Le petit livre rouge de Mohamed Ouahbi: entre héritage et inventaire

Mohamed Ouahbi

ChroniqueLe Maroc ne cherche plus un miracle, il cherche une continuité. Les miracles enflamment, mais seules les continuités construisent. Le plus difficile n’est jamais de créer l’espoir, mais de l’organiser.

Le 01/04/2026 à 09h37

L’équipe du Maroc de 2022, cornaquée par Coach Regragui avait son style. Chaque match qu’il a dirigé avait sa légende. Et, comme un écrivain ou un idéologue, il tenait son petit livre rouge, fait de décisions, de stratégies et de souvenirs.

En 2026, Mohamed Ouahbi a déjà écrit les trois premières pages de son livre personnel. Son bilan inaugural est respectable: un nul et une victoire face à l’Équateur et au Paraguay, deux sélections sud-américaines rugueuses et redoutables. Dans l’ombre, les nostalgiques du passé guettaient le faux pas, prêts à clamer le sempiternel «c’était mieux avant». Mais Ouahbi avance, serein, déterminé à écrire ces premières pages avec précision et audace.

Page 1: Les premières lignes du projet de jeu

Le football, comme la littérature, repose sur des constantes et des variables. La constante? La pression inextinguible qui accompagne tout sélectionneur national. La variable? L’empreinte de celui qui tient la plume.

Celle d’Ouahbi ne tremble pas. Son premier test a révélé un projet de jeu clair et flexible, refusant de s’emmurer dans un dogme monolithique. L’expérience d’Ismael Saibari en «faux numéro 9» s’est révélée maladroite —un peu comme réciter du Federico García Lorca devant la Plaza de Cibeles un soir de sacre des Merengues— mais Ouahbi a corrigé le tir dès la mi-temps.

Entre ces deux tests, il a surtout montré que flexibilité et intelligence situationnelle ne sont pas de vains mots. Cette lecture clinique du jeu, doublée d’une communication apaisée avec les médias, tranche avec les postures clivantes d’un passé récent.

Ainsi, les premières lignes du livre de Ouahbi posent déjà les bases d’un style clair et précis: analyser, tester, corriger, avancer, sans se laisser emporter par les clameurs ni les nostalgies.

Page 2: Les tauliers du coach

Au rayon des certitudes, on ne présente plus le rempart de la nation. Yassine Bounou, c’est la Sécurité Sociale: on espère ne pas avoir à solliciter ses services, mais quand l’urgence frappe, il sauve l’édifice. Ses parades furent de véritables chefs-d’œuvre de réflexe.

Quant à Achraf Hakimi, il continue de buriner sa légende à l’encre d’or. Avec 95 sélections au compteur, il dépasse le mythique Feu Ahmed Faras et n’est plus qu’à vingt petites longueurs du record de Nourredine Naybet. Avec trois passes décisives sur ces tests, il porte son total d’assists à 18. Un record absolu.

Neil El Aynaoui, lui, a franchi un palier psychologique et technique majeur. Ses deux premiers buts en sélection le propulsent au rang de taulier incontesté. D’autres ont marqué des points pour un visa aux States: Issa Diop, agressif et souverain ; Halhal et son flegme rassurant ; Mourabet et son volume kilométrique ; sans oublier la fraîcheur de Gessime et l’expression retrouvée de Talbi.

Page 3: Entre ombres et lumière

Tout n’est pas encore symphonique. Azzedine Ounahi a semblé chercher son second souffle face à l’Équateur. On attend du «Playmaker» qu’il dicte la cadence, pas qu’il la subisse. Saibari s’est perdu dans son costume de faux 9 trop étroit, et Abde Ezzalzouli a trop souvent confondu vitesse de pointe et précipitation de l’instant.

Le cas de Mohamed Rabie Hrimat interpelle: ses débuts internationaux, à 31 ans, ont été mitigés. Dépassé par la vitesse du jeu, il est monté en régime, au point de croire avoir transformé l’essai via un but finalement refusé après intervention de la VAR. Entre dénigrement et encensement sur les réseaux, son passage a provoqué un clash bien senti.

Brahim Diaz, sous les lumières du Metropolitano puis à Félix Bollaert, a été plus volontaire que lumineux. Son état d’esprit irréprochable et son abnégation méritent d’être salués, dans l’espoir de pouvoir un jour lui dire: «Cher Brahim, tout est pardonné».

Épilogue: Le Jugement de la Vox Populi

Mohamed Ouahbi a franchi ce premier cap avec une sérénité de vieux briscard. Son projet prend forme avec précision. Le compte à rebours est lancé: 72 jours pour conforter ses certitudes et préparer le siège du Mondial 2026. Au menu trois étapes dans ce road trip a New York, Boston et Atlanta et un menu pas très digeste: en entrée la Seleção du Brésil. En plat de résistance la Tartan Army écossaise et enfin en dessert un match-piège face au «Cendrillon» haïtien.

Le Maroc ne cherche plus un miracle, il cherche une continuité. Les miracles enflamment, mais seules les continuités construisent. Le plus difficile n’est jamais de créer l’espoir, mais de l’organiser.

Un défi devient un obstacle seulement lorsque tu t’inclines devant lui. Ce qui n’est manifestement ni dans la nature, ni dans la personnalité du nouveau patron technique de l’EN.

Foi de la vox populi et des 36 millions de sélectionneurs «Made in Morocco», si versatiles. Et qui dit Vox Populi, dit Vox Dei.

Par Amine Birouk
Le 01/04/2026 à 09h37