La Botola en retard… et la LNFP aussi

Ballon officiel de la Botola Pro

ChroniqueDans une Botola déjà malmenée par les reports et les compétitions africaines, la Ligue nationale de football professionnel a choisi d’appuyer sur pause. Aucun match programmé, malgré l’urgence du calendrier. Une décision qui fait grincer des dents.

Le 10/03/2026 à 13h26

Ce lundi 9 mars, une grande partie des passionnés de la Botola Pro étaient avachis sur le canapé de leur salon, regardant d’un œil morne leur écran, tout en pianotant mollement sur leur télécommande. Pas le moindre match made in Morocco ou de «la9atates» à l’horizon. Rien, nada, oualou, niente!

Les pauvres Wydadis, Rajaouis, Berkanis, Massaouis et autres Faristes ne tombaient que sur des journaux télévisés diffusés dans toutes les langues, avec des présentatrices plus ou moins mignonnes, mais relayant pratiquement les mêmes informations. Et quelles informations! Guerre en Iran, flambée des prix du pétrole, guerre en Ukraine, crise humanitaire et sécuritaire au Soudan… Bref, que des nouvelles à vous coller une dépression carabinée.

Dans leur quête désespérée d’un peu de football local, ces fameux prés verdoyants rénovés pour la CAN 2025 où gambaderaient allègrement 23 hommes et un ballon, les supporters ont fini par se souvenir d’un vieux proverbe français: «on n’est jamais trahi que par les siens». Celui qui a inventé cette phrase devait certainement être supporter de la Botola. Parce que cette semaine, elle colle parfaitement à la situation.

Oui, chers lecteurs, la Ligue nationale de football professionnel nous a planté un joli poignard dans le dos. Beaucoup ont dû se sentir comme Jules César au moment de rendre son dernier souffle: «Toi aussi, ma LNFP…» Car oui, notre chère Ligue a réussi l’exploit de ne programmer aucun match de notre Botola nationale. Pas un seul. Un silence footballistique total.

Et pourtant, la situation sportive n’a rien de simple. Les quatre clubs marocains engagés en compétitions africaines, l’AS FAR et la RS Berkane en Ligue des Champions, le Wydad et l’OC Safi en Coupe de la CAF, traînent encore plusieurs matchs en retard. Logiquement, la fin de la phase aller aurait dû être l’occasion idéale pour rattraper ce retard. Mais visiblement, la logique n’est pas toujours invitée aux réunions de programmation.

Car pendant ce temps, le calendrier, lui, ne s’arrête pas. La Coupe du Monde 2026 impose une contrainte claire: les championnats nationaux doivent se terminer avant le 15 mai. Autrement dit, chaque semaine compte. Et surtout, le règlement de la Fédération royale marocaine de football (FRMF) est limpide. Aussi clair, diront certains, que le maillot de la Renaissance Zemamra. Le texte précise que les matchs déprogrammés doivent être reprogrammés à la première date disponible avant le début de la phase retour. Difficile de faire plus explicite. D’autant que les clubs concernés avaient une fenêtre parfaite pour jouer leurs rencontres en retard.

Le week-end prochain, ils disputeront les quarts de finale aller des compétitions africaines. Samedi, l’AS FAR accueillera les Égyptiens de Pyramids, tandis que la RS Berkane affrontera les Soudanais d’Al Hilal. Dimanche, l’OC Safi et le Wydad s’affronteront dans l’autre compétition. Bref, le calendrier offrait encore de la marge. Mais pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?

La LNFP avait pourtant avancé le match de la 15e journée entre l’Olympique Dcheira et le Maghreb de Fès de dimanche à samedi, justement pour libérer des créneaux et programmer des rencontres en début de semaine. Résultat des courses: aucune rencontre n’a finalement été programmée. Une manœuvre qui ressemble moins à une stratégie qu’à une improvisation.

Face à cette situation, certains clubs commencent à perdre patience. Le Raja, notamment, a publié un communiqué dans la nuit de lundi à mardi pour avertir qu’il ne disputera pas la 16e journée tant que tous les matchs de la phase aller ne seront pas joués.

Un argument difficile à contester. Car le principe d’équité sportive n’est pas un détail. Un classement ne peut pas être interprété correctement lorsque certaines équipes ont plusieurs matchs de retard.

En clair, le championnat avance… mais pas tout le monde à la même vitesse. Et c’est bien là le problème. Car la situation ressemble désormais à un casse-tête: la Ligue refuse de programmer des matchs en milieu de semaine, certains clubs refusent de continuer le championnat sans régularisation, et plusieurs équipes sont engagées en compétitions africaines. Comme si cela ne suffisait pas, une fenêtre FIFA arrive à la fin du mois de mars. Autrement dit, la Botola pourrait ne reprendre sérieusement qu’en avril.

Si ce scénario se confirme, la Ligue devra accomplir un véritable numéro d’équilibriste: caser quinze journées de championnat, plus les matchs en retard, en à peine quarante-cinq jours. Une mission presque impossible. À moins, bien sûr, que la bande à Belkchour ne réussisse l’impossible: convaincre la FIFA de repousser la Coupe du Monde 2026. Et là, il faudra vraiment croire aux miracles.

Par Adil Azeroual
Le 10/03/2026 à 13h26