Retour vers le futur

Les Lions de l’Atlas contre les Taifa Stars de la Tanzanie, pour les 8e de finale de la Can 2025, au Complexe Moulay Abdellah

ChroniqueLa CAN de tous les records arrive dans sa dernière ligne droite, ou si vous préférez utiliser les anglicismes, dans le money time. Sept des huit quarts de finalistes ont déjà goûté aux saveurs du sacre, et seul le Mali fait figure d’intrus dans ce club très fermé.

Le 07/01/2026 à 19h02

Les livres d’histoire révèlent aux plus jeunes, ou tout simplement aux profanes, certaines vérités. La plus marquante est que le Cameroun a toujours représenté un écueil fatal pour l’Équipe nationale. Les chiffres sont têtus et les souvenirs sont souvent teintés d’amertume.

Kénitra 1981, le Onze national est à 180 minutes de la Coupe du monde en Espagne. Le sélectionneur de l’époque, Just Fontaine, préfère miser sur les jeunes troupes qui l’ont mené à ce tour de la compétition plutôt que de rappeler les expatriés Krimau et Mustapha Yaghcha. Zaki, forfait à la dernière minute, cède sa place dans les buts au néophyte Raounak. En face, le Cameroun a battu le rappel de ses forces vives: Nkono, Milla, Abega, Tokoto, Kunde, etc. Résultat des courses: une défaite à domicile 0-2, puis un autre échec au retour 1-2, et surtout des bleus à l’âme pour un certain Chicha, ostracisé et livré à la vindicte populaire pour avoir raté un penalty au match aller.

Sept ans plus tard, en demi-finale de sa CAN, le Maroc trébuche face à un adversaire confondant agressivité et agressions en tous genres. Hassan Mouahid, mis KO sur un coup de boule de Kana Biyik, peut en témoigner. Ce soir-là, feu Belaïd Bouimid avait traité le sélectionneur camerounais de «roi de la casse». Eh oui, cette année-là, c’est bien le vénérable Claude Le Roy qui avait donné des instructions strictes à ses troupes pour faire dégoupiller mentalement les coéquipiers de Bouderbala. Trente-sept ans plus tard, ce même Le Roy continue de marteler cette vérité: les Lions de l’Atlas étaient plus forts sur le papier mais n’avaient pas tenu le choc sur le plan mental.

Présents sur le rectangle vert, Aziz Bouderbala et Krimau, qu’un serviteur a interviewés pour les besoins d’un livre sur la CAN, continuent à affirmer qu’un intermédiaire les aurait approchés de la part de l’arbitre mauricien de ce match. Ce dernier aurait reçu des promesses sonnantes et trébuchantes de la part des dirigeants de la FECAFOOT de l’époque.

Plus proche de nous, en 2009, le Maroc a perdu pour la dernière fois à domicile, à Fès, 0-2 face aux coéquipiers d’Eto’o. Démobilisés, les joueurs coachés par la fameuse bande des quatre (Moumen, Bennaciri, Ammouta, Sellami) avaient péché par manque de motivation, de talent, ou simplement étaient les victimes d’un Bureau fédéral qui n’avait pas su gérer les multiples défections liées aux incidents de Libreville quelques semaines plus tôt. D’ailleurs, tout le monde se souvient de l’intrusion d’un supporter frustré qui s’était fait justice, en quelque sorte, en marquant ce but que les joueurs de champ avaient été incapables d’inscrire en 90 minutes.

Enfin, le 16 novembre 2018, un doublé de Ziyech exorcisait enfin tous nos démons camerounais. Ce soir-là, dans un Complexe Mohammed V en mode chaudron, les hommes entraînés par Hervé Renard avaient su effacer cette scorie historique. Et justement, dans le groupe coaché par Walid Regragui en 2025, Bounou, Mazraoui, Hakimi, Saïss, s’il est d’attaque, et En-Nesyri ont fait partie du onze type qui a disputé cette confrontation. Autant dire que ces éléments savent ce que c’est que de déguster du Lion indomptable. Cet élément n’est pas négligeable, même si le contexte est tout autre, car un quart couperet de CAN, qui plus est à domicile, n’a rien à voir avec un match des éliminatoires de la même compétition.

Une compétition que le Maroc est condamné à gagner, même en remportant tous ses matchs sur le score de 1-0, ou même en passant par la fatidique séance des tirs au but. Les Nationaux ne manquent pas d’atouts dans leur jeu, pour peu qu’ils arrivent enfin à se libérer, car contre la Tanzanie ils semblaient ne pas avoir réussi à digérer le forfait pour la suite de la compétition d’Ounahi. Khannous, qui devait le remplacer dans ce premier match couperet, a semblé parfois en dedans, tout comme la plupart des tauliers, à l’exception d’un Brahim, encore une fois tranchant dans ses actions.

Un Brahim qui sera probablement l’objet d’un traitement spécial face à des Camerounais très physiques. Gagner les duels, ne pas céder un pouce de terrain et parvenir à imposer une technique individuelle supérieure: tels seront les commandements à suivre sur le terrain, car en face les Camerounais ne manquent pas d’éléments dangereux, en particulier le duo Mbeumo/Kofane. Le retour d’Amrabat pourrait servir d’antidote dans la bataille de l’entrejeu qui s’annonce, en attendant peut-être les éclairs de génie de Diaz, les déboulés d’Hakimi ou d’Abde, ou enfin le sens du but de Kaabi.

Ce vendredi, les Lions de l’Atlas ont donc un rendez-vous crucial avec l’histoire et avec leur histoire. Ils doivent remettre les pendules à l’heure et effacer tant de déceptions face à des Camerounais venus à la CAN en mode outsider et dont l’appétit a grandi au fil de la compétition. Une compétition où tous les records sont battus, en dépit de l’acharnement de certains confrères débarqués ici pour faire du Morocco bashing et qui confondent facilement Rabat et Tora Bora, ou d’autres compatriotes qui, par vanité, ont choisi de marquer contre leur camp. Toutefois, la CAN des défis relevés (record de spectateurs avec le cap du million atteint sûrement pendant Maroc-Cameroun, celui du nombre de buts, de la fraternité entre supporters venus de partout) ne sera reconnue comme telle par les Marocains qu’en cas de sacre final.

Et ce sacre passe forcément par battre un Cameroun sûr de lui et dominateur dans le passé, qui ne se présentera pas à Rabat en victime expiatoire. Mais le Lion de l’Atlas tâchera d’écrire sa saga africaine, en paraphrasant un proverbe venu de la brousse et qui dit: «Tant que les Lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse ne pourront que chanter la gloire du chasseur» camerounais, nigérian, algérien, malien, ivoirien, égyptien ou sénégalais.

Par Amine Birouk
Le 07/01/2026 à 19h02