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Sois une fille, mon garçon!

Karim Boukhari. © Copyright : DR
Les exploits des «Lionnes de l’Atlas» font évoluer les réflexes, en attendant sans doute les mentalités.
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Le football est un sport de brutes. Il faut être une brute épaisse, congénitale, gorgée de testostérone et totalement stupide pour courir derrière une gonfle, et pour croire que c’est la chose la plus importante au monde.

C’est ce qu’on dit. Ou, plutôt, c’est ce qu’on disait. Parce que ce sport de brutes, qui évolue plus vite que certaines mentalités, peut nous réserver de belles surprises.

Au Maroc, il y a quelque chose de très intéressant qui se produit en ce moment avec la sélection féminine de foot, comme un lien très fort et qui vient d’on ne sait où. Cette équipe, qui joue aujourd’hui la finale de la CAN, donne l’impression d’être portée à bout de bras par un très large public. C’est du jamais vu.

En étant cyniques, on dira que le public qui suit cette sélection applaudit ses victoires, rien d’autre. Et quand l’euphorie de la victoire sera passée, chacun retombera dans ses vieux réflexes misogynes.

Mais, diable, pourquoi être cynique? Pourquoi cracher sur ces petites choses, ces grains d’espoir, ces petits coups de boutoir qui sont en train de secouer le cocotier?

Concrètement, les victoires mettent en lumière ces filles qui courent derrière un ballon. Elles deviennent des symboles pour la jeunesse. Ces victoires ne sont pas remportées seulement sur un terrain de foot, mais sur les mentalités. Leurs retombées dépassent de loin le cadre du sport.

Un signe qui ne trompe pas: en demi-finale les «Lionnes de l’Atlas» ont joué devant 45.000 personnes, record absolu d’affluence pour un match de football féminin sur le continent africain. C’est tout sauf banal. Au-delà de la soif de la victoire, on a l’impression que tous ces gens sont venus chercher des motifs de fierté et rendre hommage à ces filles, leurs filles. Toutes les filles de ce pays?

Bien sûr, tout ce peuple qui a rempli les travées du complexe Moulay Abdellah à Rabat ne croit pas et ne défend pas forcément l’égalité entre les femmes et les hommes. Mais, en respectant les lois de la probabilité, il y en aura forcément un sur dix, où même sur cent, qui changera de réflexes.

Il y a quelques jours, le Wydad de Casablanca s’est qualifié pour la finale de la Coupe du Trône. L’entraineur, Walid Regragui, s’est fendu d’une déclaration magnifique: «Mes garçons se sont comportés comme des filles!» Tout le monde l’a applaudi pour le clin d’œil et l’hommage qu’il venait de rendre à la sélection féminine.

Sortie de son contexte, la déclaration de Regragui passerait pour une mauvaise blague, voire une insulte. Nous venons d’une culture phallique, où la mère dit à sa fille: «Sois un homme!»

Mais voilà que le contexte de la victoire bouleverse la donne. Ce contexte fait bouger les lignes. Sans se rendre compte, la branche la plus conservatrice de la société marocaine valide l’idée que le modèle des hommes peut être une femme. Une femme de terrain, qui se bat, qui s’arrache «comme un homme». Pour ne pas dire mieux qu’un homme.

Dans une société qui bloque encore les femmes, et pas seulement sur le plan juridique, c’est une belle avancée.

Par Karim Boukhari
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