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Leur vie est un miracle

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Derrière chaque homme il y a une femme, et derrière chaque club un président. Dont quelques uns, c’est sûr, iront au paradis. Tant ils ont apporté à leur sport, à leur club et à leur pays.
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En France, c’est pratiquement tout un pays qui s’est levé pour saluer la mémoire de Pape Diouf, ancien président de l’Olympique de Marseille, décédé il y a quelques jours par la faute du covid-19. Les hommages ont afflué d’autres pays aussi, et d’autres sphères d’influence loin du sport. Artistes et hommes politiques ont tenu eux aussi à rendre hommage «au vrai pape».

Pourquoi Diouf? Parce c’était un personnage extraordinaire. C’est le seul président «noir» d’un grand club de foot en France, voire en Europe. Eh oui, avant Diouf, aucun grand d’Europe n’avait été dirigé par un «black» (ni par un Arabe, mais ça, c’est une autre histoire). Mieux encore, avant de prendre en main le club le plus populaire en France, Diouf, un Sénégalais né au Tchad et grandi en Mauritanie, avait exercé toutes sortes de métiers: postier, coursier, journaliste et agent de joueurs. Entre autres. Il avait eu le temps aussi de suivre des études en sciences politiques. Et il avait des sympathies communistes par-dessus le marché!

Un vrai self-made, globe-trotter, qui symbolise le meilleur visage de la mondialisation: celui qui offre à un homme né au pôle sud de devenir le roi du pôle nord, ou vice versa. Et pourtant, ce Pape Diouf que toute la France et une partie de l’Europe et de l’Afrique pleurent et applaudissent aujourd’hui n’a jamais rien gagné avec Marseille, dont il a été président entre 2005 et 2009! Incroyable, non?

Ceux qui ont parcouru son livre d’entretiens («De but en blanc», 2009) et sa biographie («C’est bien plus qu’un jeu», 2013) savent quel bonhomme très singulier il a été. Sa vie, comme dirait Kusturica, est un miracle.

Imagine-t-on ces formes d’hommages et de personnages au Maroc? En principe oui… Mais il y a un mais, comme on dit.

Le football marocain a toujours été dirigé par des hommes de pouvoir (politiques, militaires) et d’argent (hommes d’affaire). Beaucoup ne se rappellent même pas de leurs noms, alors qu’ils ont gagné des titres et sorti leurs clubs de cœur, et leur villes, de l’anonymat.

Nous avons connu, par exemple, un Driss Basri qui poussait dans l’ombre le club de Settat (RSS), sans en être le président. La même chose avec Ahmed Dlimi et Sidi Kacem (USK). Il y a eu d’autres exemples bien sûr. Mais, ces hommes partis, morts ou déchus, leurs clubs rentraient dans leurs coquilles et retrouvaient un rang modeste, probablement plus conforme à leur valeur intrinsèque.

Nous avons connu, à l’opposé, des présidents qui étaient de grands dirigeants, des managers dans le sens moderne du terme. Et même des visionnaires.  

Comment oublier Abderrazak Mekouar, le président emblématique du Wydad de Casablanca? Il a tout gagné avec le club, surtout dans les années 1970, il a été le premier à militer pour l’organisation d’une Coupe du Monde au Maroc, il a su attirer les meilleurs joueurs du championnat (il était doué pour le dialogue et de négociation, lui qui était diplomate de carrière). Mais la base de sa réussite réside dans le fait que, sous sa présidence, le Wydad s’est pratiquement transformé en club «professionnel»: tous les joueurs étaient embauchés dans des entreprises, même les blessés…

Comment oublier Mohamed Doumou, le président du KAC de Kénitra qui a été, à un moment donné (début des années 1980), le meilleur club marocain, le premier aussi à renouer pour de bon avec les compétitions africaines?

Comment oublier Mustapha Belhachemi qui a évolué en tant que joueur dans les rangs du MCO d’Oujda, avant d’en devenir le président et de porter le club sur ses épaules, des décennies durant?

Et que dire de Larbi Zaouli, une sorte de Guy Roux à la marocaine, qui faisait tout au TAS, le club phare du Hay Mohammedi à Casablanca? Il entrainait, dirigeait, décidait de tout, on dit même qu’il ramassait les ballons et distribuait les sandwiches à la fin des séances d’entrainement…

De grands personnages, finalement un peu romantiques, souvent surgis de nulle part. Leur vie aura été un miracle. Que leur mémoire soit ici saluée, en ces temps où le football de club au Maroc a peut-être besoin de se créer des légendes, pas seulement autour des joueurs, mais aussi des présidents, dirigeants et entraîneurs. Mais pas tous, hein!

Par Footix marocain
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