La Coupe d’Afrique des Nations 2025, organisée au Maroc, s’est achevée il y a quelques jours sur une note particulièrement amère, soulevant de nombreuses interrogations d’ordre juridique. Le retrait des joueurs sénégalais du terrain, en signe de contestation des décisions arbitrales ayant conduit à l’annulation du but d’Ismaïla Sarr puis à l’octroi d’un penalty au Maroc dans la foulée, a totalement figé la rencontre, plongeant le match dans une confusion totale.
À cet épisode s’est ajoutée l’invasion de terrain de supporters sénégalais, provoquant une vague d’incompréhension aussi bien chez les Lions de l’Atlas que dans les tribunes du Complexe Moulay Abdellah, jusqu’aux téléspectateurs. Résultat: le Sénégal décroche une deuxième CAN dans un contexte pour le moins trouble, alors même que plusieurs faits de jeu semblent enfreindre les règlements disciplinaires de la CAF.
Morocco's midfielder #17 Abde Ezzalzouli, Senegal's defender #24 Antoine Mendy and Morocco's midfielder #11 Ismael Saibari vie during the Africa Cup of Nations (CAN) final football match between Senegal and Morocco at the Prince Moulay Abdellah Stadium in Rabat on January 18, 2026. (Photo by Paul ELLIS / AFP). AFP
Afin d’éclairer ces zones d’ombre, Mourad El Ajouti, avocat et président du Club des avocats au Maroc, revient sur l’ensemble des sanctions possibles prévues par les textes.
Et concernant le retrait des joueurs de Pape Thiaw, Me El Ajouti est formel, il s’agit de l’élément juridiquement le plus lourd.
«Le retrait volontaire est qualifié d’abandon de match en vertu de l’article 148.1 du CDC et est strictement interdit par l’article 82 et suivants des Règlements de la CAN, qui prévoit qu’une équipe quittant le terrain avant la fin réglementaire sans l’ordre de l’arbitre est déclarée perdante. Cette infraction est absolue car, selon l’article 6 du CDC, l’arbitre est le seul juge de la sécurité et du déroulement de la partie, rendant tout retrait unilatéral illicite quelles que soient les justifications de l’équipe».
Les sanctions encourues dans un tel cas sont particulièrement sévères: «Les sanctions pour abandon incluent la défaite par forfait (3-0), l’élimination de la compétition, une amende minimale de 20.000 dollars, et l’article 80 des Règlements de la CAN autorise même la suspension de l’association nationale pour les deux éditions suivantes de la Coupe d’Afrique des Nations», poursuit Me El Ajouti, avant d’ajouter que cette réaction peut également constituer «une perte du titre».
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«La CAF a déjà sanctionné des situations similaires par l’élimination de l’équipe fautive, confortant le principe selon lequel l’indiscipline et l’abandon sont les seules causes juridiques de la défaite», termine-t-il.
En revanche, précise-t-il, «la CAF ne peut ordonner de rejouer un match qu’en cas de force majeure avérée ou de faute technique majeure de l’arbitre».
La réaction du camp sénégalais s’est également prolongée dans les tribunes du Complexe Moulay Abdellah, où des supporters, pris par la colère, ont envahi le terrain, provoquant des scènes de chaos. Certains ont été interpellés, d’autres non, causant des dégradations matérielles dans un stade pourtant remis à neuf pour accueillir le football africain.
Sur cet aspect, Me El Ajouti rappelle que «l’invasion de terrain est régie par l’article 83.1 du Code disciplinaire de la CAF, qui pose le principe de la responsabilité objective des associations pour le comportement de leurs supporters. En vertu de l’article 151.2 du CDC, l’invasion du terrain constitue une infraction majeure aux obligations de sécurité, et l’article 153 prévoit des sanctions graduées, incluant des amendes pouvant atteindre 300.000 dollars, voire la disqualification de la compétition».
Enfin, quant à une éventuelle intervention de la FIFA, Me El Ajouti explique que «l’intervention de la FIFA est subsidiaire. La CAF est souveraine dans l’application de ses règlements disciplinaires, sauf pour étendre certaines sanctions au niveau mondial ou en cas de fautes graves».


















