Foot: Décès de Rolland Courbis, grande gueule et coach à tout faire

Rolland Courbis. DR

Sanguin qui marchait aux coups de gueule et aux coups de cœur, «coach» respecté et régulièrement appelé à la rescousse d’équipes en souffrance, Rolland Courbis est mort lundi à 72 ans après mille et une vies dans le football.

Le 12/01/2026 à 11h10

Le directeur général de RMC Karim Nedjari a annoncé sa mort à l’antenne, la voix étreinte par l’émotion, après les 22 années de Rolland Courbis comme consultant de la radio.

«Il a transformé l’analyse footballistique en art de la conversation», a salué Karim Nedjari, pour qui il était un «personnage haut en couleur, parfois excessif mais toujours sincère».

Signe de l’importance dans l’imaginaire phocéen de celui qui a passé deux ans et demi sur le banc de l’OM, le maire de Marseille Benoît Payan a tweeté: «C’était une voix, un tempérament, une passion pour l’OM et pour Marseille. Rolland Courbis s’en est allé, laissant une trace forte dans l’histoire du club et dans le cœur des supporters.»

Courbis, c’était comme Tintin, mais réécrit par un Pagnol un peu trash. Le natif de Marseille a exploré le Nord -une expérience mitigée à Lens où la greffe méridionale n’avait pas pris-, connu le froid à Vladikavkaz, dans le Caucase, et l’Ouest l’a attiré un temps. Logique pour celui dont la carrière d’entraîneur a vraiment décollé à Bordeaux.

Au long de ses voyages, sa réputation sulfureuse lui a souvent collé aux doigts, comme le sparadrap du capitaine Haddock.

«Parfois, j’aimerais demander: +Est-ce qu’on peut refermer la parenthèse sur certaines choses qu’on me reproche?+», soupirait-il dans Le Monde en 2013. Courbis a fait deux séjours en prison, entre octobre 1990 et janvier 1991 dans le cadre de l’affaire de la caisse noire du club de Toulon et entre septembre 2009 et février 2010 dans l’affaire des comptes de l’Olympique de Marseille. Il avait également échappé de peu à une fusillade à Hyères en 1996, dans un règlement de compte qui visait une figure du milieu corse qu’il accompagnait.

Comme Tintin, il était aussi célèbre comme reporter, le «Coach Courbis» très populaire sur la radio RMC.

Technicien capé

Si son palmarès d’entraîneur est quasi vierge, il s’estimait «peut-être pas le moins compétent», racontait-il lors d’un entretien à l’AFP à l’été 2015. A l’époque, il comptait plus de 500 matches de Ligue 1 à son bilan, de quoi en faire l’un des techniciens les plus capés.

Grâce à son expérience, l’aventurier de la L1 n’a pas mis longtemps à entamer un nouvel épisode, comme conseiller puis entraîneur de Rennes en 2016. Mission éclair également à Caen en 2019, qui n’a pas permis d’éviter au club la descente en Ligue 2.

De courts détours à l’image d’un homme qui a tout connu ou presque dans le football, même une sélection nationale, celle du Niger, une expérience frustrante pour la première participation de ce pays à une Coupe d’Afrique, en 2012.

Joueur, déjà, Courbis n’était pas comme les autres: il fut un des rares Français à tenter à son époque l’expérience lucrative dans un club étranger, à l’Olympiakos Le Pirée (1973-1974).

Ancien habitué des casinos, grande gueule intarissable qui a charmé la comtesse Maria-Luisa Rizzoli, Courbis n’a qu’une maigre Coupe d’Algérie et Coupe de l’Union Arabe en tant qu’entraîneur à son palmarès, remportées avec l’USM Alger en 2013.

Par amitié

Il a perdu une finale de Coupe de la Ligue avec Bordeaux (1997) et, en 1999, une finale de Coupe de l’Uefa et un championnat avec l’OM, à la dernière minute de la dernière journée, pour un but controversé encaissé par le Paris SG contre Bordeaux. Il avait connu plus de réussite en tant que joueur avec trois titres de champion de France (1972 avec l’OM, 1978, 1982 avec Monaco).

Faute de palmarès sur le banc, il a de jolies médailles: le fameux 5-4 remporté par l’OM contre Montpellier qui menait 4-0, une victoire prestigieuse sur le grand Manchester United, la montée avec Montpellier ou le maintien de petits clubs comme Endoume, quartier de Marseille en 3e division, et l’AC Ajaccio en Ligue 1, qu’il avait rejoints par amitié pour leurs dirigeants.

Tenir deux ans et demi sur le banc de l’OM est aussi un exploit. «C’est long, racontait-il, Didier Deschamps qui a bouclé la troisième saison ressemblait sur la fin à son arrière-grand-père, plus de cheveux, rouge comme une tomate, rétamé.»

Courbis, lui, était inusable. «Je n’ai pas eu une vie monotone, admettait-il. Si l’histoire était à refaire, il y a certaines conneries que je ne referais pas».

Par Le360 (avec AFP)
Le 12/01/2026 à 11h10