La rencontre entre l’Union Touarga Sports et la Renaissance Zemamra, disputée samedi au stade 18 Novembre de Khémisset, avait pourtant commencé sous des bases équilibrées. Touarga était bien entré dans son match, sérieux dans l’organisation et volontaire dans l’impact. Cette dynamique a été récompensée à la 34e minute lorsque Yacine Bammou a ouvert le score après une action bien construite. Mais à peine trois minutes plus tard, Ousmane Diallo a remis Zemamra à hauteur, relançant la partie.
C’est en seconde période que le match a basculé dans un scénario difficile à accepter pour les joueurs et dirigeants du club de la capitale. L’expulsion de Hamza Regragui à la 65e minute a d’abord compliqué la tâche des visiteurs, mais l’équipe est restée organisée et n’a pas renoncé. Puis, le gardien Abderrahman El Houasli a été exclu à son tour à la 73e minute, obligeant Touarga à réaménager totalement son système défensif. L’entrée du second gardien, Reda Asmama, semblait permettre de terminer la rencontre dans une situation stabilisée, mais celui-ci a également été expulsé à la 88e minute après un penalty sifflé pour Zemamra.
Trois expulsions dans une même rencontre, dont les deux gardiens, un enchaînement autant rare que suspect, qui a laissé l’équipe dans un état de vulnérabilité extrême.
À ce moment-là, Touarga a dû confier les gants au défenseur Youssef Kajai, qui s’est retrouvé à défendre les cages dans un contexte irréel. Contre toute attente, il a repoussé le penalty tiré par Mohamed El Faqih, offrant un moment de soulagement et de courage collectif. Mais quelques instants plus tard, Zemamra a inscrit le but de la victoire dans le temps additionnel, scellant une défaite particulièrement amère.
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Au-delà de ces trois expulsions, l’Union Touarga estime avoir également subi une injustice sur une action clé de la rencontre, lorsqu’un but de Yassine Lekhlej (78e) a été refusé pour une prétendue main, alors que les images semblent montrer que le ballon avait été joué de la tête.
Pour le club, ce type d’erreur s’ajoute à une série déjà longue de décisions défavorables constatées lors des dernières journées.
En conférence de presse, visiblement épuisé moralement, Abdelouahed Zamrat les a qualifiés de répétées qui, toujours selon lui, ont coûté à l’Union Touarga des points importants lors de plusieurs journées précédentes: un penalty annulé face au MAS, un autre non sifflé contre l’Union Yaacoub El Mansour et ce but refusé face à Zemamra.
Zamrat a ensuite annoncé sa démission, expliquant qu’il ne pouvait plus exercer dans un environnement où, selon ses mots, «certaines rencontres ne se jouent plus uniquement sur la pelouse, mais se décident ailleurs». Des propos qui résonnent comme l’une des dénonciations les plus brutales entendues dans le championnat ces dernières années.
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Le moment a pris une dimension encore plus symbolique lorsque Adil Matni, directeur sportif du club, a rejoint l’entraîneur en salle de presse pour annoncer à son tour sa démission, par solidarité et par conviction partagée que le club est victime d’un traitement arbitral qui nuit à sa progression et à la crédibilité même de la compétition. Deux dirigeants qui quittent ensemble leur poste, non pas en désaccord sur un choix technique, mais en dénonciation du système, c’est un acte rare, lourd de sens, et qui ne peut être ignoré.
Cette affaire relance une question déjà ancienne dans le football marocain: celle de l’arbitrage comme point noir persistant, de suspicions et de frustrations chez les clubs, les joueurs et les supporters. Dans un pays qui prépare la CAN 2025 et qui s’apprête à co-organiser la Coupe du Monde 2030, la question de la crédibilité sportive devient non seulement un enjeu de discipline interne, mais également un enjeu d’image internationale.
Le match perdu par l’Union Touarga ne sera probablement pas retenu pour son score, mais pour ce qu’il révèle: une fracture entre le jeu et ceux qui le dirigent. Et tant que cette fracture ne sera pas traitée à la racine, elle continuera de fragiliser, match après match, ce qui fait l’essence même du football: l’équité.
