Le Titanic de la CAF: chronique d’un naufrage en eaux troubles

Le Comité exécutif de la CAF

ChroniqueL’Afrique du football assiste, médusée, au naufrage d’une série B gérée à coup de fausses promesses pour des fans de moins en moins crédules.

Le 18/02/2026 à 09h43

Dar Essalam, morne plaine. Nous sommes le vendredi 13 février 2026, jour de malchance du foot africain. Le spectacle du Titanic de la CAF est saisissant, pour ne pas dire proprement hallucinant. Derrière les sourires botoxés de Tanzanie, la réalité est celle d’une coque éventrée. L’eau glacée de l’amateurisme s’engouffre dans les cales, et le navire institutionnel pique du nez dans les abysses de l’illégalité.

​Tandis que la gouvernance sombre corps et biens, l’orchestre de «My Brother» continue de jouer ses mélodies sirupeuses, espérant masquer par le vacarme des cuivres le fracas imminent d’un chaos déjà daté en quelques actes.

Acte I: Le boycott politique

​Le rideau s’est levé sur une scène de rupture majeure. L’absence de Fouzi Lekjaa, premier vice-président, lors du dernier Comex, ne doit rien au hasard des agendas. Il s’agit d’un boycott politique, volontaire, délibéré et délicieusement glacial.

​En refusant de s’asseoir à cette table de dupes, le numéro 2 de la hiérarchie a envoyé un signal de défiance en 4K: il refuse de cautionner la dérive d’une instance totalement déconnectée du radar. Ce siège vide est devenu le message le plus bruyant du Comex, signifiant avec fracas qu’on ne dirige pas le football africain par le mépris souverain des textes.

Acte II: Le pot aux roses arbitral

​L’audition d’Olivier Safari, le patron congolais de la Commission d’Arbitrage, a levé le voile sur l’innommable, transformant la rumeur en flagrant délit. Le scandale de la finale de la CAN n’est plus un murmure de couloir:

​des instructions claires ont été envoyées à l’arbitre Jean-Jacques Ndala pour qu’il s’abstienne de sanctionner les saboteurs de la rencontre.

​Ce sacrifice du règlement sur l’autel d’une «paix politique» de pacotille est le symbole d’une institution qui a troqué l’intégrité du sifflet contre des arrangements d’arrière-boutique. Safari nous a offert une véritable expédition au cœur de la fange, où les lois du jeu sont les premières victimes d’un safari institutionnel sans foi ni loi.

Acte III: La leçon de respect

​La tentative désespérée de Patrice Motsepe de noyer les tensions sous un vernis de fraternité factice a fait pschiit. En opposant une exigence ferme de respect des textes aux accolades huileuses de l’orchestre de «My Brother», Samuel Eto’o a rappelé une évidence: une institution ne se gère pas au sentiment, au vibrato ou au câlin, mais à la loi. Le clientélisme ne peut plus servir de boussole à une confédération qui ne sait même plus où est le Nord.

Acte IV: Le paranormal juridique

​Nous entrons ici dans les «X-Files» de la bureaucratie. Le Secrétaire général, physiquement absent mais omniprésent dans la manipulation des partitions, agit en véritable Manitou de l’ombre. Nous assistons à la dérive d’un bureaucrate qui, dans les coulisses, joue au Calife à la place du Calife, tirant les ficelles d’un trône qu’il ne devrait plus occuper.

​Pourtant, la vérité est ailleurs: elle réside dans la péremption pure et simple du mandat de celui qui se rêvait grand vizir éternel. Entre la limite d’âge franchie et l’obsolescence programmée des mandats, c’est la légalité même de toutes les décisions prises après octobre 2025 qui s’évapore dans le triangle des Bermudes juridique. Le dossier est classé X.

Acte V: L’illusionnisme du «Nowhere Man»

​Entre les conférences de presse dignes d’un numéro de Roberto Benigni sous amphétamines et les plans sur la comète d’une CAN à 28, nous découvrons une Nations League improvisée. Ici, le leitmotiv est clair: «faisons plaisir à nos électeurs potentiels».

​On nous dessine une ébauche de compétition par zones géographiques, un saupoudrage électoraliste qui assassine la notion de méritocratie sportive. Au lieu de mettre en avant nos élèves les plus méritants, on préfère niveler par le bas pour s’assurer des soutiens politiques. La présidence siffle son célèbre «Ayez confiance...», tel le serpent Kaa de Disney hypnotisant une proie déjà digérée. Motsepe s’est mué en ce Nowhere Man des Beatles: ​He’s a real nowhere man / Sitting in his nowhere land / Making all his nowhere plans for nobody...»

Acte VI: Le communiqué «pour la forme»

​Le coup de grâce est venu 72 heures après le Comex, avec ce communiqué publié uniquement pour sauver les apparences suite aux incidents du match Al Ahly-AS FAR. Un texte d’une mollesse affligeante, rédigé par un orchestre de bureaucrates pour la seule consommation interne. La CAF signe ici l’affront ultime aux dirigeants et supporters militaires, prouvant que l’esthétique des faux-semblants prime désormais sur la justice réelle.

​Épilogue

​L’Afrique du football assiste, médusée, au naufrage d’une série B gérée à coup de fausses promesses pour des fans de moins en moins crédules. Ces supporters savent désormais que les promesses n’engagent que les naïfs qui y croient encore. Le rideau tombe sur une institution qui coule sous les sifflets d’un continent conscient du désastre.

​L’orchestre peut continuer de jouer....

Par Amine Birouk
Le 18/02/2026 à 09h43