Le moins que l’on puisse dire, c’est que notre Botola Pro D1 Inwi est inouïe…mais pas dans le bon sens du terme. Étonnante, surprenante, unique, et surtout préoccupante.
Étonnante, d’abord. À la veille de ce 7 avril, certains clubs viennent à peine de rattraper leur match en retard de la 11e journée, initialement prévue en février, puis reportée en raison des engagements africains. Et pour mesurer l’ampleur du décalage, il suffit de remonter d’une semaine: c’est à ce moment-là que la 10e journée a été, elle aussi, enfin complétée. À ce rythme, la logique voudrait que la phase retour soit déjà entamée. Nous en sommes encore loin.
Surprenante et unique, ensuite. Car ce retard n’est pas le fruit d’un incident isolé, mais celui d’une accumulation de reports validés par la Ligue nationale de football professionnel, au gré de circonstances jugées légitimes: CHAN, Coupe arabe, CAN, Ramadan, Aïd al-Fitr, dates FIFA, compétitions africaines… Une cascade d’arguments qui, mis bout à bout, ont fini par désarticuler le calendrier. Cette saison, trois clubs sont encore engagés sur la scène continentale: la RS Berkane et l’AS FAR en Ligue des champions, et l’Olympique de Safi en Coupe de la CAF. Résultat: à plusieurs reprises, le championnat a été suspendu au rythme de quelques équipes, pendant que le reste attendait.
Effrayante, enfin. Parce qu’aujourd’hui, il ne reste pas cinq ou six rencontres à programmer, mais quinze matchs retour à caser, alors même que la phase aller n’est pas encore totalement bouclée. Les 10e et 11e journées ont été rattrapées, et la 12e reste en suspens, avec des affiches comme Olympique de Safi–Renaissance Zemamra, AS FAR–RS Berkane toujours en attente.
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Et le calendrier ne laisse aucun répit. Les compétitions africaines reprennent, avec un alléchant FAR–Berkane en demi-finale, ainsi qu’une première historique pour Safi à ce stade en Coupe de la CAF face à l’USM Alger. Dans ce contexte, seul le choc MAS–WAC (12e journée) a, pour l’instant, été programmé. Autrement dit, la reprise réelle du championnat pourrait intervenir autour du 21 avril, soit à peine 24 jours avant l’échéance du 15 mai.
Faisons le calcul: quinze matchs à disputer en moins d’un mois, des rencontres aller encore en souffrance, le tout dans une saison déjà compressée par les échéances internationales, notamment la Coupe du monde 2026 en juin, puis la CAN féminine prévue au Maroc en juillet. Une équation intenable.
La question est donc simple: quand et comment cette saison va-t-elle se terminer? D’autant que certains clubs, à l’image du Raja ou du MAS, refusent d’entamer la phase retour tant que l’aller n’est pas totalement bouclé. Une position logique…mais qui complique encore davantage la situation.
À ce stade de la saison, ailleurs, les tendances sont déjà claires: les prétendants au titre se détachent, les relégués se dessinent, les places africaines se jouent. Ici, tout est encore flou. Et les interrogations s’accumulent: que faire des contrats arrivant à expiration le 30 juin si le championnat déborde? Quelle crédibilité offrir aux joueurs, notamment étrangers? Comment anticiper un mercato estival quand la saison n’est même pas terminée?
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Ces réalités contredisent frontalement le discours qui présente la Botola comme le meilleur championnat d’Afrique du Nord. La vérité est moins flatteuse: alors que d’autres ligues approchent de leur dénouement avec plus de vingt journées disputées, la nôtre peine encore à boucler sa phase aller.Parce que tous ces arguments viennent contredire ceux de ceux qui considèrent notre championnat comme le meilleur d’Afrique du Nord.
Le contraste est d’autant plus frappant que des initiatives avaient été lancées pour structurer le championnat, notamment un partenariat avec LaLiga. Mais sur le terrain, les effets restent invisibles.
Les mots de Patrice Carteron, récemment nommé sur le banc du Wydad, résonnent comme un symptôme plus large: «Nous n’avons pas fait une séance d’entraînement où la moitié de l’effectif a pu finir. L’équipe est dans un état physique et mental désastreux». Au-delà du cas du WAC, c’est tout un système qui apparaît sous tension: effectifs instables, fatigue accumulée, manque de lisibilité.
Alors non, ne nous racontons pas d’histoires. La Botola Pro D1 n’est pas aujourd’hui un modèle. Elle est désorganisée, fragile, et en décalage avec les standards qu’elle prétend atteindre.
Il est temps d’ouvrir les yeux. Trouver des solutions d’urgence pour terminer cette saison devient indispensable. Et surtout, tirer les leçons de ce chaos pour bâtir, enfin, un championnat structuré et crédible. Car la professionnalisation ne se proclame pas: elle se démontre.
