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Marx, la Super League et le père de Chicha

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Je préfère un DHJ médiocre mais représentant vraiment El Jadida à un Chelsea glorieux mais qui n’a plus rien de londonien, ni même d’anglais.
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Ces jours-ci, la création d’une Super League réunissant les clubs les plus riches d’Europe suscite des remous. Ceux qui aiment le football s’indignent. Ceux qui ne l’aiment pas haussent les épaules, pas intéressés. Ils ont tort. Cette affaire dépasse le football.

Pour le comprendre, il faut exhumer le vieux Marx, bien oublié depuis la chute de l’URSS. C’est lui qui avait analysé le phénomène général qui explique cette Super League. L’essence même du capitalisme, disait-il, son ressort secret, c’est qu’il finit par faire de toute chose une marchandise.

C’est ainsi que depuis quelques décennies le grand capital s’est emparé des clubs de foot. Des oligarques russes à la fortune douteuse, des émirs bourrés de pétrodollars, des investisseurs américains (qui ne connaissent rien au foot) ont acheté Chelsea, Paris Saint-Germain, Manchester United, etc. Ces grands noms qui, pendant près d’un siècle, avaient fait la fierté de citoyens lambda sont devenus des marchandises. Certains sont cotés en Bourse.

La Super League consistera à organiser chaque année des matches qui seront autant d’exhibitions sans enjeu– ni dégradation, ni promotion. On paiera très cher pour voir un Péruvien portant le maillot de Chelsea tacler un Croate estampillé Real Madrid.

Il y a quelques années, une équipe anglaise –je ne me rappelle plus si c'était Chelsea ou Arsenal– entra sur la pelouse sans un seul Anglais dans ses rangs. Pas un seul! Les onze joueurs venaient d’horizons divers: Argentine, Ukraine, Écosse, Nigeria… Ils n'étaient pas là pour représenter la population locale mais parce que l’argent les y avait amenés. En somme, c'était une bande de mercenaires.

Quand j'étais petit, la vedette du DHJ, le club de foot d’El Jadida, s’appelait Chicha. Le dimanche, il nous enchantait par ses dribbles et ses passes bien ajustées. Son père, dans les tribunes, enlevait son turban (rezza) et le faisait tournoyer comme un lasso pour saluer les exploits de son fils –à la grande joie des spectateurs, qui applaudissaient. Le reste de la semaine, Chicha travaillait à la municipalité. Un jour, y ayant accompagné ma mère, j’eus la surprise de le voir légaliser des documents. Les autres joueurs du DHJ étaient tous doukkalis, nos voisins, nos cousins. Quand le KACM ou le WAC venaient à El Jadida, les choses étaient claires: les Marrakchis ou les Bidaouis venaient se mesurer à nous, les J’didis. Et ensuite on fraternisait.

Bref, cette histoire de Super League doit nous faire réfléchir. Certes, c’est une bonne chose que notre championnat soit professionnel, de haut niveau, etc. Mais il ne faut pas que nos équipes perdent leur âme. Je préfère un DHJ médiocre mais représentant vraiment El Jadida à un Chelsea glorieux mais qui n’a plus rien de londonien, ni même d’anglais.

Le stade doit rester un lieu où communie la population locale. Il ne faut pas que les rêves des enfants et la fierté civique de leurs parents deviennent de simples marchandises.

Qu’on se le dise: la rezza du père de Chicha n’est pas à vendre!

Par Fouad Laroui
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