Bouaddi ou l’arbre qui cache la forêt

Ayyoub Bouaddi

ChroniqueSi le petit Ayyoub fait son trou en club comme en sélection, on ne compte plus le nombre de jeunes prodiges partis tout de suite très haut, très fort, avant de s’écrouler et de disparaître des radars.

Le 19/10/2026 à 10h59

Cette semaine, l’Europe du foot n’a pas tari d’éloges sur Ayyoub Bouaddi. Il n’a pourtant joué qu’une mi-temps du choc City-Paris (2-4). Oui, mais quelle mi-temps! Dès son entrée, il a éclairé le jeu de son équipe, fluidifié les transmissions, cassé des lignes, avant d’offrir à Haaland une merveille de passe décisive. En 45 minutes, et malgré la défaite des siens, il a éclaboussé la rencontre de son talent. Face à la meilleure équipe d’Europe du moment, rien que ça.

Il ne faut pas s’enflammer pour autant, même si le prodige marocain n’en est pas à son coup d’essai. Ce demi-match ne fait pas de lui un indiscutable à City, où les places sont très chères. Son entraîneur le gère d’ailleurs avec parcimonie: un match par-ci, quelques minutes par-là. Ce week-end, en championnat, il l’a aligné d’entrée. Au prochain rendez-vous, il repassera sans doute par le banc.

Ce que cela dit? Que le talent n’est pas tout. Beaucoup de choses se jouent hors du terrain. Le talent, ça se gère. Surtout chez un jeune joueur.

Rappelons aussi que Bouaddi n’a toujours pas marqué le moindre but chez les pros. Son poste n’explique pas tout. Valorisé à 100 millions d’euros ou pas, le garçon est encore en apprentissage et a des paliers à franchir. Il a besoin d’être accompagné, encadré. C’est le rôle de l’entourage (entraîneur, agents, proches) qui doit faire en sorte que le joueur garde la tête froide et reste sérieux, discipliné, à l’écoute. Sinon, il peut très bien se brûler les ailes.

Car on ne compte plus les jeunes partis très haut, très fort, avant de s’écrouler et de disparaître des radars. Souvenons-nous de Hachim Mestour, international à 16 ans, dont la carrière est à l’arrêt alors qu’il n’a que 28 ans. Et il n’est pas le seul.

Où est passé Hamza Mendyl, latéral gauche ultra offensif qui comptait une vingtaine de sélections avant ses 23 ans? Et Adam Aznou, la pépite du Bayern, autre latéral gauche porté vers l’avant? Tous deux ont étrenné leurs premières sélections alors qu’ils n’avaient pas 20 ans, puis enchaîné les mauvais choix de carrière. Le talent, ils l’ont toujours. Mais l’impatience leur a joué un mauvais tour. L’hygiène de vie aussi, peut-être: ces mille et un petits gestes du quotidien qui maintiennent un joueur au haut niveau, ou le font basculer dans l’anonymat.

Comment ne pas évoquer, enfin, Eliesse Ben Seghir? Formé à Monaco, il passait pour l’un des futurs cracks du football français. En choisissant le pays de ses parents, il est aussitôt devenu une pièce maîtresse des Lions de l’Atlas. Il était si épanoui, si sûr de son football, qu’il avait confié rêver de remporter un jour le Ballon d’or. Et cela ne choquait personne.

Seulement voilà. Un temps annoncé au PSG (que son compère Akliouche finira par rejoindre), il a signé à Leverkusen à l’été 2025, quelques jours avant le limogeage de l’entraîneur qui le voulait. Son successeur ne comptait pas vraiment sur lui, puis les blessures se sont enchaînées. Un peu plus d’un an plus tard, Ben Seghir est presque devenu un boulet. Cette saison, il n’a joué qu’un seul match, toutes compétitions confondues. Le reste du temps, il l’a passé entre le banc et l’infirmerie.

Bouaddi n’est ni Mestour, ni Mendyl, ni Ben Seghir (qui peut encore revenir), et rien ne dit qu’il suivra leur chemin. Mais il doit garder la tête sur les épaules car il sera jugé sur la durée. Et il n’a encore rien gagné. Il faut espérer que son entourage, sur et en dehors du terrain, sera toujours là pour le lui rappeler.

Par Footix marocain
Le 19/10/2026 à 10h59