Sortie médiatique du président de la Fédération sénégalaise de football: une faute politique, institutionnelle et historique

Aziz Daouda.

ChroniqueIl convient de rappeler une évidence que cette sortie semble ignorer: aucun pays hôte n’a, par définition, la moindre emprise sur une instance continentale élue, représentant l’ensemble des fédérations africaines. Prétendre le contraire, c’est nier les principes mêmes de gouvernance du sport africain et fragiliser l’institution que l’on prétend défendre.

Le 28/01/2026 à 16h00

La récente sortie médiatique du président de la Fédération sénégalaise de football restera, à bien des égards, comme l’un des épisodes les plus malheureux de cette Coupe d’Afrique des Nations pourtant unanimement saluée comme exceptionnelle. Dans une intervention aussi accusatoire qu’imprudente, le dirigeant sénégalais a choisi de s’attaquer indistinctement au Maroc, pays hôte, à la CAF, et plus largement à l’écosystème du football africain, dans une fuite en avant qui confine à l’isolement politique et sportif.

Cette sortie est d’autant plus incompréhensible qu’elle intervient à un moment diplomatique particulièrement positif entre le Maroc et le Sénégal. Les 26 et 27 derniers, les deux pays frères ont relancé, après treize années d’interruption, la commission mixte de coopération maroco-sénégalaise. Un signal fort, au plus haut niveau de l’État, traduisant une volonté commune de se remettre résolument «dans le sens de l’histoire», fidèle à une relation séculaire fondée sur la fraternité, l’histoire partagée, la solidarité religieuse et humaine, et une convergence stratégique constante sur les grands dossiers africains.

Or, manifestement, le président de la Fédération sénégalaise de football n’a tenu aucun compte de ce contexte. Il a publiquement accusé le Maroc d’avoir mal organisé la CAN, de ne pas avoir assuré la sécurité de son équipe, et d’avoir failli sur le plan de l’hébergement. À ce sujet, il est pour le moins sidérant d’entendre mettre en cause l’hôtel Amphitrite, établissement prestigieux, connu pour accueillir chefs d’État, délégations officielles et invités de marque du Royaume. Ce détail, en apparence anecdotique, illustre en réalité l’absence totale de mesure et de discernement dans ses propos.

Plus grave encore, le président sénégalais a volontairement brouillé les lignes de responsabilité, refusant tout distinguo entre le pays hôte et la Confédération africaine de football. Peu importe la rigueur institutionnelle ou la vérité des faits: l’objectif semblait avant tout de «faire mal», quitte à sacrifier la cohérence du discours et la crédibilité de son propre pays.

Cette sortie n’a d’ailleurs pas produit l’effet escompté. Bien au contraire. Par ricochet, elle a cristallisé l’opinion générale… contre son auteur. Car les faits sont têtus: aucune autre sélection n’a formulé la moindre plainte concernant l’organisation, la sécurité ou l’hébergement. À l’inverse, un consensus quasi mondial s’est formé autour du caractère historique, exceptionnel et exemplaire de cette CAN organisée au Maroc, tant sur le plan logistique que sécuritaire, sportif et médiatique.

Le président de la Fédération semble également avoir oublié, ou choisi d’ignorer, que les plus hautes autorités de son propre pays, à commencer par le président de la République du Sénégal, ont officiellement remercié et félicité le Royaume du Maroc pour la qualité de l’accueil et de l’organisation. En contradiction flagrante avec cette position étatique claire, il s’est ainsi placé en porte-à-faux non seulement avec la communauté footballistique africaine, mais aussi avec la ligne diplomatique de son pays.

En allant plus loin encore, en accusant la CAF d’être sous la coupe du Maroc et d’avoir été «confisquée» par le Royaume, le président sénégalais a franchi une ligne rouge institutionnelle. Il n’a pas seulement attaqué un pays hôte; il a, de facto, insulté l’ensemble des membres élus de la Confédération, ses commissions, ses arcanes décisionnelles et, au-delà, la souveraineté collective du football africain. Seul contre tous, il prétend détenir des vérités cachées que ni les autres fédérations, ni les observateurs, ni même les partenaires internationaux du football africain ne semblent percevoir.

En réalité, ce discours n’a rien d’original. Il s’inscrit dans la reproduction quasi mécanique de la rhétorique d’un seul pays du continent, tristement connu pour son hostilité obsessionnelle et maladive à l’égard du Maroc. En reprenant ces éléments de langage, largement diffusés par une presse alignée sur des agendas politiques bien identifiés, le président de la Fédération sénégalaise isole inutilement son pays et l’entraîne à la marge du mouvement général qui traverse aujourd’hui l’Afrique du football.

Il convient de rappeler une évidence que cette sortie semble ignorer: aucun pays hôte n’a, par définition, la moindre emprise sur une instance continentale élue, représentant l’ensemble des fédérations africaines. Prétendre le contraire, c’est nier les principes mêmes de gouvernance du sport africain et fragiliser l’institution que l’on prétend défendre.

Loin de «faire dans l’apaisement», ces propos risquent d’avoir un effet profondément contreproductif. Ils exposent la Fédération sénégalaise à des sanctions disciplinaires potentiellement lourdes, dans la mesure où de telles déclarations publiques sont susceptibles d’être versées aux dossiers examinés par les instances compétentes de la CAF. À vouloir régler des frustrations sportives par la polémique politique, on finit souvent par en payer le prix institutionnel.

En définitive, cette sortie médiatique apparaît moins comme une défense légitime des intérêts du football sénégalais que comme une erreur stratégique majeure, détachée des faits, du contexte diplomatique et du sens de l’histoire. Une faute qui, loin d’élever le débat, risque d’affaiblir durablement la crédibilité de son auteur et de la structure qu’il dirige.

Quant à la fraternité entre les deux pays et les deux peuples, ce ne sont pas les dires du président d’une fédération sportive, fut elle de football qui va en perturber le cours.

Par Aziz Daouda
Le 28/01/2026 à 16h00