Il y a quasiment un an jour pour jour, une consœur du Nigeria m’avait demandé, juste après le tirage au sort, si le Maroc allait seulement organiser la CAN ou bien l’emporter. Ma réponse, rapportée sur ces mêmes colonnes, était: both «my dear» (les deux ma chère). Cette réponse, que tout Marocain amoureux de son pays, pétri par une culture et une civilisation plus que millénaire, coulait de source. Elle était nourrie par des certitudes liées au génie de notre peuple. Oui, le Maroc allait organiser la plus belle CAN de l’histoire, et il ferait tout pour garder la Coupe à la maison.
Commençons par le volet sportif car il s’est nourri d’une nouvelle prouesse face à des Lions dits indomptables et à l’invincible armada du Nigeria. Et à chaque fois, les poulains de Regragui ont su hausser leur curseur tactique, physique et mental. Le plan de match, l’exécution des moindres consignes, la culture du détail préconisée par le sélectionneur national, l’intensité mise à chaque ballon font plaisir à voir.Aujourd’hui, le travail défensif commence par Kaabi et se termine par Aguerd et Masina, tandis que l’animation offensive débute par la charnière avant de se conclure avec les artificiers de devant.
Avec un Bounou d’une rare sérénité et qui s’est transformé en sauveur, un Masina monstre de rigueur made in Calcio, un Aguerd libéré, des latéraux classe mondiale, les Lions de l’Atlas possèdent une sélection qui rappelle France 98. Au milieu, El Aynaoui a pris une tout autre dimension, alors qu’El Khannous et surtout Saïbari montent en régime. Enfin, devant, Si Brahim Diaz apporte son sens du dribble, sa dextérité devant le but, alors qu’El Kaabi propose une générosité sans limites au même titre qu’Abde. Mais avec tous ces actifs positifs, rien ne serait pareil sans le coach.
En effet, rendons à Walid ce qui appartient à Regragui. Sans sa science tactique, son sens du collectif, son profil à la fois clivant mais aussi fédérateur, l’Équipe nationale n’aurait pas atteint cette dimension. Malgré des critiques acerbes, parfois justifiées et d’autres fruit d’une volonté de certains de faire le buzz, Walid est resté droit dans ses bottes, quitte à fâcher ses détracteurs. Certains, empreints de jusqu’au-boutisme, l’attendront au tournant. La majorité des fans de la 23e heure monteront dans le char des vainqueurs sans états d’âme.
Mais qu’importe, l’essentiel est de gagner cette CAN avec le meilleur sélectionneur de l’histoire du pays, avec l’homme qui a éliminé nos complexes, guéri nos bleus à l’âme et repoussé nos limites. Mais coach Regragui sait que tous ces éloges mérités ne vaudront rien sans le sacre suprême. Il est aussi conscient que face au Sénégal, finaliste de 3 CAN sur les quatre dernières, il faudra répéter les mêmes sacrifices et aligner des gladiateurs sur l’aire de jeu.
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Un happy end qui serait la cerise sur le gâteau d’une CAN plus que parfaite. Notre pays, fidèle à une tradition d’hospitalité et à des best practices qui incitent à l’excellence, a su faire fi de tous les défis, y compris des aléas climatiques. La planète foot n’a d’ailleurs pas tari d’éloges dans ce sens, à l’exception des médias de l’Absurdistan voisin. Ce pays où les gouvernants sont habités par une marocophobie chronique, et qui cherchent à leurrer une population nourrie au logiciel idéologique des temps du rideau de fer. Mais qu’importe ces manœuvres de dénigrement infondées, le Royaume va rester fidèle à lui-même: agir pour le bien du football africain, faire la sourde oreille quant aux insultes et accusations venues du Bouya Omar 2.0 d’en face.
Mon maître et ami Lino Bacco, du haut de ses 60 ans de journalisme sportif, racontait toujours cette anecdote relative à son instituteur du Creusot qui lui disait toujours en roulant les R: «quand tu trouves des brouettes sur ton chemin, pousse-les et continue ta route». Cette maxime doit correspondre à notre mode de comportement en dehors du terrain, car sur l’aire de jeu depuis une dizaine d’années, grâce à la vision royale et à la gouvernance de la FRMF, le Maroc a recyclé, et pour longtemps, une célèbre citation de Gary Lineker: «le football se joue à 11, et à la fin, et c’est toujours le Maroc qui gagne».
Yassine Bounou. AFP














































