Le Maroc, son peuple, ses joueurs, Walid Regragui et son staff se souviendront longtemps de cette 35e édition. Au-delà d’une organisation exemplaire, les Lions de l’Atlas ont montré, depuis le début du tournoi, un groupe uni, animé par l’envie de réparer les erreurs du passé et aller chercher une deuxième étoile.
Car depuis le coup d’envoi de la compétition, le 21 décembre dernier, certaines prestations marocaines ont été plus convaincantes que d’autres. Mais face au Nigeria mercredi soir, l’un des adversaires les plus redoutés du continent, les hommes de Walid Regragui ont confirmé une chose essentielle: le Maroc sait gérer les grands rendez-vous. Une qualification au mental et à l’intelligence tactique. Pour mieux la comprendre, Abdellah Kharbouchi, ancien international marocain, aujourd’hui entraîneur et analyste, décrypte cette demi-finale en collaboration avec Quentin Voisin, lui aussi analyste.
Un Maroc discipliné et dangereux
«Le Maroc est resté fidèle à son 4-3-3, avec une idée très claire: contrôler le cœur du jeu et fermer l’axe», note Khabrouchi. Face à un Nigeria organisé dans un schéma proche du 4-4-2 en losange, les Lions de l’Atlas ont rapidement imposé un bloc médian compact, empêchant toute connexion entre le milieu nigérian et ses attaquants.
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«Le travail des milieux marocains a été énorme. Ils ont coupé les lignes de passe, notamment vers (Ademola) Lookman et (Victor) Osimhen. Le Nigeria a été obligé de jouer long, ce qui était exactement ce que voulait le Maroc», souligne l’ancien international.
Et à la perte du ballon, les Marocains se regroupaient immédiatement, avec «un pressing coordonné et intense. Une discipline collective qui a limité les situations dangereuses côté nigérian.»

Offensivement, le Maroc, qui s’est procuré à plusieurs reprises des situations franches, a su étirer le bloc adverse et exploiter les couloirs, en particulier à droite.
«L’association (Achraf) Hakimi–Brahim Díaz a beaucoup apporté. Il y avait des projections, des combinaisons rapides, de la largeur. Le Maroc a souvent créé des supériorités numériques sur les côtés, explique Abdellah Kharbouchi, qui ajoute que les transitions ont aussi été très bien gérées, avec une récupération haute et un jeu vertical. Même sur coups de pied arrêtés, le Maroc était dangereux».
Un Nigeria asphyxié
En face, les Super Eagles ont dû se contenter de deux tirs seulement, dont un seul cadré, et ont tentés par moment de presser haut et de multiplier les centres. Mais l’adversaire s’est heurté à une défense marocaine solide dans les duels et très efficace sur les seconds ballons.

Stanley Nwabali, portier des Super Eagles, s’est néanmoins montré décisif à plusieurs reprises, maintenant son équipe dans le match. Mis à part cela, «le Nigeria s’est globalement montré moins dangereux que le Maroc».
«Ça, c’est une équipe»
Après 120 minutes d’un combat tactique intense, la séance de tirs au but est venue départager les deux équipes. Une issue logique au vu du scénario, mais qui récompense un Maroc plus constant et plus maîtrisé, avec une «vraie identité de jeu».
Mais surtout une solidité qui traduit une véritable envie de mouiller le maillot pour le pays, dans un Complexe Moulay Abdellah comble, vibrant au rythme des passes des joueurs marocains: «Ça, c’est une équipe. Quand ils jouent en club, ils ne défendent pas toujours le maillot comme ça. Là, on sent un vrai engagement». Et Ez Abde l’avait affirmé après le match: «On a joué comme si notre vie en dépendait.»

Et cet engagement-là s’inscrit, au-delà de l’amour porté au Royaume, dans une stratégie insufflée par le sélectionneur Walid Regragui, qui prône sans cesse l’effort et le dépassement de soi pour le peuple: «Walid (Regragui) sait manager son groupe et tirer le meilleur de chaque joueur. Cette équipe est à son image, quand il était joueur, j’ai joué contre lui, et c’était un guerrier, il ne lâchait rien. Aujourd’hui, c’est pareil avec son équipe, mais en plus, il les libère techniquement.»
Une qualification méritée
Ce que les Lions de l’Atlas ont montré face au Nigeria, c’est avant tout qu’ils savaient jouer, mais aussi gérer la pression de tout un peuple et le poids de l’histoire. Techniquement et tactiquement, tout était en place. Chaque joueur a maîtrisé son rôle, jusqu’au dernier rempart Yassine Bounou, qui a confirmé l’énorme travail collectif réalisé dans ce match et tout au long de la compétition, avec deux arrêts décisifs lors de la séance de tirs au but, à un moment où la pression aurait pu faire basculer la rencontre.

Une prestation de patron qui vient aussi faire taire les polémiques futiles apparues ces derniers jours, et les joueurs ont répondu sur le terrain, avec du mental, de la rigueur et une rage de vaincre à la hauteur de l’événement.
Les Lions de l’Atlas se qualifient donc pour une finale de Coupe d’Afrique des Nations, 22 ans après la dernière, perdue face à la Tunisie en 2004. Et ce dimanche 18 janvier, tout un pays retiendra son souffle face au Sénégal, avec l’espoir d’aller chercher une deuxième étoile, cinquante ans après celle de 1976.
Yassine Bounou. AFP












































