Avec son profil de formateur et son excellent travail à la tête des U20, le nouveau sélectionneur ne part pas vraiment dans l’inconnu. Il y a du travail qui a été fait et il s’agit d’en profiter en apportant des retouches.
Regragui, à l’époque, avait profité du travail (pas suffisamment souligné) de Vahid Halilhodžić. En débarquant à quelques mois du Mondial du Qatar, l’ancien coach du Wydad et du FUS avait eu l’intelligence de ne pas tout casser, mais de rajouter certains ingrédients qui manquaient à l’ère Vahid: une meilleure communication, une plus grande souplesse et, disons-le, une dose de «patriotisme» qui a fait du bien tant aux joueurs qu’à l’opinion publique. La fameuse «niya», ça ne comptait pas pour du beurre.
Avec Ouahbi, la transition devrait être empreinte de la même «douceur». Il faut recréer un lien avec (et entre) les joueurs et le public. Il faut redistribuer certaines cartes, surtout en défense, faire une petite place aux jeunes… Et ne pas dilapider tout l’héritage de Regragui. Parce que tout n’était pas à jeter, loin s’en faut.
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L’heure n’est pas aux grands bouleversements. C’est comme lorsqu’un entraîneur récupère un club en pleine saison, alors qu’il n’a fait ni le mercato, ni la préparation. Il suffit de rafraîchir le discours et d’apporter des retouches dans la gestion de l’effectif et le choix des hommes forts. C’est ce que Regragui avait eu l’intelligence de faire. Ouahbi devrait en faire de même, ce qui ne veut pas dire que les deux hommes ont la même philosophie de jeu.
La première liste de Ouahbi donne déjà des indications pour le futur proche, c’est-à-dire le Mondial. En dehors des blessés, ceux qui n’ont pas été appelés peuvent se faire des soucis. On pense par exemple à un Benjdida, goleador de la Botola qui casse tout avec son club. Une sélection n’aurait pas été volée. Mais le manque de vécu international pèse encore lourd dans les arbitrages. À ce niveau, l’expérience reste une monnaie forte.
Dommage pour Benjdida donc, il attendra son heure.
Plus généralement, l’erreur serait de se baser uniquement sur le Mondial remporté par les U20 pour projeter trop vite certains profils. Le football des jeunes n’obéit pas aux mêmes exigences que celui des A: rythme, pression, gestion des temps faibles, lecture tactique, intensité… Tout change. Le passage d’un univers à l’autre est brutal, et tous ne le franchissent pas avec la même réussite.
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Cela dit, Ouahbi connaît ses joueurs mieux que quiconque. C’est là sa principale force. Il ne découvre pas un groupe, il en accompagne l’évolution. À lui de savoir qui est prêt à «monter», et surtout quand. La précipitation est souvent la pire conseillère dans ce genre de contexte.
La marge de manœuvre reste néanmoins étroite. Le calendrier est serré, l’attente immense, et l’héritage lourd. Le Maroc ne part plus dans la peau d’un outsider sympathique, mais avec un statut à assumer. Et c’est peut-être là le vrai défi: transformer une génération qui a surpris le monde en une équipe capable de confirmer.






