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L’équipe de Deschamps, le public adore la détester, y compris en France

Didier Deschamps, sélectionneur de l'Équipe de France. © Copyright : AFP
Très peu de non-Français souhaitent la victoire des poulains de Deschamps. Connaissant le caractère du personnage, ça va le rendre encore plus désagréable et plus piquant devant la presse.
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L'organisation du football mondial doit beaucoup à des personnalités françaises de premier plan. Jules Rimet, à l'origine de plusieurs compétitions, a dirigé la FIFA de 1921 à 1954. C'est sous sa gouvernance que le football a pris son envol pour échapper au CIO et à l'amateurisme qui prévalait à l'époque. Le trophée de la Coupe du Monde était connu sous le nom de Coupe «Jules Rimet» jusqu'en 1970 lorsque le Brésil l'a remporté pour la troisième fois.

Plus tard, c'est Gabriel Hanot, rédacteur en chef du journal L'Équipe, qui sera à l'origine de la création de la Coupe d'Europe des Clubs Champions devenue plus tard la Ligue des Champions et enfin, c'est Jacques Ferran, pour ne citer que les plus importants, directeur de France Football, qui va concevoir le Ballon d'Or, une des récompenses honorifiques individuelles les plus disputées du football mondial.

Sur le registre de la gouvernance du football mondial aussi, personne ne peut contester l'apport des dirigeants et des footballeurs français. Lancée en 1970, au lendemain d'une défaite douloureuse face à l'Angleterre (5-0 à Wembley), la formation à la française est, avec l'espagnole et la brésilienne, les plus importantes du football mondial.

Par contre, et avec un petit zeste de provocation, on ne peut pas dire que la France soit un pays de football. L'engouement du peuple pour le sport le plus populaire au monde est relatif et lié à des considérations de résultats et non de traditions. Seul l'OM à Marseille, le Racing Club de Lens et l'AS Saint-Étienne disposent de supporters passionnés avec des traditions et du sang «aux couleurs du club» dans les veines. Les tentatives de créer des rivalités entre clubs pour nourrir le sentiment d'appartenance ne sont pas restées vaines, mais c'est sans commune mesure avec les rivalités et l'engouement que provoquent les matchs de la Premier League, de la Liga, de la Serie A ou de la Bundesliga. Un seul club français a réussi à remporter la Ligue des Champions en 68 ans, c'est l'OM. Finaliste une autre fois, l’OM a le meilleur palmarès français devant Reims, 2 fois finaliste, Monaco, Saint-Étienne et le Paris Saint-Germain une finale chacun. C’est peu pour un championnat qui se veut important. La plupart des joueurs français brillent à l'extérieur du pays. Malgré les milliards proposés par le PSG, le club le plus riche de l'histoire de France, Mbappé a choisi le Real Madrid et avant lui Camavinga et Tchouaméni avait fait le même choix.

Cela n'a pas empêché l'Équipe de France de rencontrer son public à l'international. Développant un football chatoyant, les Français ont souvent séduit. En 1958, l'Équipe de France a brillé avec Kopa et, le Marocain de naissance, le regretté Just Fontaine, en 1982 avec Platini, Tigana et Giresse, en 1998, 2000 et 2006 avec Zidane et toute une génération de brillants footballeurs. Depuis, cette équipe ne séduit plus. Elle s'est couverte de ridicule sous Domenech en 2010. Depuis, avec Deschamps, s’est ouverte une ère prolifique sur le plan des résultats mais catastrophique sur l'image et la sympathie qu'aurait pu générer la diversité et le talent des joueurs qui composent cette équipe. Ils sont bons sur toutes les lignes et dégagent beaucoup de sympathie à titre individuel. Des joueurs comme Camavinga ou Kanté font l'unanimité et les autres sont brillants, mais le rendu de leurs prestations n'est pas du tout au niveau de ce qui est attendu. Ce n'est pas tant le choix tactique qui est en question, chaque équipe gère son effectif comme elle l'entend en privilégiant la solution qui lui semble la plus efficace pour gagner ses matchs. C'est l'arrogance de celui qui dicte la stratégie, Didier Deschamps, sa suffisance, ses mimiques et sa façon d'exulter pour un but qui le rend insupportable. Aucun des buts marqués sur les cinq premiers matchs ne mérite une telle démonstration de joie et un tel emballement. Un penalty et «deux contre son camp», ce n'est pas vraiment folichon. Ils valent leur pesant d'or mais ce n'est pas ce qu'on attend d'une équipe récemment championne du monde et finaliste en 2022.

Il est de plus en plus critiqué en France, mais de plus en plus soutenu par ses dirigeants. Ils lui ont prolongé le contrat jusqu'en 2026 et on peut imaginer qu'il pourra aller au-delà, s'il remporte cet Euro, ce qui est largement à la portée de cette Équipe de France, gâtée par la chance et le talent.

L'Espagne, la meilleure équipe du tournoi avec l'Allemagne, sera particulièrement diminuée ce soir, avec des absences importantes, et en finale, quel que soit l’adversaire, la France sera favorite. Un statut objectif mais pas de cœur, très peu de non-Français souhaitent la victoire des poulains de Deschamps. Connaissant le caractère du personnage, ça va le rendre encore plus désagréable et plus piquant devant la presse. Il faudra faire avec et féliciter l'équipe qui va gagner, après tout ce n'est que du sport, le dernier rempart face à la haine, au racisme et à la xénophobie qui polluent les relations humaines en manque d'empathie et de savoir-vivre ensemble.

Par Larbi Bargach
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