Wydad: la leçon oubliée

Un ancien tifo des supporters du Wydad.

ChroniqueIl y a trente ans, le Wydad avait trouvé une partie de la solution à ses problèmes dans sa propre école. Aujourd’hui, ses dirigeants semblent chercher ailleurs ce qu’ils ont peut-être déjà sous les yeux. Et si le véritable renouveau du club passait, une nouvelle fois, par ses «Wlad El Madrassa»?

Le 14/10/2026 à 16h26

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans, et même les moins de trente ans, ne peuvent pas connaître… Un temps où le Wydad de Casablanca faisait trembler ses adversaires, au Maroc comme au-delà des frontières.

Nous sommes au début des années 90. Le Wydad règne sur le football national. Trois titres de champion du Maroc, une Coupe d’Afrique des clubs champions (ancêtre de la Ligue des champions), une Coupe du Trône, une Supercoupe arabe et une Coupe afro-asiatique. Les Rouges gagnent, séduisent et imposent leur loi.

Il faut dire qu’à cette époque, le Wydad possède ce qui se fait de mieux dans le football marocain. Noureddine Naybet, Rachid Daoudi, Lahcen Abrami, Fakhreddine Rajhy, Hassan Benabicha, Youssef Fertout, Moussa N’Daw, sans oublier le Russe Vasiliy Postnov et bien d’autres.

Mais dans le football, les règnes ne sont jamais éternels. Au milieu de la décennie, un événement va bouleverser les rapports de force: la fusion entre le Raja et l’Olympique de Casablanca. D’un côté, un Raja fort de son immense popularité. De l’autre, un Olympique qui possède les moyens, les joueurs et les titres. Ce mariage va donner naissance à une véritable machine à gagner. Entre 1995 et 2001, le Raja remporte six championnats consécutifs, deux Ligues des champions d’Afrique, en 1997 et 1999, et une Coupe du Trône en 1996.

Pendant ce temps, le Wydad perd de sa superbe. Les difficultés financières, les changements à la présidence et la puissance économique du voisin vert, soutenu notamment par la Centrale laitière, compliquent sérieusement la tâche des Rouges. D’autres clubs, comme la Renaissance de Settat et la Jeunesse El Massira, viennent également jouer les premiers rôles.

Le Wydad n’a plus les moyens d’attirer les meilleurs joueurs du pays. Il lui reste pourtant une richesse: son école. Les dirigeants décident alors de miser sur les jeunes. Un choix risqué, mais largement imposé par les circonstances.

C’est ainsi que vont éclore Khalid Khama, Hamid Termina, Saad Abdelfattah, Ihsane Ghandi, Fayçal Ami Kaddour et bien d’autres. Des gamins qui vont progressivement se faire une place aux côtés de joueurs comme Mohamed Benchrifa, Redouane El Allali, Adel Chbouki, Imad Bencheikh, Mustapha Ratbaoui ou Boujemaa Kassab. On les appellera les «Wlad El Madrassa», les enfants de l’école.

Cette génération va terminer deux fois vice-championne du Maroc, remporter la Coupe du Trône et contribuer à bâtir l’équipe qui décrochera la Coupe d’Afrique des vainqueurs de coupe en 2002.

L’histoire ne se répète pas, elle bégaie. Chaque époque a ses particularités, mais le Wydad d’aujourd’hui ressemble étrangement à celui du milieu des années 90. Le club qui marchait sur la Botola et l’Afrique sous la présidence de Saïd Naciri, écroué dans le cadre de l’affaire dite «Escobar du Sahara», n’est plus que l’ombre de lui-même.

Après son départ, Hicham Aït Menna prend les commandes. À coups de futurs litiges, il constitue une équipe qui a fière allure. Sur le papier seulement. Les Rouges terminent la saison dernière sans le moindre titre, à la cinquième place, à seize points du champion, le Maghreb de Fès. Mais le chiffre le plus frappant reste celui des défaites: treize. Du jamais-vu pour le club casablancais.

À la fin de la saison, Aït Menna jette l’éponge, laissant derrière lui une dette de plus de 115 millions de dirhams, une interdiction de recrutement et… plusieurs litiges.

Ibrahim El Assri hérite d’une situation particulièrement compliquée. Le nouveau président parvient à régler les litiges à l’origine de l’interdiction de recrutement à l’international. Un effort qu’il faut saluer. Mais l’héritage ne se limite pas à ces dossiers. D’autres engagements financiers pèsent toujours sur le club. Financièrement, le Wydad est aujourd’hui plus proche de la crise cardiaque que de la grande forme olympique.

Face à cette situation, la solution la plus logique aurait été de s’inspirer des dirigeants de 1997: réduire les dépenses, assainir les finances et miser sur les jeunes de la Madrassa.

D’autant que le club dispose d’un vivier qui a déjà fait ses preuves. La saison dernière, l’équipe espoir, entraînée par Abdellatif Noussir, a remporté le championnat de deuxième division amateur. Un titre qui montre que le Wydad possède des jeunes capables de prendre la relève, à condition de leur faire confiance et de leur donner leur chance.

Tous ne deviendront évidemment pas des titulaires en équipe première. Mais pourquoi ne pas s’appuyer sur cette génération, l’encadrer avec quelques joueurs expérimentés et construire sur la durée?

Au lieu de cela, le nouveau comité a préféré recruter pas moins de treize joueurs. Pour quel résultat? Après trois journées, une victoire, un nul, une défaite et des prestations bien en deçà des attentes.

Certes, il est encore trop tôt pour juger cette équipe. Mais après les échecs des dernières saisons, difficile de comprendre cet acharnement à vouloir reconstruire à coups de recrutements. Le public du Wydad s’est habitué aux titres, mais il n’est pas dupe. Voilà trois ans que son club ne gagne plus rien. Trois ans de promesses, de changements et de déceptions.

Et si les dirigeants avaient simplement annoncé qu’il fallait deux ou trois saisons pour remettre le club sur pied? Qu’ils allaient limiter les recrutements, faire confiance aux jeunes et construire une équipe sur la durée?

Les supporters auraient certainement compris. Ils auraient accepté les erreurs d’un jeune de 19 ans formé au club bien plus facilement que les contre-performances d’un joueur recruté à prix d’or.

Bien entendu, il ne s’agit pas de lancer onze jeunes sans expérience dans le grand bain. Il faut les entourer de quelques cadres, leur donner du temps et surtout leur faire confiance. C’est précisément ce qu’avait fait le Wydad il y a trente ans.

Aujourd’hui, la question mérite d’être posée: quelle place occupe réellement le centre de formation dans le projet sportif du club? Combien de jeunes ont leur chance en équipe première? Le Wydad a besoin de retrouver sa stabilité financière, mais aussi son identité. Et cela ne se fera pas en changeant la moitié de l’effectif à chaque mercato.

Il y a trente ans, le club avait trouvé une partie de la solution dans sa propre école. Aujourd’hui, ses dirigeants semblent encore chercher ailleurs ce qu’ils ont peut-être déjà chez eux. Et si le véritable renouveau du Wydad passait, une nouvelle fois, par ses «Wlad El Madrassa»?

Par Adil Azeroual
Le 14/10/2026 à 16h26