Motsepe, funambule du football africain: entre Sénégal et Maroc, qui est le vrai vainqueur de la CAN 2025?  

khadija Sabbar / Le360

Motsepe, homme d’affaires sud-africain passé dirigeant sportif, n’est pas un fin politique. Son silence sur le «véritable vainqueur» traduit une réalité: la vérité sportive cède souvent aux nécessités diplomatiques. Le football africain dépend des États et de leurs financements; s’aliéner un pays est suicidaire.

Le 12/04/2026 à 11h10

La récente visite de Patrice Motsepe au Sénégal puis au Maroc n’avait rien d’anodin, ni de festif. Officiellement, il s’agissait d’une tournée de courtoisie et de suivi des dossiers du football africain. Officieusement, elle intervenait dans un climat de tension latente autour d’une question explosive: qui est le véritable vainqueur de la CAN 2025?

Cette édition a laissé des traces profondes, avec une déception palpable déjà lors de la remise des médailles et du trophée. Derrière les sourires forcés, un malaise évident: le titre avait été arraché de force.

Rappelez-vous: le Maroc a organisé une CAN exemplaire, renflouant les caisses de la CAF comme jamais, avec des sponsors en pagaille, une affluence record, une couverture télévisuelle inédite et un niveau de jeu sublimé par des infrastructures inégalées. Mais cela dérange. Jalousies acerbes et signes avant-coureurs ont culminé lors de la finale.

Habitués aux provocations maladives du voisin de l’Est, les Marocains ont été stupéfaits: les principaux saboteurs étaient leurs frères les plus proches, ceux auxquels ils avaient réservé le meilleur des accueils: les sénégalais et les égyptiens.

En finale, sous l’impulsion d’un coach exalté, le Sénégal a quitté le terrain pour une polémique arbitrale infondée. Devant certaines évidences, l’acte semble prémédité. Les supporters sénégalais surchauffés ont envenimé davantage la scène.

S’ensuivit une procédure chaotique. D’abord, un comité de discipline présidé par un Sénégalais rejeta la requête marocaine, qui contestait le résultat pour non-respect du règlement. Il sanctionna des faits de jeu mineurs, ignorant la violation flagrante. Le Maroc démonta ce verdict devant le jury d’appel, qui rétablit la vérité en appliquant les règles de la CAF. Le Sénégal, qui avait jadis bénéficié d’une décision similaire pour se qualifier à la Coupe du Monde 2022, ne digère les arbitrages que s’ils l’avantagent. Il rejeta le rendu, publiant un communiqué étatique et non fédéral, accusant la CAF de corruption. Sous-entendu: la CAF corrompue, le Maroc corrupteur.

Lors de ses visites donc, Motsepe affronta l’inévitable: «qui est le vainqueur de la CAN 2025?» Au Sénégal, son objectif était clair: préserver les liens avec une puissance footballistique continentale. Face au président Bassirou Diomaye Faye, il réaffirma le respect de la CAF pour les institutions sénégalaises et leur rôle dans le rayonnement du football africain, sans évoquer les accusations de corruption, tout au moins en public. Mais le message implicite visait clairement à freiner une dérive défiante exagérée du Sénégal: des sanctions lourdes peuvent tomber sinon.

Au Maroc, la tonalité changea. Motsepe, fidèle à son habitude, salua la puissance structurante du Royaume. Face à la Fédération Royale Marocaine de Football et son président Fouzi Lekjaa, pilier de la CAF et membre du conseil de la FIFA, il adopta un ton laudatif. Interrogé sur le sujet sensible, il se retrouva coincé: trancher aurait ravivé des fractures. En président de la CAF, son rôle est d’empêcher une controverse sportive de virer à la crise institutionnelle. Son hésitation révèle la complexité d’un système où politique, symbolique et sport s’entremêlent.

La CAN n’est pas qu’une compétition: c’est un levier de prestige et de diplomatie, un champ de rivalités régionales.

Le Maroc s’impose comme puissance footballistique par ses performances, ses investissements massifs en infrastructures, généreusement mises au service de la CAF et de nombreux pays africains, ses académies comme celle de Mohammed VI à Salé, exportatrice de talents et ses organisations réussies de nombreuses CAN masculines et féminines. Il est un pilier incontournable de la CAF.

La visite de Motsepe y ressemblait à une reconnaissance, soulignant la dépendance de la CAF au Maroc pour avancer le football africain. C’est une diplomatie contrainte qui s’esquisse.

Ces deux étapes exposent dans les faits, les limites de la gouvernance actuelle du football africain: entre équilibres politiques, enjeux économiques et ambitions nationales, la CAF navigue à vue.

Motsepe, homme d’affaires sud-africain passé dirigeant sportif, n’est pas un fin politique. Son silence sur le «véritable vainqueur» traduit une réalité: la vérité sportive cède souvent aux nécessités diplomatiques. Le football africain dépend des États et de leurs financements; s’aliéner un pays est suicidaire.

Ces deux déplacements révèlent une question cruciale: la CAF reste-t-elle une instance neutre, ou se soumet-elle à ses pôles de puissance? Le Sénégal incarne légitimité sportive et historique; le Maroc, en plus, investissement et vision stratégique. Motsepe maintient implicitement un équilibre fragile au prix du silence et de l’ambiguïté. La crise révèle ainsi la fragilité de l’instance.

La tournée n’aura pas tranché sur le vainqueur de la CAN 2025, Ce n’était pas le but, mais elle a mis à nu les forces et surtout les faiblesses du football africain. Un football qui dépasse le terrain. Dans ce jeu, Motsepe n’est ni jongleur ni dribbleur: il est funambule.

Cependant il sait. Il sait très bien qui aura la Coupe et les 10 millions de Dollars qui vont avec. Il aura juste évité de se dévoiler et de se faire huer. Ainsi il sera encore et toujours le bienvenu et au Sénégal et au Maroc. C’est le TAS qui va trancher pas lui...

En concomitance, la FIFA a exclu Ndala, l’arbitre «maudit» de la finale qui a endossé toutes les incompétences et tous les dépassements. Signe avant-coureur avant le verdict du Tribunal Arbitral du Sport?

Par Aziz Daouda
Le 12/04/2026 à 11h10