Hicham Dguig: l’incroyable destin du miraculé qui a hissé le futsal marocain au sommet

Hicham Dguig et les Lions de l’Atlas de futsal ont remporté une quatrième CAN à Rabat.

Quatrième CAN consécutive pour les Lions de l’Atlas de futsal, sacrés mercredi soir à Rabat. Derrière cette hégémonie, un homme: Hicham Dguig. Depuis 2010, le sélectionneur a façonné une équipe devenue une référence continentale. Retour sur le parcours d’un bâtisseur qui voit toujours plus loin.

Le 22/10/2026 à 13h08

Le ballon rond au Maroc surfe sur une belle vague ces dernières années. De l’équipe nationale A aux sélections de jeunes, le football vert et rouge enchaîne les performances. Mais il y a une discipline en particulier qui ne cesse de briller depuis plus d’une décennie, parfois dans une relative discrétion, auprès des amateurs de football rapide, technique et physique: le futsal.

Quatre CAN consécutives, trois Coupes arabes et une Coupe des Confédérations, le palmarès des Lions de l’Atlas de futsal ne cesse de s’étoffer. Avec deux quarts de finale de Coupe du monde en 2021 et 2024, le Maroc a aussi changé de dimension sur la scène internationale. Une ascension qui porte la signature d’un homme: Hicham Dguig.

Avec le quatrième sacre continental décroché mercredi soir à Rabat, le sélectionneur confirme une nouvelle fois l’ampleur du travail accompli depuis sa prise de fonction en 2010. Au fil des années, il a façonné une sélection dominante en Afrique et désormais capable de rivaliser avec les meilleures nations mondiales.

Du miraculé au bâtisseur

Parce qu’un succès prend une autre dimension lorsqu’une histoire se cache derrière, le parcours de Hicham Dguig mérite qu’on s’y attarde.

Enfant de Kénitra, il est nommé à la tête de la sélection nationale de futsal en 2010. Dès ses débuts, il se distingue aux Jeux méditerranéens organisés en Libye, où le Maroc termine à la cinquième place. Malgré ce résultat, Dguig est élu meilleur entraîneur de la compétition. Le technicien imprime déjà sa marque et conduit ensuite les Lions de l’Atlas vers une première historique, celle de la qualification pour la Coupe du monde 2012, organisée en Thaïlande.

Mais cette même année, sa vie bascule. Le 1er septembre 2012, Dguig est grièvement blessé dans un accident de la route impliquant le minibus de l’équipe de Sebou Kénitra, en route vers Tétouan. Le drame coûte la vie à deux jeunes espoirs du futsal marocain, Amine El Yaghzi et Ismail Khayati. Lui-même est sérieusement touché à la colonne vertébrale. La perspective de ne plus jamais pouvoir marcher est alors évoquée.

Un épisode qui marque à jamais les esprits, et celui du sélectionneur en particulier. Miraculé, Dguig entame une longue rééducation avant de retrouver progressivement le chemin des terrains. Un drame qui aurait pu tout arrêter, mais qui ne l’empêche pas de poursuivre son travail à la tête de la sélection.

Après cette épreuve, le technicien insuffle un nouveau souffle à l’équipe, autour de joueurs comme Soufiane El Mesrar et Bilal Bakkali. Aujourd’hui figures incontournables de la discipline, ils deviennent des artisans majeurs des succès marocains.

En 2016, le travail de fond commence à porter ses fruits. Le Maroc remporte sa première CAN, en Afrique du Sud. Dguig a lancé une dynamique qui ne cessera de grandir, jusqu’à installer les Lions de l’Atlas au sommet du futsal africain.

De la bâtisse à la confirmation mondiale

En 2020, alors que la CAN est organisée au Maroc, plus précisément à Laâyoune, Dguig et ses hommes dominent l’Égypte en finale (5-0) et décrochent un deuxième titre continental. Avec ce sacre, les Lions valident également leur qualification pour une troisième Coupe du monde consécutive. Les deux premières participations, en Thaïlande en 2012 puis en Colombie en 2016, s’étaient soldées par des éliminations dès la phase de groupes.

Mais le sélectionneur, lui, devient le premier entraîneur à qualifier une sélection pour trois Coupes du monde de futsal consécutives. Sauf que cette fois, Dguig entend franchir un cap.

En 2021, au Mondial organisé en Lituanie, le coach fait mieux que lors des précédentes éditions et conduit les Lions jusqu’en quarts de finale, où ils s’inclinent face au Brésil (0-1). Malgré l’élimination, le Maroc change de dimension. Après deux sorties prématurées, la sélection atteint pour la première fois ce stade de la compétition. Le travail commence à payer et le futsal marocain gagne en respect sur la scène internationale.

En 2021 puis en 2022, Dguig remporte également deux Coupes arabes des nations. La deuxième édition est notamment marquée par un succès historique face à la Somalie (16-0).

Et pour bien confirmer cette montée en puissance, le sélectionneur et ses joueurs remportent, en 2022, la Coupe des Confédérations de futsal organisée en Thaïlande, en battant l’Argentine, tenante du titre. Le Maroc se hisse alors à la huitième place mondiale, une nouvelle étape dans l’ascension des Lions de l’Atlas.

En 2023, la sélection poursuit sur sa lancée en remportant une troisième Coupe arabe, après une victoire maîtrisée face au Koweït (7-1) en finale. Dans la foulée, Dguig est élu meilleur entraîneur de futsal au monde par Futsalplanet, un prix qui vient récompenser un travail désormais reconnu bien au-delà du continent africain.

L’année suivante, lors de la CAN 2024 organisée au Maroc, les Lions de l’Atlas remportent leur troisième titre continental, en dominant l’Angola (5-1) en finale. Mais au Mondial en Ouzbékistan, le scénario se répète: le Maroc est de nouveau éliminé en quarts de finale par le Brésil, futur champion du monde.

Le sélectionneur poursuit alors le renouvellement de son effectif et injecte du sang neuf, avec notamment l’arrivée de jeunes talents évoluant en Europe, à l’image de Naoufel Aberkan, passé par Montpellier. L’objectif, maintenir le Maroc au sommet africain tout en continuant à réduire l’écart avec les meilleures nations mondiales.

Quatre CAN, et maintenant le monde?

En octobre 2026, le Maroc accueille une nouvelle édition de la CAN de futsal, sa troisième en quelques années après celles de 2020 et 2024. À domicile, Dguig arrive avec une sélection désormais installée dans le top 10 mondial et solidement ancrée au sommet du continent.

Les Lions de l’Atlas frappent fort dès la phase de groupes. Après avoir dominé l’Algérie (4-0) et surclassé la Zambie (7-0), ils imposent leur loi face à la Libye (6-0). Trois victoires, 17 buts inscrits et aucun encaissé, le Maroc boucle la phase de groupes avec autorité.

En demi-finale, les hommes de Dguig surclassent l’Égypte (6-0) et retrouvent l’Angola pour une nouvelle finale. Cette fois, les Marocains encaissent leurs deux premiers buts du tournoi, mais s’imposent tout de même (5-2) pour décrocher leur quatrième couronne africaine consécutive. Mission accomplie.

Les distinctions individuelles viennent également récompenser le parcours des Lions. Youssef Jouad, joueur de l’Union Touarga, est élu meilleur joueur du tournoi, tandis que le capitaine Soufiane El Mesrar reçoit le prix du fair-play. Le gardien Youssef Bensallam est, lui, désigné meilleur portier de la compétition.

Ce quatrième sacre consacre une nouvelle fois la domination marocaine sur le continent. Les Lions de l’Atlas confirment leur statut de meilleure sélection africaine, tandis que Dguig continue d’étoffer un palmarès qui fait de lui l’un des entraîneurs les plus titrés de la discipline.

Mais à deux ans de la prochaine Coupe du monde, un autre défi se profile pour Dguig. Le Maroc, candidat à l’organisation de la compétition, comme l’avait annoncé Fouzi Lekjaa au lendemain des quarts de finale du Mondial 2024 en Ouzbékistan, pourrait avoir l’occasion de faire du futsal national une vitrine encore plus importante à l’échelle internationale.

Car si Hicham Dguig n’a plus grand-chose à prouver en Afrique, un cap lui résiste encore, celui des demi-finales mondiales. Deux fois, le Brésil a mis fin au parcours marocain en quarts de finale. À l’approche du prochain Mondial, le technicien aura une nouvelle occasion de briser ce plafond de verre et d’installer durablement le Maroc parmi les quatre meilleures nations du monde, peut-être à domicile.

Par Magda Soltani
Le 22/10/2026 à 13h08