«La bêtise au front du taureau». L’expression, tirée des Fleurs du mal de Charles Baudelaire, désigne une bêtise massive, arrogante, triomphante et invincible par la raison, caractérisée par un entêtement lourd et brutal. Voici un adage qui s’apparente parfaitement à Rafael Louzán, président de la Fédération espagnole de football.
Parce qu’en plus de s’entêter dans les mêmes déclarations depuis des mois concernant une organisation presque «naturelle» de la finale du Mondial 2030, coorganisé avec le Maroc et le Portugal, dans son pays, voilà que Louzán se dépeint de plus en plus comme un homme dont l’arrogance ne fait plus de doute.
Alors que l’Espagne U20 et le Mexique U20 s’affrontaient en amical à Majadahonda, le président de la Fédération a fait une sortie à la mi-temps du match pour s’exprimer devant la presse. Déjà un point pour le moins surprenant: jamais un président de fédération de football n’avait livré de déclaration dans de telles circonstances, encore moins lors d’un simple amical entre deux sélections de jeunes.
«Je le répète, la Coupe du Monde 2030 débutera en Espagne avec l’Espagne et le Portugal», lance Louzán, avant d’ajouter: «C’est l’année du centenaire. Actuellement, nous sommes le pays le plus important au monde en matière de football».
Dans ces propos, le patron du football espagnol place l’Espagne et le Portugal comme les véritables pilotes du dossier tripartite, allant jusqu’à s’accaparer l’édition du centenaire qui, à la base, devait voir l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay accueillir les matchs d’ouverture, en raison de leur poids historique dans la compétition, le continent sud-américain étant le premiers à organiser la Coupe du monde (L’Uruguay en 1930).
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Mais surtout, une autre chose retient l’attention: comment le dirigeant espagnol continue de minimiser le poids du Maroc dans cette organisation tripartite: «Il ne reste plus qu’à achever cette Coupe du Monde, née en Espagne et au Portugal», dit-il au sujet de la finale qu’il ne cesse de rabâcher, avant d’ajouter: «et bien sûr, à laquelle participe le Maroc, en Espagne».
Une sous-estimation totale du Maroc et de ses six stades homologués pour la compétition, dont le Grand Stade Hassan II, candidat à la finale et appelé à devenir l’un des plus grands stades au monde. «Commence», «achever»: les termes utilisés par le dirigeant du football espagnol laissent entendre une forme d’accaparement de la compétition, qui doit pourtant être le symbole historique d’une organisation sur deux continents, une première pour une Coupe du monde.
Et à l’heure où, au Maroc, le silence est de mise, Louzán semble perdre le contrôle à chacune de ses sorties, au point de donner l’impression que le Royaume ne serait qu’un figurant dans un dossier pourtant présenté comme tripartite. Or, une candidature à trois suppose un équilibre entre les trois parties, et non qu’une seule d’entre elles s’arroge le premier rôle.
Et pour la finale, sujet tant prisé par le président de la Fédération espagnole, mieux vaut finalement reprendre le même procédé que Louzán, qui répète encore et toujours les mêmes choses: la FIFA décidera. En coordination avec les organisateurs, dans le cadre de discussions internes, loin des sorties médiatiques et du brouhaha ambiant.
Ni Louzán, ni l’ensemble des acteurs du football et de la politique espagnols qui ne cessent de porter ce discours, n’auront le dernier mot. La décision appartiendra à la FIFA.









