lamine Yamal, Alejandro Baldé et d’autres joueurs du Barça avaient aussi été victimes de comportements racistes de la part de plusieurs supporters, lors du Clasico contre le Real en 2024.

La liste est longue, et s’étend même sur différentes époques: Idriss Carlos Kameni, portier d’origine camerounaise passé par l’Espanyol de Barcelone et Malaga CF, avait déjà été insulté en 2004 par une partie du public de Saragosse, puis, cinq mois plus tard, victime de jets de bananes au stade de l’Atlético Madrid. Mais aussi Samuel Eto’o, Iñaki Williams (Athletic Bilbao), Raphinha…

Malgré les enquêtes, les communiqués, les protocoles, les déclarations de joueurs, les campagnes...rien n’y fait: le racisme persiste dans les tribunes et sur les terrains espagnols. C’est à se demander comment l’Espagne va s’en sortir alors qu’une partie du Mondial 2030 est prévue sur son sol, mais aussi au Maroc et au Portugal, lorsque joueurs, délégations et supporters du monde entier se retrouveront dans les trois pays. L’Espagne nourrit même l’ambition d’organiser la finale de la compétition, à Madrid, et ne s’en cache pas.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces incidents se répètent à tel point qu’aujourd’hui le racisme fait presque partie du football espagnol, au grand dam de ses instances.

Par Magda Soltani
Le 03/04/2026 à 10h30