À Maâmora, enfin du nouveau: Hello Ouahbi, Goodbye Regragui!

Walid Regragui et Mohamed Ouahbi, entraineurs marocains.

ChroniqueLe complexe Mohammed VI de Maâmora n’a pas seulement senti l’herbe fraîchement tondue hier soir ; il y flottait un parfum de fin de cycle lors de cette soirée ramadanesque, juste après le Ftour. Entre les gâteaux marocains et le thé — là où la corne de gazelle se dispute la vedette avec la chebakia mielleuse (et où le taux de glycémie a probablement battu la possession de balle lors de la dernière CAN) — l’Histoire a tourné une page majeure. Ce fut le «Grand Soir» des adieux, la révérence officielle de Hoalid Regragui.

Le 06/03/2026 à 11h56

Mesdames et Messieurs, sortez vos mouchoirs. On aurait pu croire que la garde prétorienne allait entonner le «Ne me quitte pas» de Jacques Brel, suppliant leur mentor de ne pas laisser s’éteindre la flamme. Il y avait dans l’air cette saudade à la brésilienne, ce mélange de tristesse douce, de manque et de joie d’avoir vécu quelque chose d’unique. Car s’il s’en va, il ne nous quittera jamais vraiment: son nom est désormais gravé dans nos cœurs.

​Il part avec un bilan qui impose le respect et fige les débats. En 49 matchs à la tête des Lions, Hoalid affiche un tableau de bord vertigineux: 36 victoires, 8 nuls et seulement 5 petites défaites. Mais au-delà de cette froide arithmétique, son véritable héritage est une révolution mentale. Hoalid est celui qui a tué le syndrome du «Petit Poucet». Avant lui, le joueur marocain entrait sur le terrain avec un dictionnaire d’excuses ; après lui, il y entre avec un plan de conquête. Surtout, avec lui, les joueurs ont réappris à porter le maillot avec honneur, fierté et dignité. Sous sa direction, la tunique rouge n’était plus un simple vêtement de sport, mais une armure sacrée.

​La métaphore est simple: Regragui a été celui qui a brisé le plafond de verre. Il a agi comme un brise-glace dans l’Arctique du football mondial, ouvrant une voie royale là où tout le monde ne voyait que des obstacles infranchissables. Il laisse une sélection installée dans le Top 8 mondial, une machine qui ne tremble plus devant les galonnés.

​Pourtant, au-delà des chiffres, c’est la solennité du geste qu’il faut saluer. Cette cérémonie de Maâmora est une première historique qui panse de vieilles plaies mémorielles. Trop souvent, nos bâtisseurs ont quitté la scène par la petite porte, dans l’anonymat glacial d’un communiqué ou l’indifférence d’un lendemain de défaite. On repense avec un pincement au cœur aux regrettés Mehdi Faria et Henri Michel, ou encore à Baddou Zaki et Hervé Renard, tous partis entre remords et regrets, emportant leurs exploits dans un silence injuste. En honorant Regragui, le football marocain s’honore lui-même: il prouve qu’il est devenu une institution capable de mémoire, de gratitude et de classe. On ne congédie plus un héros, on célèbre un héritage.

​Alors que les lumières de la cérémonie hommage vacillent, on croit entendre le refrain des Beatles porté par la voix de Paul McCartney prime, claire et vibrante, s’élever entre deux époques: «You say goodbye, and I say hello... Hello, hello!» Au revoir Regragui et Bonjour Ouahbi.

​Le Commando Ouahbi: La compétence pour seule boussole

​Place désormais à la présentation du nouveau mentor des Lions. Coach du sérail, pur produit de l’expertise fédérale et déjà sacré Champion du Monde U20, Mohammed Ouahbi est le garant de ce changement nécessaire dans la continuité. Il ne débarque pas pour tout raser, mais pour installer une véritable culture de la performance.

​Ici, il ne s’agit pas de faire la révolution, mais d’amorcer une évolution naturelle. Point de place pour les sentiments ou les rentes de situation ; Ouahbi s’attèle à constituer une équipe de travail dont le leitmotiv tient en deux piliers: compétence et professionnalisme. Fini le temps du tâtonnement ; place à l’ingénierie sportive.

​Sa vision: L’ADN marocain 2.0

Sa stratégie repose sur un triptyque précis pour semer les grains d’une belle récolte aux States en juin: ​L’exigence comme dogme. Ouahbi s’entoure de profils pointus, des experts du détail qui savent que le haut niveau ne tolère aucun «à-peu-près». C’est un staff de techniciens, pas de courtisans.

​L’orfèvre de l’ombre: Dans ses bagages, on retrouve l’atout maître, Joao Sacramento. L’homme qui «murmurait à l’oreille» de Mourinho à Tottenham et à la Roma débarque avec ses tablettes tactiques. Son CV force le respect, notamment pour sa gestion du vestiaire au PSG. Sacramento a dû composer avec les egos et les caprices de la sainte trinité Messi-Mbappé-Neymar. Autant dire qu’après avoir survécu à ce niveau d’exigence (et de diplomatie de palace), gérer un vestiaire à Maâmora devrait lui paraître d’une simplicité reposante. Le professionnalisme de Ouahbi trouvera en lui un exécutant qui a déjà vu le sommet de la pyramide.

​La méritocratie en bannière: Ouvrir grand les vannes pour ses protégés, les Champions du Monde U20. Ces Lionceaux ne connaissent pas la peur ; pour eux, l’objectif est clair: les quarts de finale comme palier minimal. Le talent n’attend pas le nombre des années, mais il exige un cadre professionnel inflexible pour s’épanouir.

​Pas de lune de miel: Le calendrier de la vérité

​Le «stress test» commence dès demain: le 27 mars à Madrid contre l’Équateur, puis le 31 mars à Lens face au Paraguay. Deux répétitions grandeur nature pour prouver que la sélection peut garder sa vitesse de croisière et rester en haute altitude grâce à cette nouvelle garde d’experts.

​Car nos chers médias attendent déjà le nouveau coach avec leur triptyque habituel. Ils vont d’abord Lécher, comme dans toute lune de miel médiatique qui se respecte. Puis ils vont Lâcher, car tout le monde sait que la victoire a toujours plein de papas, alors que la défaite, elle, reste cruellement orpheline. Enfin, ils finiront par Lyncher, sans indulgence ni le moindre état d’âme, dès que le vent tournera. Culture du buzz et du clic oblige.

​Hier à Maâmora, on a changé de pilote, mais l’avion ne doit pas décrocher. Car si les hommes passent, les institutions, elles, restent. Alors que le rideau se referme sur cette cérémonie hommage et sur une ère glorieuse, on entend en filigrane la voix puissante de feu Freddie Mercury s’élever au-dessus du complexe: « the show must go on».

Par Amine Birouk
Le 06/03/2026 à 11h56