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Le derby Raja-Wydad, une rivalité sportive à sauvegarder

Une phase du 133e derby casablancais Wydad-Raja (2-1), dimanche 23 octobre 2022. © Copyright : DR
Lorsque la compétition génère de l’émulation, on se bat pour être meilleur que l’adversaire, les deux progressent et s’améliorent. C’est le cas pour le derby, et sans cette rivalité, on peut se demander si les deux clubs auraient connu une telle longévité au sommet?
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Les images diffusées récemment sur les réseaux sociaux relatives à des combats de rues entre des supporters, un qualificatif inapproprié pour des comportements si violents, ont interloqué la plupart des observateurs sportifs du pays.

Cette véritable bataille rangée entre les Ultras de deux clubs, le Wydad et le Raja, a eu pour scène le quartier Sidi Bernoussi à Casablanca. Quelques soient les motifs de cette confrontation, le groupe Ultra d’un des deux clubs aurait provoqué les Ultras de l’autre dans son quartier, cette violence n’est pas justifiée. Non seulement elle met en danger la sécurité, la vie même parfois, des belligérants, mais aussi celle des habitants du quartier et des forces de l’ordre. Une enquête a été diligentée, sous supervision du parquet, pour déterminer les responsabilités. Elle suit son cours.
  
Le contexte de cet affrontement de rues est la programmation d’un match de championnat au titre de la 14ème journée prévu au Stade Bachir à Mohammedia. Le match s’est déroulé à huis clos, mercredi dernier et a vu la victoire du Raja par deux buts à zéro. Compte tenu du contexte, le score importe peu, même si le retour du Raja au premier plan semble se confirmer et, en soi c’est une bonne nouvelle pour le football marocain.

Les récents déboires judiciaires rencontrés par le Président du Wydad ne sont pas étrangers à cette tension et cette flambée de violence. Plongé dans un délire de complots fabriqués, certains journalistes, en mal de reconnaissance, se sont inscrits dans une campagne de remise en cause des brillants résultats du Wydad sous l’ancienne présidence.

«On pense comme on n’est», cet adage est plein de bon sens lorsqu’il s’agit de comprendre la nature humaine. Lorsqu’on est tricheur on pense que tout le monde triche, idem pour les menteurs etc. C’est difficile, pour les tricheurs d’imaginer que les résultats sont acquis à force de travail, de persévérance et aussi de chance et de talent. Ceux qui ont tendance à oublier le poids du travail bien fait seraient bien inspirés de revoir leurs cahiers de souvenirs, et les archives de leurs portables. Ils y trouveront des vidéos de certaines épopées du Wydad sous la direction de Walid Regragui qui ne manquent pas de panache.

Le Wydad, le Raja et l’AS FAR sont les seules équipes marocaines à avoir échappé au spectre de la relégation en division inférieure. L’AS FAR de création plus récente a joué deux saisons en seconde division avant d’accéder à la première, mais depuis l’équipe n’a jamais été reléguée. Ce sont des équipes capables de remplir des stades et sont en mesure de mobiliser leurs supporters lors de leurs déplacements. Ce n’est pas rien et cela démontre l’attachement du public à ses couleurs.

Mais quelques soient les liens noués entre le public et un club, rien ne permet d’accepter un tel déferlement de haine. Le Wydad a été créé sous protectorat, par un groupe de nationalistes marocains, regroupés autour de Mohamed Benjelloun Touimi. L’objectif était de permettre à des jeunes nageurs, musulmans d’accéder aux piscines nombreuses à l’époque autour du Port de Casablanca, à côté de l’ancienne médina. Plus tard une section football sera fondée et confiée à Mohamed Ben Lahcen Affani, plus connu sous le surnom «Père Jégo». En conflit avec certains joueurs du Wydad, ce dernier finira par rejoindre l’autre club de Casablanca, le Raja, fondé 12 ans plus tard à Derb Sultan, par des syndicalistes marocains, dont le célèbre futur premier ministre feu Maati Bouabid.

Libre, suite à son départ du Wydad, Père Jégo sera recruté par le Raja de Casablanca pour le poste d’entraîneur. Un recrutement qui sonne le Kick-off de la rivalité entre les supporters des deux équipes. A l’époque du protectorat, la rivalité opposait les clubs nationalistes aux clubs dirigés par des Européens. L’arrivée de Père Jégo au Raja va lancer une nouvelle forme de compétition, 100% sportive celle-là.

Lorsque la compétition génère de l’émulation, on se bat pour être meilleur que l’adversaire, les deux progressent et s’améliorent. C’est le cas pour le derby, et sans cette rivalité, on peut se demander si les deux clubs auraient connu une telle longévité au sommet?

La compétition a concerné les joueurs certes, mais aussi les supporters. Une compétition saine et génératrice de valeurs. Cela n’a pas échappé aux médias sportifs du monde entier qui, régulièrement publient des articles sur l’ambiance, l’animation et les tifos produits lors des derbys. Le collectif «Ultras World», une chaîne YouTube à large audience, vient de désigner les «Winners» du Wydad, meilleur public au Monde, le public du Raja terminera 5ème du classement derrière le public de l’OM. Dommage de gâcher une telle reconnaissance internationale par de vulgaires bagarres de rue. Ce n’est ni dans la tradition des habitants de l’ancienne médina, liés au Wydad, ni dans l’éducation des jeunes de Derb Sultan fief des «Rajaouis».

Par Larbi Bargach
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