Certains techniciens configurent leur team à partir de la ligne arrière, d’autres préfèrent construire à partir du milieu. Ouahbi appartient à la deuxième catégorie. L’organisation défensive commence dans l’entrejeu, et l’offensive aussi. C’est dans l’entrejeu que se situent les premiers défenseurs, mais aussi les premiers attaquants.
Ce n’est pas un hasard si les trois buts marqués sont signés par des purs milieux: El Aynaoui et El Khannouss.
Ce penchant pour le cœur du jeu permet à la fois d’allonger la surface de jeu, ce qui exige la présence de joueurs de ballon, pas seulement au milieu mais dans toutes les lignes. Avec l’option de presser partout. L’autre option consiste, au besoin, à resserrer les lignes pour mieux défendre mais aussi pour se projeter plus facilement: les deux buts passés au Paraguay découlent de cette philosophie, avec deux projections quasi-identiques en phase de récupération.
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Au-delà du dispositif initial (qui se rapproche théoriquement du classique 4-5-1), c’est surtout l’animation, c’est-à-dire l’utilisation des joueurs qui est intéressante. Les tâches sont différentes et les positionnements aussi. Avec ou sans le ballon, ce n’est pas la même histoire. Cela revient à demander aux joueurs d’assumer deux rôles à la fois, bien différents. Un Diaz a eu du mal, lors du match de l’Equateur, avec cette nouvelle donne, d’où l’impression qu’il ne savait plus où «se mettre». Saibari a eu le même problème, Hrimat à un degré moindre.
En plus de leur assigner des multi-tâches, Ouahbi demander à ses joueurs, de facto, d’avoir un gros volume de course (en gros de beaucoup courir) et d’harmoniser leurs déplacements. Face au Paraguay, Hakimi et Gessime ont commencé à se marcher dessus avant d’accorder leurs violons à la reprise, le deuxième ayant tendance à rentrer pour libérer le couloir droit au premier. Résultat: trois actions de grande classe dont deux finirent dans les filets paraguayens.
Voilà l’idée ou le projet qui commence à se dessiner et qui sera sans doute conduit lors du Mondial. Bien sûr, il y a encore des réglages à faire et des automatismes à travailler. Dans les deux matchs, la machine offensive a eu beaucoup de mal à démarrer et l’assise défensive s’est trop reposée sur la solidité de Bounou, heureusement vigilant, et de Diop, dont les débuts sont très prometteurs.
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A la décharge du nouveau sélectionneur, deux éléments sont à prendre en compte. D’abord le fait qu’il a tenté d’injecter pas mal de sang frais à cette équipe (les Mourabet, Halhal, etc.), ce qui est à saluer. Ensuite le projet en train d’être mis en place casse le moule traditionnel du football marocain, qui était beaucoup plus attentiste et frileux. Même si elle ne joue qu’avec un seul attaquant, voire avec un faux attaquant, cette équipe donne l’impression de pouvoir prendre le jeu à son compte.
Alors tout n’a pas été parfait, loin de là. On a vu par exemple que les trois buts marqués l’ont été sur des assists du seul Hakimi, ce qui pose la question de la dépendance au latéral du PSG. Les couloirs restent trop exposés et le coulissage ne fonctionne pas toujours. Et malgré la profusion des milieux, il manque toujours ce garçon à la touche technique supérieure (comme le Ben Seghir d’il y a un an). Mais on a surtout vu un entraineur qui a des idées claires sur le jeu et qui sait ce qu’il cherche. C’est surtout cela qui nous plait, au-delà de la performance des uns et des autres.
Vivement la suite!
