Le football, dans sa dimension la plus noble, est un récit: une épopée de sueur et de larmes gravée sur l’autel du rectangle vert. Pourtant, depuis ce fameux 18 janvier au Complexe Moulay Abdellah, ce récit a été déformé, pour ne pas dire profané, par le tumulte et la déraison.
D’un côté, nous subissons un narratif pro-sénégalais saturé d’indignation sélective et d’une émotion brute frisant la victimisation. On y flatte les bas instincts et l’on manipule les opinions à grand renfort de caisses de résonance médiatiques qui amplifient le bruit sans jamais interroger la source. Ici, les faits sont les grands sacrifiés du script.
De l’autre, se dresse la posture marocaine: méthodique, sereine, presque hiératique. La FRMF n’agit pas dans l’écume du moment, mais dans la solidité des textes. Point de surenchère, point de boucan. Les décisions ne sont pas ici des offrandes, mais les conclusions logiques de rapports cliniques et de règlements immuables.
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Aujourd’hui, alors que le soufflet de l’indignation retombe, des bribes de vérité affleurent enfin. Elles sont confirmées par des documents officiels opportunément parus dans un quotidien parisien, celui-là même, fondé en 1944 par Hubert Beuve-Méry, que l’on sait historiquement peu enclin à défendre les thèses marocaines. Entre Rabat et Dakar, via Paris, Alger ou Le Caire, la lutte pour le contrôle du récit fait rage. Mais la réalité, elle, demeure sourde aux incantations des faiseurs de fables.
Le théâtre de l’indignation et le mirage de l’étoile
Tout commence par une mise en scène orchestrée à Dakar, une sorte de production signée Robert Hossein au rabais. Le spectacle est complaisamment relayé par quelques canards parisiens qui ont déjà sorti les mouchoirs de la compassion tout en s’asseyant, sans pudeur, sur leur déontologie. Se faisant les porte-voix de la FSF, ils diffusent sans le moindre filtre des fakes de bas étage où le fact-checking a capitulé devant les boules puantes.
En guise de bande-son? Le refrain éternel des Rolling Stones: «I can’t get no satisfaction». Ce narratif de la «victoire sur le terrain» séduit les âmes simples, mais omet délibérément un vers cornélien qui résume l’absurdité de leur posture: «À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire». C’est une parade de papier pour occulter l’essentiel: les faits réels et les protocoles prévus pour de tels incidents. Car la vérité ne se brode pas au gré des vents: elle s’écrit dans l’encre des rapports officiels qui finissent toujours, tôt ou tard, par fuiter.
Autopsie d’une désertion: le verdict des rapports
À l’analyse, le Sénégal a choisi de rompre le pacte sacré en désertant la pelouse à la 97e minute. Ce n’était pas un simple incident de jeu, mais une désertion préméditée. Une sortie théâtrale digne du Fespaco ou du Festival du Cinéma Africain de Khouribga. Feu Noureddine Saïl, en cinéphile averti, aurait sans doute vilipendé le piètre jeu d’acteur de Pape Thiaw and Co.
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Les documents sont pourtant accablants. Le rapport du coordinateur général, le Tunisien Khaled Lemkecher, est à cet égard clinique: il décrit des «protestations vives» et confirme que les joueurs ont «abandonné le match». Le constat du commissaire, l’Égyptien Ahmed Osman, corrobore cette rupture. Dans ce naufrage de la raison, seul Sadio Mané a tenté de ramener ses coéquipiers à la lucidité. L’arbitre Jean-Jacques Ngambo Ndala est formel: le retrait s’est fait sur instruction directe du banc. Un remake de «La Grande Illusion», le talent de Jean Gabin en moins. Rappelons-le: les articles 82 et 84 du règlement de la CAF ne sont pas des suggestions poétiques, mais les piliers de l’équité sportive.
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Le mémoire qui fait mouche
Parallèlement, la calomnie a alimenté cette bataille, boostée par des relais numériques aux agendas troubles: on recense pas moins de 860.000 tweets anti-Maroc. On a voulu imposer un narratif agressif et à charge, où le Maroc devait, par principe, l’emporter par le civil ou le criminel. Pour les 23 autres sélections, le mot d’ordre semblait tout droit sorti d’un titre de Cheb Khaled: «Ouelli El Darek».
Pourtant, le mémoire de 40 pages de Tarik Najem, Secrétaire Général de la FRMF, soulève un lièvre colossal. Lors d’une réunion du comité exécutif à Dar es-Salaam, le président du comité des arbitres aurait reconnu que des «instructions institutionnelles» avaient été données à l’arbitre pendant l’interruption. L’objectif? Sauver les apparences et complaire aux diffuseurs. La règle de droit a été sacrifiée sur l’autel d’intérêts vilement mercantiles.
Entre le Ponce Pilate de la CAF et le flegme marocain
Face au séisme, Patrice Motsepe adopte une posture de Ponce Pilate dans un péplum de série B. Il s’en lave les mains et s’en remet au TAS. On s’achemine vers la «politique des petits pas» chère à Kissinger: «My brother» Motsepe tentera sûrement ses bons offices pour sauver une institution incapable d’appliquer ses propres textes en première instance.
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Pendant ce temps, la FRMF et son président restent droits dans leurs bottes. La diplomatie marocaine demeure ferme, inébranlable. De l’hébergement à Tanger au redéploiement dans un 5 étoiles accrédité par la CAF à Skhirat, le Maroc a agi avec une élégance fraternelle, mais sans complaisance ni faiblesse. Aujourd’hui, la FSF parade avec un trophée au socle juridique vacillant. La FRMF, elle, attend. Elle attend par respect pour les institutions et par cette force tranquille que seul confère le Droit.
Dans cette bataille du narratif, où tous les coups sont permis, nous restons debout et sereins. Le Maroc est champion d’Afrique par le droit et par l’éthique. Comme le rappelait Feu Robert Badinter, le droit n’est pas une arme, mais un bouclier. Un rempart que notre pays opposera sans ciller au boucan, aux tintamarres et aux cris vides venus de Dakar, Paris, Le Caire ou Alger.
Chers amis, chers confrères, il ne vous reste qu’à accorder vos violons. Préparez vos mouchoirs: pour vous, la partition se jouera désormais au TAS, plutôt que dans vos rédactions ou via vos lobbies, et sûrement dans les prochaines semaines, au son de «Cry Baby Cry» des Beatles... et sans storytelling à charge.









