El Habib Marzak: «Le Salon du Cheval est devenu un espace de référence pour penser l’avenir de la filière équine»

Dr El Habib Marzak, Commissaire du Salon du Cheval d’El Jadida

EntretienÉvénement incontournable du calendrier équestre marocain et international, le Salon du Cheval d’El Jadida s’apprête à ouvrir les portes de sa 16e édition du 30 septembre au 5 octobre 2025. L’occasion d’un échange approfondi avec son Commissaire, Dr El Habib Marzak, autour des ambitions de cette édition, de la dimension stratégique de son thème central, «Le Bien-être du Cheval, trait d’union entre les pratiques équestres», et du rôle structurant que joue le Salon dans l’écosystème équin national.

Le 17/09/2025 à 11h19

Le360: Le Salon du Cheval d’El Jadida est devenu une référence au fil des années. À quoi attribuez-vous cette pérennité et cette montée en puissance?

Dr El Habib Marzak: Dès sa première édition, le Salon a été pensé comme un projet à long terme. Il ne s’agissait pas seulement d’organiser un événement ponctuel autour du cheval, mais de créer une véritable plateforme structurante pour toute la filière. Ce qui a fait sa force, c’est la vision portée dès le départ: celle d’un lieu où se rencontrent le patrimoine, la modernité, la recherche, la formation, le spectacle et le sport. Au fil des éditions, nous avons élargi les horizons: plus de disciplines représentées, plus de nations participantes, plus d’acteurs de la filière impliqués, mais aussi une meilleure articulation avec les enjeux contemporains.

Le Parc des Expositions Mohammed VI, qui accueille le Salon, est à ce titre une infrastructure exceptionnelle, conçue pour valoriser toutes les dimensions du monde équestre : des compétitions aux expositions artisanales, des conférences aux animations pédagogiques. Ce lieu, pensé pour le cheval, a permis au Salon de se hisser parmi les rendez-vous internationaux les plus respectés.

Cette année, le thème choisi est celui du bien-être du cheval. Pourquoi ce sujet et pourquoi maintenant?

Nous avons toujours veillé à ce que chaque édition du Salon porte un message fort. Le thème du bien-être du cheval ne relève pas d’un effet de mode. Il est au contraire le reflet d’une prise de conscience globale et irréversible. Le cheval n’est pas un simple outil ou un symbole: c’est un être vivant sensible, doté de besoins physiologiques, émotionnels, comportementaux, qui doivent être pleinement compris et respectés.

Ce thème permet de croiser les regards: celui du vétérinaire, du dresseur, du sportif, de l’éleveur, du cavalier, de l’artisan, du chercheur. Tous ont un rôle à jouer dans l’amélioration des pratiques. En mettant en avant cette thématique, nous voulons impulser une dynamique collective vers des standards plus élevés de respect animal, en phase avec les recommandations scientifiques les plus récentes.

Comment cela se traduit-il concrètement dans le contenu du Salon?

Le thème irrigue tous les pans de cette édition. D’abord par la programmation scientifique, avec une journée d’étude réunissant des experts nationaux et internationaux en éthologie, médecine équine, droit animalier et gestion des structures équestres. Ensuite, par la sélection des exposants, qui mettent en avant des produits ou services conçus dans le respect du cheval et de son bien-être: alimentation naturelle, sellerie ergonomique, outils de suivi de santé connectés, conditions d’hébergement, etc.

Les galas équestres eux-mêmes sont repensés pour valoriser la finesse de la relation homme-cheval plutôt que la seule performance. Enfin, nous avons renforcé les modules pédagogiques à destination des jeunes cavaliers, en mettant l’accent sur l’écoute du cheval, la lecture de ses signaux corporels, l’importance du repos et de la récompense. Il s’agit de transmettre une autre manière d’être cavalier: plus attentive, plus éthique, plus durable.

En quoi le Salon du Cheval contribue-t-il au développement du tissu économique et professionnel autour du cheval au Maroc?

Le Salon est aujourd’hui un accélérateur de projets, de réseaux, et d’opportunités économiques. Il constitue un point de rencontre entre l’offre et la demande, entre les savoir-faire traditionnels et les innovations modernes. De nombreux partenariats naissent chaque année dans ses allées: entre haras, vétérinaires, artisans, établissements de formation, acteurs du tourisme équestre, etc.

Par ailleurs, en accueillant des compétitions d’envergure, comme le Concours International de Modèles et Allures de pur-sang arabe, aujourd’hui reconnu au plus haut niveau «Title Show» par l’ECAHO, le Salon offre une visibilité exceptionnelle aux éleveurs marocains. Cela a des retombées concrètes en termes de valorisation des lignées, d’export, de notoriété.

La question de la relève est souvent posée. Comment le Salon agit-il pour encourager les jeunes à s’engager dans les métiers du cheval?

C’est une priorité. Le Salon consacre chaque année des espaces entiers à la jeunesse: concours scolaires, ateliers de découverte, rencontres avec des professionnels, formations express… Mais au-delà de l’aspect événementiel, il joue un rôle de déclencheur. Il permet à des jeunes, parfois éloignés du monde du cheval, de découvrir des vocations : sellier, dresseur, maréchal-ferrant, soigneur, artiste équestre ou encore médiateur animalier.

Nous avons aussi développé des liens solides avec les établissements d’enseignement professionnel, agricole et vétérinaire, afin que cette jeunesse ait accès à des parcours de formation et d’insertion. Le Salon n’est pas une bulle éphémère: il est une fabrique de trajectoires.

Comment maintenir l’équilibre entre les traditions équestres marocaines, comme la Tbourida, et les exigences du bien-être animal?

C’est un sujet complexe, mais passionnant. La Tbourida est un pilier de notre identité, une pratique équestre codifiée, transmise de génération en génération. Elle obéit à des règles strictes, avec des cavaliers hautement formés, un matériel adapté et une grande maîtrise du cheval.

Mais comme toute pratique, elle n’est pas figée. Des efforts importants sont réalisés pour adapter certains usages, améliorer les conditions d’entraînement, réviser les protocoles de soins et de transport des chevaux. Le Salon accompagne cette évolution, en favorisant les échanges entre cavaliers, vétérinaires, entraîneurs et chercheurs.

Ce que nous défendons, c’est une vision moderne de la tradition: respectueuse, éclairée, soucieuse du bien-être animal sans renier l’héritage.

Un mot de conclusion…

Le Salon du Cheval d’El Jadida n’est pas qu’un lieu de spectacle ou de commerce. C’est un espace de réflexion, de transmission et d’engagement. Cette 16e édition incarne un tournant : celui où le cheval est enfin reconnu comme un être sensible, comme partenaire de vie, comme miroir de notre rapport au vivant.

Nous avons une responsabilité collective: faire du Maroc un modèle d’équitation éthique, inclusive et rayonnante. Et c’est ici, à El Jadida, que cette ambition prend corps.

Par La Rédaction
Le 17/09/2025 à 11h19