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Pauvre Vahid!

Vahid Halilhodzic, sélectionneur des Lions de l'Atlas. © Copyright : Omar Taibi
Et si, dans un accès de lucidité, on se décidait enfin à admettre l’évidence et reconnaître que le football marocain ne vaut pas mieux que ce qu’il a montré?
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Ce n’est un secret pour personne, Fouzi Lekjaa, président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF) et ministre délégué, chargé du Budget, est très fortiche en maths. Manipuler les chiffres, les formules et les probabilités, c’est son truc. 

Il a dû donc estimer les chances qu’a l’équipe du Maroc de passer le premier tour de la Coupe du monde 2022. Dans un groupe composé de la Croatie, vice-championne en 2018, de la Belgique, demi-finaliste, et du Canada, qui a dominé les Etats-Unis et le Mexique, lors des éliminatoires de la zone Concacaf, les chances du Mountakhab sont si minimes que ses matchs risquent d’être interdits des sites de paris en ligne. 

Et la débâcle du match contre les Etats-Unis (3-0) est venue confirmer la réalité. Une déception de plus. Un échec de plus. Et une nouvelle fois, les observateurs, les médias et le citoyen lambda ont ouvert le même procès, celui censé identifier un responsable de ce ratage et le clouer au pilori. 

Mais contrairement aux anciens échecs, où tour à tour, on pointait le sélectionneur surpayé, les joueurs «de l’étranger» sous-motivés ou les dirigeants fédéraux incompétents... aujourd’hui, il n’y a qu’un seul coupable: le pauvre Vahid. 

Il a été attaqué par les pro-Ziyech, un joueur qui exige son départ pour qu’il revienne jouer en équipe nationale (peut-il le faire à Chelsea?). Il reçoit des insultes à chaque match. Son parcours avec les Lions, qui est presque parfait à l’exception de la sortie en quart de finale de la CAN, a été minimisé. 

Certes, on a disputé presque tous les matchs des éliminatoires du Mondial qatari à domicile contre des adversaires de seconde zone, mais une qualification reste une qualification. 

Et si, dans un accès de lucidité, on se décidait enfin à admettre l’évidence et reconnaître que le football marocain ne vaut pas mieux que ce qu’il a montré? Certes, Vahid Halilhodzic peut (et doit) être critiqué pour ses choix, les joueurs pour leur prestation et la Fédération pour certaines de ses décisions. 

Mais rien ne dit qu’un autre sélectionneur et un autre effectif auraient eu davantage de succès. Et bien malin celui qui pourra livrer une recette clés-en-mains pour refaire du Maroc une «grande nation de football».

Le meilleur moyen de réaliser un objectif, c’est d’abord de s’assigner un objectif réalisable. Et dans l’état actuel des choses, dépasser le premier tour de la Coupe du Monde est au mieux un rêve, au pire un délire. 

Aujourd’hui, le football vert et rouge a d’autres priorités. La FRMF doit d’abord mettre sur pied un championnat digne de ce nom, capable de fournir des joueurs à l’équipe nationale. Car croire que notre Botola est au niveau en raison des sacres de certains clubs en compétitions africaines est un doux euphémisme. Le Wydad, le Raja et la Renaissance de Berkane sont l’exception qui confirme la règle. À l’exception de ces trois équipes, aucune autre formation made in Botola n’arrive à se qualifier pour la phase de groupes de la Ligue des Champions ou la Coupe de la CAF. 

Et pour espérer avoir une ligue digne de ce nom, il faut impérativement stopper les magouilles qui y règnent tel le trucage des matchs dont s’est rendu coupable Noureddine Baidi, président du Club Athletic Youssoufia de Berrechid et membre de l’ancien bureau dirigeant de la FRMF. 

Nul besoin donc de calculette et sans gaspiller d’encre, de papier ou de craie, pour le bien de la planète et surtout du football marocain, concentrons-nous sur l’essentiel. Pour les exploits de l’équipe nationale, on verra plus tard...

Par Adil Azeroual
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7 commentaires /

  • Zero-Wahid-Zouj
    Le 11 Jun. 2022 à 16h05
    Certes, si le niveau des footballeurs marocains que l’on a pu voir est déplorable et que Wahid ne peut visiblement rien y faire, pourquoi continuer à avoir un entraîneur étranger pour débourser 80 000 Euros par mois (plus primes) en devises (a comparer avec les 23 000 Euros d’Aliou Cisse, entraîneur du Senegal) alors qu’un entraîneur marocain couterait 7 ou 8 fois moins cher, serait payé en Dhs, connaîtrait la mentalité des joueurs marocains et du public marocain, et n’obtiendrait probablement pas des résultats plus catastrophiques. Je pense que c’est cela qui est frustrant pour la majorité du public marocain car cet entêtement de la federation à le garder comme s’il était l’homme providentiel n’est pas clair du tout.
  • JAMALDIN EL BEKKARI
    Le 11 Jun. 2022 à 12h01
    Voila quelqu'un qui sait bien analyser les choses, je partage à 100% ces idées. Les détracteurs de Vahid parlent comme si on est capable d'arriver au 1/2 de la CM.
    Bravo Adil Azeroual
  • HM
    Le 11 Jun. 2022 à 11h44
    La vérité qui fait mal. Malheureusement
  • Ayoub
    Le 11 Jun. 2022 à 11h37
    Je me suis souvent posé des questions à propos du foot (en particulier) :
    - Est-ce que le rôle du sélectionneur est déterminant dans un match ?
    - Peut-il faire des chevaux de courses avec des ânes ?
    - C'est un jeu collectif par définition, mais est-ce que les individualités font un ensemble fort ?
    Certains joueurs sont difficiles à encadrer et ont un fort caractère, ne vaut-il pas mieux les écarter pour faire une équipe soudée. Car je me souviens de l'équipe de France 1998, qui a gagné le mondial, Aimé Jacquet avait écarté à l'époque Cantona et Papin pour propulser Zidane et bien d'autres, dans le but de construire une bonne équipe.
    Wahid n'est-il pas dans ces cas de figure ?
  • Hassan Sijilmassi
    Le 11 Jun. 2022 à 10h55
    Je partage entierement cette analyse. Avec l’effectif actuel de l’équipe nationale, il est virtuelement impossible de faire mieux même si on fait appel aux meilleurs entraîneurs mondiaux à l’heure actuelle. Il est vrai que les choix tactiques de coach Vahid sont parfois déroutants, mais il faut rester réaliste. Lors de la prochaine coupe du monde au Qatar, il ne faut pas s’attendre à des miracles. La Belgique et la Croatie sont de gros bras au niveau mondial et même le modeste Canada risque de nous créer de sérieux problèmes. Restons réalistes et cessons de rêver. Les résultats de l’actuelle équipe nationale restent bons, mais devant des adversaires très modestes. La dernière victoire face à l’équipe d’AFRIQUE du SUD a été très pénible et ce pays est surtout connu pour son quinze de rugby. Restons réalistes . Comme ça, nous ne serons pas déçus lors du prochain mondial.
  • khalid
    Le 11 Jun. 2022 à 10h32
    bonjour

    dans votre article vous citez que les USA sont pas qualifiés à la coupe du monde du foot Qatar 2022 ; "Et la débâcle du match contre les Etats-Unis (3-0), nation non qualifiée pour la grand-messe planétaire". Je comprends bien que la grand-messe planétaire est la coupe du monde de football, Or les USA sont bel et bien qualifiées, et sont dans le Groupe B : Angleterre, Etats-Unis, Iran, Pays de Galles.
    Bonne réception
  • Abdelmajid Fentas
    Le 11 Jun. 2022 à 09h59
    Les Etats-Unis se sont qualiies a la Coupe du Monde,
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