Ramadan: quand le Maroc se met en mouvement entre ferveur et vigilance...

khadija Sabbar / Le360

ChroniqueLe défi consiste désormais à transformer cette énergie saisonnière en culture permanente du mouvement, de l’exercice physique et de sport. Si le corps peut jeûner, il ne doit jamais cesser de se mouvoir et donc de vivre.

Le 22/02/2026 à 16h41

Chaque année, à l’entame du mois sacré, un phénomène discret mais massif transforme les rues des villes marocaines. À Rabat, Casablanca, Marrakech, Tanger ou Fès, les corniches, les parcs et les terrains de proximité se remplissent à l’approche du ftour. Des grappes de marcheurs envahissent les boulevards, des groupes improvisent des matchs de football, les salles de sport affichent complet et les plages sont envahies.

Le paradoxe est apparent: alors que le jeûne impose une abstinence alimentaire et hydrique du lever au coucher du soleil, l’activité physique, elle, augmente spectaculairement. Ramadan devient, pour beaucoup, un mois de remise en forme. On recherche les avantages d’un alignement corps-esprit et une discipline naturelle.

Le jeûne structure la journée; les horaires sont fixes, les excès visibles. Cette discipline favorise l’engagement dans une routine sportive. Beaucoup profitent de cette régularité pour installer une habitude qui leur échappait le reste de l’année. Effectivement, l’exercice physique va leur permettre une amélioration métabolique, si bien évidemment il est pratiqué de manière modérée pendant le jeûne, par la stimulation de l’oxydation des graisses; la sensibilité à l’insuline; la régulation du poids; la réduction du stress oxydatif.

Marcher 45 minutes avant le ftour ou faire un entraînement léger 1 à 2 heures après, peut favoriser une meilleure gestion de la masse grasse et limiter la prise de poids souvent associée aux repas copieux du soir. Nombreux sont celles et ceux qui prennent beaucoup de poids à l’occasion de Ramadan.

Les bénéfices cardiovasculaires sont aussi très importants. La marche rapide, le jogging léger ou le vélo améliorent la santé cardiaque, abaissent la tension artérielle et renforcent l’endurance. Ramadan devient ainsi un moment propice pour initier des personnes sédentaires à l’exercice et au bien-être psychologique et physiologique.

L’activité physique et le sport pendant Ramadan agissent aussi comme régulateur émotionnel: réduction de l’irritabilité liée à la privation; amélioration de la qualité du sommeil; sentiment d’accomplissement; cohésion sociale: matchs de quartier, marche en groupe.

Dans un mois marqué par la spiritualité, l’effort physique devient prolongement de l’effort moral.

Cependant, il ne faut pas ignorer les risques possibles, car le corps a ses limites. Les transgresser peut être lourdement préjudiciable. L’effervescence sportive n’est pas sans danger, surtout lorsqu’elle est improvisée, mal contrôlée ou excessive.

Le principal risque reste la perte hydrique. La déshydratation sévère n’est jamais loin. Courir en fin d’après-midi sous un soleil printanier, sans possibilité de boire, peut provoquer: étourdissements; hypotension; crampes musculaires; troubles de la concentration; voire malaise.

Les personnes qui pratiquent au-delà d’une certaine intensité sont particulièrement exposées à l’hypoglycémie. Un effort intense à jeun peut entraîner une chute brutale du taux de sucre sanguin, avec tremblements; sueurs froides; vision trouble et fatigue extrême.

Les personnes diabétiques ou prédiabétiques, notamment, doivent ainsi redoubler de prudence.

Il y a également beaucoup de risques de blessures musculaires. Le manque d’hydratation diminue l’élasticité musculaire. Beaucoup se lancent dans des matchs de football explosifs ou des séances intensives de musculation sans préparation progressive. Résultat: élongations, déchirures, ruptures ligamentaires, douleurs lombaires.

La surcharge cardiaque est un autre risque majeur si l’on n’écoute pas son corps. Chez les personnes peu entraînées ou souffrant de pathologies cardiovasculaires non diagnostiquées, un effort intense à jeun peut être dangereux, voire fatal.

Il y a donc certaines règles d’or à observer pour un Ramadan sportif sain, pour maximiser les bénéfices et limiter les risques:

Privilégier l’intensité modérée: marche rapide, jogging léger, renforcement doux.

Choisir le bon moment: 30 à 60 minutes avant le ftour, pour pouvoir s’hydrater rapidement; ou 1 à 2 heures après le ftour.

Hydratation stratégique entre le ftour et le shour: eau fractionnée tout en évitant l’excès de caféine.

Alimentation équilibrée: protéines, fibres, glucides complexes.

Écouter les signaux d’alerte: vertiges, palpitations, faiblesse inhabituelle.

Au-delà de la santé, ce pic d’activité révèle une réalité intéressante, un phénomène sociologique: Ramadan agit comme catalyseur collectif. Il crée une atmosphère propice au changement de comportement. Là où le reste de l’année la place est à la dispersion, le mois sacré offre un cadre, un sens et une motivation. Ainsi, on retrouve la vie des copains et des groupes d’intérêts.

La question centrale reste cependant: pourquoi cet élan ne dure-t-il pas après Ramadan?

Peut-être parce que, plus qu’un simple mois de jeûne, Ramadan est un accélérateur d’intention. Il pousse chacun à vouloir être une meilleure version de soi-même, spirituellement et physiquement.

Le défi consiste désormais à transformer cette énergie saisonnière en culture permanente du mouvement, de l’exercice physique et de sport. Si le corps peut jeûner, il ne doit jamais cesser de se mouvoir et donc de vivre.

Par Aziz Daouda
Le 22/02/2026 à 16h41