Les 12 Travaux de Ouahbi

Mohamed Ouahbi, sélectionneur de l'Équipe nationale

ChroniqueLa scène a tout d’un épilogue de film noir où le générique défile trop vite. D’un côté, Ulysse Regragui, l’homme de l’Iliade de Doha 2022, quitte la scène sur l’amertume d’une Odyssée de la CAN 2025 inachevée. De l’autre, Mohamed Ouahbi, technicien de la méthode et de la rigueur, reçoit aujourd’hui un témoin encore brûlant.

Le 10/03/2026 à 11h37

Ce n’est pas qu’un simple changement de nom sur une porte ; c’est une opération de régénération à cœur ouvert. Ouahbi hérite d’un édifice à consolider après la secousse sismique de la finale de la CAN 2025. À l’heure des grands choix, les paroles de Gilbert Bécaud résonnent comme un vertige: ​«Et maintenant que vais-je faire? / Vers quel néant glissera ma vie? / Toi qui m’as laissé la terre entière / Mais la terre entière sans vie».

​Pour Ouahbi, la réponse n’est pas dans la nostalgie, mais dans l’effort. Car, comme le veut l’adage: «Le chemin comblé d’obstacles et d’embûches est celui qui mène à la grandeur». Nous quittons le temps de la «Niya» pour entrer dans l’ère de la «Riya»: ce souffle vital et cette endurance tactique qui doivent porter le Maroc jusqu’en 2026.

I. Le Divan du Psy

​Le premier chantier n’est pas sur le gazon, il est dans les têtes groggy. Ouahbi doit se muer en un véritable personnage de Woody Allen: un intellectuel brillant chargé d’orchestrer une séance de psychanalyse collective pour éviter que le traumatisme de 2025 ne devienne une pathologie chronique.

​II. Il faut sauver le soldat Brahim

​C’est le dilemme shakespearien de cette passation. Passé du statut de héros à celui de bouc émissaire —voire de «zéro» selon certains dictateurs des réseaux sociaux — Brahim Diaz porte le poids d’une sentence irrévocable pour une Panenka sacrifiée.

​Ouahbi est au pied du mur: doit-il user de la prudence du diplomate, quitte à faire l’impasse sur sa convocation en mars pour panser son ego meurtri? Ou doit-il sortir le scalpel du chirurgien, convoquer le Madrilène et provoquer une confrontation frontale avec les cadors du groupe pour évacuer, une fois pour toutes, les aigreurs post-CAN?

​III. L’exigence du sang, de la sueur et des larmes

​C’est l’avènement de la méritocratie brute. Ouahbi l’a martelé: «L’âge importe peu, l’essentiel est le rendement». Il se pose en Sir Winston Churchill du football national: il n’a à offrir que du sang, de la sueur et des larmes. L’Amérique de 2026 ne sera pas une croisière, mais une conquête.

​IV. La flexibilité d’un Maroc protéiforme

​Pour ne plus être le «bon élève» prévisible, Ouahbi veut un Maroc capable de changer de peau. Passer d’un 4-3-3 à un 3-4-3 ou un 4-2-3-1 selon la morphologie du match. L’idée est de devenir un cauchemar tactique: que la Seleção ou la Tartan Army ne sachent plus jamais quelle version du Lion elles affrontent.

​V. Le puzzle des keepers: L’après-Bounou

​Avant de reconstruire la muraille, il faut assembler les gants. Derrière l’inoxydable Yassine Bounou, et avec un Munir désormais «Out», Ouahbi puise dans le réservoir de la Botola. Entre le début de saison XXL de Tagnaouti (AS FAR), le statut de successeur de Benabid (WAC), l’agilité de Lahrar (Raja) ou l’assurance de Chihab (MAS), le choix sera révélateur.

​VI. La défense: Entre ruines et refondation

​L’arrière-garde, autrefois muraille d’airain de l’Iliade, ressemble aujourd’hui à un champ de ruines. Le diagnostic est sans appel: Nayef Aguerd, dont le talent est inversement proportionnel à la solidité de ses fibres, s’abîme dans des blessures à répétition. Romain Saïss, le capitaine courage, a rangé son armure, laissant un vide sismique. Quant à Jawad El Yamiq, il semble avoir perdu sa boussole tactique.

​La grue est déployée sur le chantier. La refondation exige du sang frais: jeter les minots Aït Boudlal ou Baouf dans la fosse aux lions n’est plus un pari, c’est une nécessité vitale.

​VII. L’entrejeu: Le sacre de la «riya»

​Ouahbi doit réinventer notre cœur de jeu. Il y a l’explosion Saibari, ce bulldozer qui doit devenir le patron. Il y a le profil de Neil El Aynaoui, ce «Romanista» pétri de rigueur italienne, et les dossiers brûlants des sentinelles comme Rabie Hrimat ou Imran Louza.

​VIII. Le réveil des «oubliés»: La connexion strasbourgeoise et le vent du nord

​Le vent du renouveau souffle d’Alsace. Ouahbi lorgne sur une complicité déjà rodée au Racing Club de Strasbourg. Samir Mourabet, l’esthète capable de briser les lignes d’une passe laser, et son compère Gessime Yassine, dont la percussion verticale est le poison nécessaire pour dynamiter les blocs bas.

​IX. L’opération Bouaddi: Choix du cœur et de la raison

​Ayyoub Bouaddi est le symbole de notre nouvelle attractivité civilisationnelle. Sécuriser son avenir, c’est valider le narratif du Président Fouzi Lekjaa : porter le maillot des Lions n’est plus un repli affectif, c’est une consécration professionnelle. C’est l’équilibre parfait entre le cœur (Doha) et la raison (le projet «premium» de Maroc 2030).

​X. L’énigme de la pointe: statuts ou fraîcheur?

​C’est le paradoxe du buteur. Doit-on continuer à signer des chèques en blanc aux tauliers? Les chiffres forcent le respect (El Kaabi 32 buts, En-Nesyri 25 buts), mais derrière, la meute — Bagraoui, Zabiri et Benjdida — piaffe d’impatience.

​XI. Le conseil des sages: Un choix cornélien

​Derrière le chef de projet, une figure de proue est déjà là: Joao Sacramento. L’ex-éminence grise de José Mourinho apporte cette froideur analytique et ce pragmatisme européen. Mais pour parfaire sa potion, Ouahbi doit résoudre un choix cornélien concernant son binôme marocain: Rachid Benmahmoud et le Cordon Ombilical. C’est le choix de la continuité avec l’ère Regragui. L’assurance d’une transition stabilisée et d’une gestion de l’héritage émotionnel.

​Adil Ramzy et la science batave: Injecter la rigueur du laboratoire hollandais. C’est privilégier l’architecture du jeu, la discipline d’école et le mouvement.

​Youssouf Hadji et la culture de la gagne: Incarner l’efficacité marocaine récente (JO, CHAN, Coupe Arabe). C’est le choix de l’instinct et de la psychologie du vainqueur.

​XII. La pax media: Le virage de l’union sacrée

​Dernier chantier: instaurer la sérénité. Ouahbi doit opérer un virage à 180 degrés, délaissant la communication parfois clivante de son prédécesseur pour une posture placée sous le signe de l’Union Sacrée.

​Mais cette paix exige que les médias acceptent de jouer le jeu. Dans une époque de «tribunal digital», le danger vient de cette obsession pour la recherche du clic à tout prix. Si la presse s’enferme dans le sensationnalisme au lieu d’analyser la refondation technique, elle deviendra le premier obstacle à la qualification.

​Épilogue: Panoramix dans l’Arène

​Les matchs de mars contre l’Équateur et le Paraguay seront son «bac blanc» avant le grand saut de 2026. À la tête de ce village de Lions, il endosse la robe du Druide Panoramix. Mais attention: certains sont tombés dans la marmite de la gloire à Doha, et aujourd’hui, l’effet de la potion s’est dissipé.

​Pourtant, le Druide n’est pas seul ; il est aussi le Maximus de Russell Crowe dans Gladiator. À la fin de chaque joute tactique, sous le regard impitoyable du public, le verdict tombera sans appel: un pouce levé pour la gloire, ou un pouce baissé pour la chute.

Par Amine Birouk
Le 10/03/2026 à 11h37