Une véritable bombe a été lâchée au sein de la Confédération africaine de football. La déclaration attribuée au président de la Commission des arbitres, le Congolais Olivier Safari Kabene, évoquant des instructions données pour éviter l’arrêt de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 entre le Maroc et le Sénégal, change profondément la nature du débat.
«Tous les joueurs sénégalais ayant quitté le terrain auraient dû être avertis immédiatement à leur retour, mais nous avons donné des instructions de ne pas le faire afin de préserver le match et éviter son arrêt avant la fin du temps réglementaire», aurait avoué Kabene aux membres du Comité exécutif de l’instance lors d’une réunion tenue, ce vendredi 13 février à Dar es Salam, comme révélé par le média qatari Winwin.
Si cette déclaration s’avère exacte, il ne s’agirait plus d’une erreur d’appréciation d’un arbitre sous pression, mais d’une décision prise pour préserver la tenue de la rencontre, quitte à adapter l’application de la loi du jeu.
Jusqu’ici, la CAF a tenté de contenir l’affaire dans le cadre disciplinaire: sanctions financières, suspensions individuelles et validation du résultat. La stratégie était claire: traiter l’événement comme un incident de match.
Mais une consigne interne, si elle est confirmée, déplacerait le problème vers le terrain institutionnel. Car une règle n’est crédible que si elle s’applique même lorsque ses conséquences dérangent. Sinon, elle devient négociable. Le risque n’est donc plus seulement sportif. Il touche à la confiance.
Cette controverse survient au moment où l’instance traverse déjà une autre zone de tension, liée au maintien en poste de son secrétaire général Véron Mosengo-Omba.
Patrice Motsepe et Véron Mosengo-Omba.
Le règlement interne de la CAF fixe pourtant clairement l’âge de départ à la retraite à 63 ans, avec une prolongation maximale de trois ans. Nommé en 2021 à 61 ans, Mosengo-Omba a bénéficié de cette prolongation jusqu’en octobre 2025. Depuis cette échéance, son maintien alimente des interrogations internes sur l’application des textes de gouvernance.
Dans les deux dossiers, la question est la même: la règle s’applique-t-elle toujours de la même manière? Pour une institution sportive, la perception compte autant que la décision. Et l’accumulation de situations ambiguës finit par créer un doute global.
La FIFA doit-elle intervenir?
La CAN n’est pas seulement une compétition, c’est le principal actif sportif et économique de la CAF. Sa crédibilité conditionne la confiance des fédérations, des partenaires commerciaux et des diffuseurs internationaux.
Si l’idée s’installe qu’un match peut être maintenu pour éviter une crise organisationnelle, chaque décision arbitrale future deviendra suspecte. Le doute s’étend alors bien au-delà d’un soir de finale.
Si la révélation est confirmée, la finale de la CAN 2025 ne restera pas un incident spectaculaire. Elle deviendra un précédent. Et pour la CAF comme pour son président, le danger ne serait pas une erreur arbitrale, mais l’installation durable d’un soupçon sur l’impartialité de l’institution.
Reste désormais la phase d’appel. Mais au regard de la position déjà adoptée par les instances disciplinaires, peu d’observateurs s’attendent à un revirement spectaculaire. La commission d’appel confirme généralement l’interprétation juridique retenue en première instance. Le véritable tournant pourrait donc se jouer ailleurs, devant le Tribunal arbitral du sport, seule juridiction indépendante capable d’examiner la régularité de la rencontre sur le fond et non plus seulement sur la forme disciplinaire.
Une autre interrogation se pose: la FIFA décidera-t-elle d’observer le dossier de près, voire d’intervenir? Car même si la CAF dispose d’une autonomie administrative, elle opère dans un cadre réglementaire fixé par l’instance mondiale. Lorsqu’un litige touche à l’application même des lois du jeu et à l’intégrité d’une compétition officielle, la frontière entre affaire continentale et question internationale devient mince. Dans ce contexte, la finale de la CAN 2025 pourrait dépasser le cadre africain et devenir un test de gouvernance pour l’ensemble du football mondial.










