L’irruption de la télévision dans le quotidien du football a contribué de manière significative à la mutation profonde de cette discipline dans le monde. Initialement, les compétitions sportives traditionnelles suscitaient des rivalités locales, régionales et nationales. Avec la télévision, le football s’est transformé en un spectacle de grande envergure et de consommation de masse.
Le sport roi s’est largement inspiré des quatre sports majeurs américains – le football, le baseball, le basket-ball et le hockey sur glace –, précurseurs dans ce domaine, et s’est émancipé en élaborant son propre modèle économique, où les revenus affluent abondamment.
Grâce à la télévision, le football a attiré un nouveau public, composé de femmes, d’enfants et de personnes âgées, et a créé de nouveaux espaces de rencontre: à domicile, dans des locaux d’associations de supporters ou dans des cafés de proximité. La télévision a permis l’introduction de nouveaux rituels et de nouvelles formes d’expression de l’appartenance à un club ou une nation.
La télévision a enrichi le football, tant dans son contenu que dans ses finances, même si l’on peut regretter les excès et l’inflation dangereuse qui pollue le football moderne. Le microcosme et l’environnement des médias en ont largement profité. L’explosion des audiences et des recettes publicitaires qui en découlent sont, à cet égard, très significatives.
Des chaînes se sont créées pour la diffusion d’événements sportifs, avec pour principal plat au menu les compétitions inter-européennes et les compétitions locales du pourtour méditerranéen. Et même lorsque la rentabilité n’était pas au rendez-vous, elle était compensée par un surcroît de puissance en soft power. Les ventes de téléviseurs ont également connu une explosion, partout, les veilles de grandes compétitions comme la Coupe du Monde, l’Euro ou les Jeux Olympiques.
L’apport de la diffusion par la télévision a permis de vulgariser la discipline. Contrairement à une idée reçue, les règles du football sont très complexes pour le profane. La principale règle de cette discipline, le hors-jeu, est restée longtemps incompréhensible pour les spectateurs.
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C’est pourtant le cœur battant du football. C’est grâce au hors-jeu que le football est le seul sport collectif où l’équipe la plus forte n’est pas forcément la meilleure. C’est un moyen de défense qui utilise l’intelligence collective et la rapidité d’exécution. Si le football permet à des équipes composées de joueurs de petite taille de battre des équipes formées de colosses, c’est bien sûr grâce au talent, mais aussi grâce à cette règle originale.
La télévision a beaucoup contribué à sa vulgarisation. La répétition des images, les commentaires avisés des reporters et la possibilité d’échanger tout en regardant un match y ont participé sérieusement.
Historiquement, cette règle a été à l’origine, avec les coups francs dans la surface de réparation, de 90% des polémiques dans le football. Les réclamations, nombreuses, parfois infondées, ont poussé les responsables de tous les organismes en charge du football, à tenter de faire de la télévision un outil d’assistance à la prise de décision. La VAR est alors née.
Pendant longtemps, les présidents de clubs et de fédérations se sont montrés méfiants à l’égard de la petite lucarne. Ils avaient peur de la fuite des spectateurs et étaient réticents à la généralisation des transmissions en direct. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.
Forts des recettes accumulées grâce à la télé, au marketing et à la publicité, ils ont cherché à cohabiter avec elle et investi dans les stades et dans le confort du public qu’il fallait continuer à séduire. Il n’y a plus de «places debout» dans les stades modernes, à quelques exceptions près.
À l’international, aucune confédération ne les accepte. Les loges VIP, les places numérotées et la couverture des tribunes ont amélioré considérablement le parcours du supporter, devenu client.
En faisant sortir le football du stade et en gagnant en pouvoir économique, la télévision est devenue l’acteur principal du microcosme footballistique, un acteur influent. Le programme des championnats, des Coupes Nationales et/ou Internationales, avec date et heure des matchs, est déterminé par l’opérateur en charge de la diffusion des matchs.
L’architecture des stades est déterminée par les besoins de diffusion. Les cahiers des charges des stades validés pour des matchs internationaux tiennent compte des besoins de la télé dans l’emplacement des caméras, les espaces réservés aux interviews, etc.
La télévision a élevé le niveau d’exigence du public. De plus en plus de stades permettent la transmission du match en direct sur les écrans, ce qui montre le poids du média. Au Maroc, le chantier de mise à niveau du football, devrait en faire une locomotive pour les autres sports, un vœux pieu pour le moment si l’on se réfère aux résultats des autres disciplines de sport collectif.
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Ce chantier fait la part belle aux investissements en infrastructures : six stades seront conformes au cahier des charges de la Fifa et une vingtaine d’autres à ceux de la Caf, sans oublier l’offre télévisuelle. Quatre chaînes sportives vont être lancées incessamment.
Elles auront pour objectif de renforcer l’offre de l’unique chaîne sportive existante, «Arryadia». Le but qui leur a été assigné est l’amélioration de la médiatisation et du rayonnement du sport marocain au Maroc et à l’étranger, ainsi que de véhiculer les valeurs du sport. Un projet ambitieux où l’échec est proscrit.
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