Brahim Diaz sera marqué à vie par ce penalty manqué. Tout un peuple est désormais hanté par cette maudite Panenka. Un tel geste est considéré comme une marque de génie s’il est réussi, mais il peut couvrir son auteur de ridicule s’il est loupé. En un clin d’œil, Brahim Diaz est passé du statut de sauveur à celui d’anti-héros. Il rejoint, dans le panthéon des joueurs ayant échoué lors de cette sanction suprême, Ziyech en 2019 et Hakimi quatre ans plus tard. Le moral dans les chaussettes et le regard dans le vide pendant la remise des récompenses — et surtout lors de la réception de l’Équipe nationale par SAR le Prince Moulay Rachid, sur Hautes Instructions de Sa Majesté le Roi Mohammed VI —, Brahim aura besoin du soutien de tous pour surmonter ce moment compliqué.
Il nous doit une revanche, tout comme ses coéquipiers. Ces derniers ont été un ton en dessous par rapport à leurs duels face au Cameroun et au Nigeria. Moins mordants dans les duels, moins souverains sur le terrain et surtout moins en jambes, ils ont laissé leurs adversaires développer un jeu de possession parfaitement maîtrisé. Sans la classe de Bounou, auteur de quatre arrêts stratosphériques, la partie aurait pu être pliée avant ces satanées prolongations. Moins efficaces dans leur organisation défensive, les poulains de Walid Regragui ont également péché par manque de précision en attaque. Aguerd, Abde et surtout El Kaabi ont eu l’opportunité de mettre en défaut la défense adverse et de forcer le verrou de l’histoire, mais en vain.
La stratégie et les choix de Walid Regragui ont été tout aussi vains. Sans vouloir prendre le contre-pied de son statut de meilleur sélectionneur de l’histoire du Maroc, force est de constater qu’en amont, lors de la préparation du match, ou en aval, dans sa gestion et son coaching, Walid a commis des erreurs importantes. Au point de regarder ses hommes finir la CAN à dix, suite à la grave blessure d’Igamane, après celles survenues lors des matchs précédents d’Ounahi, Saïss, Amrabat et Ben Seghir.
Walid a renoué avec son comportement ultra-paternaliste qui nous avait déjà coûté une place en finale du Mondial 2022, puis la CAN 2023. Certains observateurs, parmi les 40 millions de coaches présumés, affirmeront que ce texte se contredit en disant une chose aujourd’hui et son contraire demain. Je leur rétorquerai en toute humilité que je n’ai pas changé d’avis: Regragui reste l’homme de la situation. Son maintien, au moins jusqu’à la fin de la prochaine Coupe du Monde, est une nécessité, à condition qu’il fasse son autocritique, qu’il soit capable de modifier son mindset et qu’il ait la volonté de revoir son staff technique. Ses assistants doivent pouvoir le challenger pour lui permettre de se bonifier.
Si Walid Regragui et ses troupes ont appris à leurs dépens que le foot n’est pas seulement une affaire de jeu et de bons sentiments, des millions de Marocains ont compris que l’enjeu de la CAN peut faire oublier à certains «frères» du continent toute bienséance. Aveuglés par leur volonté de gagner, quelques Sénégalais ont franchi toutes les lignes rouges. La faute en incombe à la FSF et à Pape Thiaw. Ce sont eux qui ont été les bras vengeurs du «Morocco Bashing» entretenu depuis Alger et nourri par certains plumitifs de l’Hexagone.
En effet, certains confrères jaloux, manipulés ou tout simplement intoxiqués par une propagande savamment orchestrée ont mis de côté les règles élémentaires d’éthique pour dénigrer la CAN et cibler les Lions de l’Atlas. Appliquant le fameux principe du wag the dog, tous ont fait le jeu des dirigeants d’un «Absurdistan» prêt à tout pour voir échouer la CAN du voisin envié.
Leurs manœuvres ayant été jugulées depuis l’attribution de la compétition à notre pays, les caporaux de ce nouveau «Bouya Omar» à ciel ouvert ont choisi une autre stratégie: dresser nos amis subsahariens contre ce Maroc qui a choisi, en tout bien tout honneur, d’offrir la meilleure CAN de l’histoire. Ce stratagème a visiblement partiellement réussi, puisqu’il a semé la zizanie. La meilleure preuve en est la réaction de certains compatriotes sur les réseaux sociaux. À travers leurs publications, ces derniers ont esquissé un tableau noir, avec une idée difficile à éluder: le Maroc serait seul contre tout un continent.
Cette image n’est pourtant pas conforme à la réalité. À l’exception du comportement inqualifiable de Messieurs Thiaw et Hossam Hassan ou d’un Hugo Broos, nostalgique du temps béni des colonies, les autres pays qualifiés pour ce mondial africain ont tous loué la qualité de l’organisation. Même l’Afrique du Sud, par l’intermédiaire de son ministre des Sports, y est allée de son mot laudateur envers le savoir-faire du Royaume, prenant le contre-pied de son sélectionneur accusé de piétiner la légendaire hospitalité de notre pays.
Lire aussi : Le Maroc face au syndrome du coquelicot: quand la réussite devient une cible
Nos compatriotes ne doivent nullement oublier que nous sommes un pays d’accueil et une terre d’asile où coexistent différentes religions, races et communautés. Le concept même de Nation marocaine est le fruit d’un vouloir-vivre ensemble. Cela ne signifie pas pour autant du laxisme. Nous ne devons plus être trop gentils; nous pouvons continuer à serrer la main de l’autre sans pour autant tendre la joue.
Le Maroc ne peut plus jouer les pompiers de service pour la CAF sans garanties. Le Marocain ne doit plus se laisser marcher sur les pieds. Nous ne devons pas renier nos valeurs, mais nous devons préserver nos intérêts. Il nous faut nous adapter à certaines situations sans les adopter comme des règles immuables. Nous ne pouvons quémander l’avis des autres sur l’excellence de notre organisation, la qualité de nos infrastructures ou la beauté du Zellij et du Caftan. Notre pays doit définitivement abandonner ses derniers complexes et faire confiance à son savoir-faire.
En attendant ce changement de mentalité, qui prendra quand même quelques années, l’opinion publique suivra avec attention la plainte déposée par la FRMF auprès de la CAF et de la FIFA, dans l’espoir de voir ces deux instances rendre justice en sanctionnant les agissements constatés. La prochaine Coupe du Monde devra servir de catharsis pour un peuple et une sélection qui ont de tout temps vécu avec une maxime qu’ils doivent s’approprier: La plus grande gloire dans la vie ne réside pas dans le fait de ne jamais tomber, mais dans celui de se relever à chaque fois que nous tombons.








