Au Rachad Bernoussi, la troisième division marocaine séduit aussi les MRE

Au Rachad Bernoussi, la troisième division marocaine séduit aussi les MRE

Le Rachad Bernoussi, pensionnaire de la D3 marocaine, a récemment accueilli trois nouveaux visages franco-marocains: Aiman Mahmoud, Yassine Rachidi et Karim Ben Haddou. Ces recrutements s’inscrivent dans une ambition commune pour ces jeunes binationaux: revenir au pays d’origine et intégrer, à terme, les divisions professionnelles, avec l’objectif de s’inscrire durablement dans le football marocain.

Le 16/03/2026 à 15h02

Qui l’aurait cru? La troisième division au Maroc, aussi appelée la Nationale, peut elle aussi attirer des joueurs nés à l’étranger. Certes, leurs origines marocaines jouent souvent un rôle dans leur décision, mais ces divisions inférieures, loin des projecteurs de la Botola Pro D1 et D2, constituent également une véritable porte d’entrée pour s’inscrire dans le paysage footballistique marocain et espérer gravir les échelons.

C’est notamment le cas du Rachad Bernoussi, qui a vu l’arrivée de trois nouveaux joueurs dans ses rangs: Aiman Mahmoud, Yassine Rachidi et Karim Ben Haddou. Tous ont quitté leurs clubs en France, entre Régional 1, National 3 et divisions équivalentes, pour tenter l’aventure au pays d’origine.

Des parcours différents, un même point de chute

Aiman, Yassine et Karim viennent de villes différentes, Aubervilliers, Le Chesnay et Compiègne, et ont tous évolué dans plusieurs clubs d’Île-de-France, avant d’atterrir à Casablanca.

Aiman Mahmoud, né en 1999, a notamment évolué en U19 Nationaux et est passé par plusieurs divisions, de la R1 à la N3, notamment en Bretagne. Après deux saisons à Drancy, il a rejoint la réserve du Red Star FC, aujourd’hui pensionnaire de Ligue 2.

Yassine Rachidi, lui aussi passé par la réserve du Red Star, s’est d’abord formé à Boulogne-Billancourt. Son parcours l’a également conduit à tenter une expérience à l’étranger, notamment en D5 semi-professionnelle en Allemagne, puis en République tchèque, avant un retour en France à Thonon Grand Genève (anciennement Évian-Thonon-Gaillard), en National 3.

La troisième recrue du Rachad, Karim Ben Haddou, a quant à lui fait ses classes à Compiègne, avant de passer par la R1 à Saint-Denis, puis de remporter la Coupe de l’Oise lors de son retour dans son club formateur.

Malgré des trajectoires différentes, les trois joueurs se sont finalement retrouvés au Rachad Bernoussi grâce à une même personne: El-Mahdi Taïb, conseiller sportif de joueurs, qui les a orientés vers un nouveau projet, dans leur pays d’origine.

Le Rachad Bernoussi, un club historique qui attire

Dans le football, lorsque la progression semble bloquée ou que le potentiel d’un joueur peut être valorisé ailleurs, tenter une nouvelle expérience dans un nouveau pays devient parfois une option crédible.

El-Mahdi Taïb, habitué à accompagner joueurs et entraîneurs, lui qui entretient notamment une relation de confiance avec Hubert Velud, qu’il avait d’ailleurs conseillé lors de son arrivée sur le banc du Difaa El Jadida en 2018, a rapidement compris que ces trois profils pouvaient trouver une opportunité au Maroc. El-Mahdi Taïb avait également accompagné Rayane Aabid, aujourd’hui à la RS Berkane, lors de sa première signature professionnelle au Paris FC, avant de le conseiller dans son arrivée chez les Oranges.

Fin connaisseur du football national, Taïb a observé les joueurs, étudié leurs profils et pris en compte leurs critères personnels avant de les introduire au Rachad Bernoussi, club casablancais dont la réputation dépasse largement son statut actuel de pensionnaire des divisions inférieures. Le Rachad possède en effet une histoire et une identité fortes, dans une ville dominée par le Wydad et le Raja, mais aussi un héritage de formation. Le club a notamment vu passer des joueurs comme Youssef Safri, formé là-bas avant de rejoindre le Raja puis de faire carrière en Europe, notamment à Norwich City et Southampton, mais encore Hicham Louissi, ancien défenseur emblématique du Wydad Casablanca.

Pour El-Mahdi Taïb, l’intégration des trois joueurs s’est faite naturellement: «C’est un honneur pour eux d’évoluer ici (au Rachad Bernoussi, NDLR). C’est une véritable fierté de jouer chez eux, presque comme un rêve, surtout à Casablanca, dans un club historique comme le Rachad. Il y a un point de convergence qui m’unit avec ces joueurs.»

Malgré la situation sportive délicate du club, actuellement mal classé et menacé de relégation, leur conseiller sportif reste convaincu de leur potentiel: «Ils n’ont pas de limite. Ils prendront ce qu’il y a à prendre et travailleront dur. L’idée, c’est de monter avec le Rachad en D2, pourquoi pas. Mais s’ils ont des opportunités avant, ils les saisiront. Leur objectif est de jouer un jour en première division. Je leur dis toujours de travailler, d’être efficaces et d’atteindre leurs objectifs. Ça commence par le travail, la discipline et parfois par le bas de l’échelle. Étape par étape, ils doivent se familiariser avec le football marocain et s’adapter.»

Le Maroc, nouvelle terre d’opportunités

S’adapter au Royaume et commencer au bas de l’échelle reste pourtant une démarche encore rare. Beaucoup de joueurs préfèrent viser directement un championnat plus exposé ou un grand club. Mais pour ces trois jeunes joueurs, la décision a été immédiate.

«Ils ont tout de suite dit oui quand je leur ai proposé le Rachad. Karim, par exemple, m’avait contacté avec l’idée de jouer au Maroc. Aiman et Yassine aussi voulaient évoluer ici, dans leur pays d’origine, qu’ils affectionnent depuis leur enfance. Modestement, leur potentiel est évident et ils ont le talent pour se faire une place au Maroc.»

«Le football marocain intrigue, attire, et beaucoup de personnes sont dans cette perspective»

—  Mehdi Taibi

L’attractivité du football marocain pour les MRE, voire pour certains joueurs étrangers, n’est plus un secret. Depuis quelques années, plusieurs clubs, dont le Wydad Casablanca, accueillent des joueurs nés à l’étranger, comme Hakim Ziyech ou plus encore Wissam Ben Yedder. Ramiro Vaca, international Bolivien, évolue également pour les Rouges.

L’arrivée d’Aiman Mahmoud, Yassine Rachidi et Karim Ben Haddou au Rachad Bernoussi s’inscrit alors dans cette même dynamique, preuve que cette attractivité s’étend désormais aussi aux divisions inférieures.

Selon El-Mahdi Taïb, le phénomène dépasse même les joueurs: «C’est une démarche évolutive, positivement ou négativement. On voit de plus en plus de MRE, mais aussi d’Européens qui viennent au Maroc. J’ai énormément de coachs européens qui me sollicitent, certains avec de gros CV et ayant entraîné de grands clubs, qui veulent travailler ici. Il y a cinq ou dix ans, ça ne se faisait pas du tout.»

Il ajoute que «le football marocain aujourd’hui n’a rien à envier à personne. Il intrigue, attire, et beaucoup de personnes sont dans cette perspective.»

Quant aux trois nouveaux joueurs du Rachad Bernoussi, ils ne semblent pour l’instant pas pressés de repartir, à en croire les dires du conseiller marocain: un objectif clair, d’abord maintenir le club en National, voire l’aider à remonter en division supérieur, puis ensuite s’imposer au Maroc et gravir les échelons... toujours, étape par étape.

Par Magda Soltani
Le 16/03/2026 à 15h02