Y a-t-il une vie pour l’Équipe Nationale sans Achraf Hakimi? La question mérite d’être posée depuis la blessure du meilleur joueur marocain de ce siècle. Indispensable depuis 2017, l’homme aux 85 sélections sera le grand absent de ce rassemblement. Et les supporters de maudire le Munichois Luis Díaz, auteur d’un tacle assassin, qui a installé une vague de défaitisme chez certains, tout en faisant chauffer le téléphone de Walid Regragui.
Mais ce dernier doit tracer son chemin et écrire une nouvelle page du Onze National. Qu’importe si elle doit se faire provisoirement sans son meilleur joueur, son capitaine et l’âme du vestiaire. Sur le plan tactique, cette absence remet Mazraoui dans son environnement naturel. Exilé à gauche, le joueur de Manchester va retrouver le flanc droit qu’il maîtrise à la perfection. Ce retour est conjugué à la première convocation d’Anass Salah-Eddine à gauche. Le joueur du PSV, prêté par la Roma, était attendu depuis septembre. La FRMF ayant accéléré les formalités de changement de nationalité sportive, ce latéral à fort potentiel rejoint enfin le groupe, avec l’ambition de concurrencer Belammari pour une place de titulaire lors des deux prochaines rencontres amicales.
Le chantier de la défense centrale fait aussi partie des priorités de Regragui, avec une interrogation presque existentielle: qui pour accompagner Aguerd? Fidèle à sa garde prétorienne, le sélectionneur apporte une première réponse: Romain Saïss. Quitte à faire du neuf avec du vieux. Ce choix s’impose: le capitaine de l’épopée de Qatar 2022 est aujourd’hui compétitif, sans blessure, et demeure porteur d’expérience, de leadership, de lecture de jeu et de qualité dans la relance. Des atouts essentiels pour une équipe qui aura le ballon et devra attaquer. Le retour de Saïss est un «retour vers le futur», avec un bémol qu’on ne peut reprocher à coach Walid: aucun des joueurs appelés depuis juin 2024 n’a su s’imposer. Ni Harkass, ni El Yamiq, ni Masina, ni Abqar.
Dans les autres lignes, le sélectionneur possède davantage de certitudes, avec un principe salutaire: l’abondance de biens ne nuit pas. Les retours d’Amrabat et Ounahi doivent apporter engagement physique et maîtrise du tempo pour le premier, qualité dans la dernière passe pour le second. À leurs côtés, El Aynaoui, Saibari, Khannous et Targhaline ont quasiment sécurisé leur place pour la CAN. En revanche, un doute persiste concernant Ben Seghir, compte tenu de son faible temps de jeu et de ses performances en demi-teinte le mois dernier. Plus haut, la convocation de Soufiane Diop rappelle que la forme du moment reste un critère déterminant. Le rendement du Niçois ces dernières semaines lui rouvre les portes de la sélection, en attendant sa première apparition sous les couleurs du Maroc. Diop possède aussi le profil de numéro 10 capable de «déverrouiller» les blocs bas, ce que n’avaient réussi à faire qu’à de rares moments les Díaz, Ezzalzouli, En-Nesyri, Kaabi, Igamane et consorts.
Bref, Walid Regragui est resté cohérent. Il n’a pas cédé à l’affect, ni à la tentation de vivre et mourir avec le groupe qui lui a permis d’atteindre le Nirvana en 2022. Son groupe de novembre sera opérationnel dès lundi, avec une escale particulière à Tanger. Dans la plus grande enceinte du Royaume (75.000 places, en attendant le futur Grand Stade Hassan II), ses hommes devront faire taire celles et ceux qui transpirent le pessimisme, et qui ne voient en Regragui qu’un meneur d’hommes et non un tacticien. Ils auront également pour mission de rassurer ceux dont l’optimisme naturel a fléchi depuis la blessure d’Achraf Hakimi.
