Quand la défaite bascule dans la sauvagerie. Sur la pelouse, le Nigeria a livré une démonstration d’autorité face à l’Algérie (2-0), validant avec maîtrise et puissance son billet pour les demi-finales de la CAN 2025. En dehors du terrain, en revanche, le spectacle a sombré dans le chaos, la tension et une violence inacceptable, ternissant une affiche qui méritait mieux.
Sportivement, le verdict est sans appel. Les Super Eagles ont surclassé les Fennecs dans tous les compartiments du jeu. Plus intenses et mieux organisés, les Nigérians ont rapidement imposé leur loi. Victor Osimhen, fidèle à son statut, a ouvert le score dès le retour des vestiaires avant d’offrir, dix minutes plus tard, une passe décisive à Akor Adams. Deux actions, deux coups de poignard, et une Algérie dépassée, incapable de réagir autrement que par la frustration.
Mais ce qui devait rester un simple quart de finale perdu a basculé, au coup de sifflet final, dans une séquence indigne d’un tournoi continental de ce niveau.
À peine la rencontre terminée, plusieurs joueurs algériens se sont rués vers l’arbitre sénégalais Issa Sy et ses assistants, dans une scène d’hostilité collective devenue tristement banale. Gestes véhéments, protestations agressives, pressions inutiles: l’arbitrage est devenu le bouc émissaire d’une élimination pourtant méritée. Il a fallu l’intervention rapide des stadiers pour empêcher que la situation ne dégénère davantage.
La tension ne s’est pas arrêtée là. Sur le terrain, les joueurs algériens, toujours sous le coup de la colère, se sont ensuite dirigés vers leurs homologues nigérians. Quelques minutes de flottement, des regards chargés, des gestes mal contenus… Le spectre d’une bagarre générale a plané sur la pelouse. Là encore, le dispositif de sécurité a permis d’éviter l’irréparable.
Dans les tribunes, le climat était tout aussi délétère. Une frange des supporters algériens, refusant l’évidence sportive de l’élimination, a tenté de forcer un passage menant au terrain. Cris, bousculades, mouvements de foule: la colère s’est transformée en violence latente. Seule la fermeté des stadiers a empêché une intrusion massive qui aurait pu provoquer un drame.
Mais le plus grave s’est déroulé loin des caméras. Dans la zone mixte, espace pourtant protégé et dédié au travail journalistique, des scènes d’une extrême gravité ont été rapportées. Des journalistes marocains, présents pour couvrir la rencontre dans le cadre de leurs fonctions, ont été pris à partie par des journalistes algériens. Insultes, menaces, puis agressions physiques. Plusieurs confrères ont été violemment pris pour cible, dans un déchaînement aussi lâche qu’inadmissible.
Rien, absolument rien, ne peut justifier de tels actes. Ni une élimination, ni la frustration sportive. S’attaquer à des journalistes, c’est franchir une ligne rouge. C’est renier les valeurs les plus élémentaires du sport, de la presse et de la coexistence professionnelle.
Cette CAN 2025 devait être celle de la maturité du football africain. Elle montre, une fois de plus, que les progrès sur le terrain ne suffisent pas si les mentalités n’évoluent pas en dehors. Le Nigeria, lui, avance, serein et conquérant, vers une demi-finale face au Maroc. L’Algérie, elle, quitte le tournoi non seulement éliminée sportivement, mais alourdie par une image dégradée, plombée par des comportements qui n’honorent ni son football ni sa presse.
AFP







