Dernière folie algérienne: Gianni Infantino «reçoit des instructions» de Abdelmadjid Tebboune

Gianni Infantino, président de la FIFA, et Abdelmadjid Tebboune, président de l’Algérie.

En quête de légitimité, le pouvoir algérien tente de transformer la visite de Gianni Infantino en opération de communication, allant jusqu’à évoquer des «instructions» que le président de la FIFA recevrait de Abdelmadjid Tebboune. Une séquence révélatrice des limites d’un storytelling politique de plus en plus déconnecté de la réalité.

Le 10/04/2026 à 17h51

Alors là, il fallait oser. Dans un contexte marqué par une accumulation d’échecs diplomatiques et une perte d’influence manifeste sur la scène continentale, le pouvoir algérien tente une nouvelle manœuvre: se refaire une légitimité… par le football. Oui, par le football. Et pas n’importe comment.

La visite du président de la FIFA, Gianni Infantino, en Algérie aurait pu rester un événement institutionnel classique, inscrit dans le cadre du développement du football africain. Mais elle a rapidement été transformée en opération de communication politique, presque désespérée, autour de Abdelmadjid Tebboune.

Car il faut écouter, ou plutôt savourer, les propos de Mustapha Berraf, président algérien de l’Association des comités nationaux olympiques d’Afrique (ACNOA): selon lui, le patron du football mondial est en Algérie… pour «recevoir des instructions et recommandations» du président de la République. Rien que ça. La FIFA, instance suprême du football mondial, en quête de directives à Alger. Heureusement que le ridicule ne tue pas.

Derrière cette sortie surréaliste, la réalité est bien plus terre-à-terre. Le régime algérien, confronté à un isolement diplomatique croissant et à une économie sous tension, cherche désespérément des vitrines positives. Le football devient alors un outil commode, un levier d’image facile à activer.

Après des revers à répétition, le régime tente de se raccrocher à ce qui lui reste: l’émotion populaire liée au ballon rond. La visite d’Infantino devient ainsi un prétexte pour exister, occuper l’espace médiatique et donner l’illusion d’un poids retrouvé. Mais la ficelle est grosse. Très grosse.

Sur le plan factuel, la visite d’Infantino en Algérie s’inscrit dans l’inauguration d’un centre technique à Tlemcen, financé par la FIFA. Un projet utile, certes, pour la formation et la détection des jeunes talents.

Le président de la FIFA était accompagné notamment de Arsène Wenger, preuve que la dimension technique primait dans ce déplacement. Accueil protocolaire, échange institutionnel, remise de cadeaux symboliques, dont une réplique de la Coupe du Monde, et photo officielle… Rien de plus classique.

Mais voilà: il fallait absolument transformer cela en moment de «gloire». Affirmer que la FIFA vient chercher des «instructions» auprès d’un chef d’État relève moins de l’analyse que de la caricature. Une tentative maladroite de surjouer une importance qui ne résiste pas à l’épreuve des faits. Au fond, cette séquence illustre un malaise plus profond: celui d’un pouvoir en quête de reconnaissance, prêt à instrumentaliser le sport pour combler un déficit de crédibilité.

Et pendant que certains s’inventent un rôle central dans le football mondial, d’autres avancent, construisent et s’imposent par les résultats. Le contraste est saisissant. Et parfois, franchement, amusant.

Par Adil Azeroual
Le 10/04/2026 à 17h51