Me Renaud Duchêne, avocat spécialisé en droit du sport: «Le TAS ne rend pas de décisions absurdes et ne va pas chercher des éléments improbables»

Me Renaud Duchêne, avocat spécialisé en droit du sport

Les décisions du Jury d’Appel de la CAF, sacrant le Maroc champion de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, viennent rétablir un cadre juridique clair malgré des délais jugés longs. Une issue légitime selon Me Renaud Duchêne, avocat spécialisé en droit du sport aux barreaux de Bruxelles et de Paris, qui revient pour Le360 Sport sur les contours de cette affaire.

Le 18/03/2026 à 17h56

Le Maroc est officiellement champion d’Afrique 2025 depuis ce mardi 17 novembre, à la suite de la décision du Jury d’Appel de la CAF. Une décision fondée sur les articles 82 et 84 du règlement de la CAN, entérinant une victoire sur tapis vert (3-0) en faveur de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), au détriment de la Fédération sénégalaise de football (FSF).

Alors que cette issue continue de faire débat, aussi bien sur le fond que sur des délais jugés trop longs, Le360 Sport s’est tourné vers Me Renaud Duchêne, avocat aux barreaux de Paris et Bruxelles, exerçant au sein du cabinet TactX et ancien juriste du RSC Anderlecht, pour décrypter les enjeux juridiques du dossier.

Une décision validée en appel

Tout d’abord, une question revient souvent: pourquoi a-t-il fallu attendre la procédure d’appel pour aboutir à cette conclusion ? «C’est en degré d’appel que les articles 82 et 84 du Règlement des compétitions CAF ont été strictement appliqués. Les organes de la CAF s’étaient déjà prononcés en première instance, et c’est donc en appel que cette validation a été confirmée», explique l’avocat.

Présent au Complexe Moulay Abdellah lors de la finale du 18 janvier, Me Duchêne revient également sur les événements survenus ce jour-là: «J’avais personnellement assisté à la finale. Lorsque j’ai vu les joueurs rentrer aux vestiaires, je me suis demandé s’ils mesuraient réellement la portée de leur geste. Selon les règlements, le fait de refuser de reprendre le jeu et de quitter le terrain peut être assimilé à un abandon du match. L’arbitre aurait pu, à ce moment-là, mettre un terme définitif à la rencontre et attribuer la victoire au Maroc. Il ne l’a pas fait, sans doute pour des raisons extra-sportives, car c’est une décision très lourde à prendre pour un arbitre. Sur ce point, j’ai été étonné que la situation ait été laissée en suspens».

Un délai «cohérent»

Les deux mois écoulés entre la finale et la décision de sacré le Maroc ont suscité de nombreuses critiques. Un délai que Me Duchêne juge toutefois logique: «Sur le plan sportif, deux mois peuvent paraître longs, et c’est effectivement assez rare, mais cela ne me surprend pas. La procédure a suivi son cours: une première instance, puis un appel introduit par la FRMF. La décision rendue en appel par la CAF est donc cohérente».

L’avocat précise également avoir échangé avec la FRMF à Rabat dans les locaux de la Fédération dirigée par Fouzi Lekjaa sur l’éventualité d’un recours, tout en rappelant: «Ce qui se passe aujourd’hui n’est en réalité que l’application stricte du règlement».

Le Sénégal contre-attaque devant le TAS

La Fédération sénégalaise de football a d’ores et déjà annoncé son intention de saisir le Tribunal arbitral du sport (TAS), basé à Lausanne en Suisse.

Concernant le rôle du Tribunal, «il s’agit d’un niveau supérieur de juridiction, indépendant de la confédération», rappelle d’abord Me Duchêne, avant de préciser que «même si une décision a été rendue sur la base d’un règlement, elle peut toujours être contestée devant des instances arbitrales. Un recours au TAS ne remet pas immédiatement en cause la décision à l’échelle de la CAF, mais elle peut être réexaminée à un autre niveau».

Sur le fonctionnement du Tribunal, l’avocat détaille: «Il s’agit d’une procédure arbitrale et non judiciaire. Chaque fédération désigne un arbitre, et le TAS nomme un président du collège arbitral. Les parties déposent des mémoires, et les arbitres rendent ensuite une décision collégiale, indépendante et impartiale».

Le TAS peut-il aller jusqu’à annuler la décision de la CAF?

«Le TAS dispose de son propre règlement et rend ses propres décisions. Il va examiner la décision d’appel rendue par la CAF et statuer par un arrêt, confirmant ou infirmant cette dernière, poursuit Me Duchêne, et là deux scénarios se dessinent: soit la décision est confirmée et le Maroc conserve son titre de champion d’Afrique, soit elle est infirmée, et le Sénégal pourrait être rétabli dans ses droits. Un retournement de situation initié par le Tribunal n’est donc pas à exclure».

En fait, l’analyse du TAS repose avant tout sur la conformité de la décision au regard du règlement applicable, c’est du juridique pur: il ne va pas chercher des éléments «improbables», comme le rappelle Maître Renaud Duchêne, mais plutôt «vérifier si les règles ont été correctement appliquées. Il s’assure également que la procédure d’appel a été menée dans les règles, notamment en ce qui concerne le respect des délais et des garanties procédurales. Ce sont essentiellement ces aspects qui sont examinés».

Me Renaud Duchêne se veut toutefois rassurant: «En principe, il ne rend pas de décisions absurdes. Avec une défense solide et un avocat compétent, la procédure devrait suivre une logique juridique cohérente».

En conclusion, le TAS a la possibilité d’annuler la décision de la CAF. Toutefois, au regard des arguments avancés par la FRMF et de la décision déjà rendue par la confédération africaine, l’issue devrait rester favorable au Maroc: «Ça devrait le faire», comme l’estime Maître Renaud Duchêne.

Par Magda Soltani
Le 18/03/2026 à 17h56