Sportivement, cette CAN a confirmé ce que l’on savait au moins depuis l’édition de Côte d’Ivoire. Pour gagner, il faut aller au bout de soi-même et maitriser tous les éléments, pas seulement sportifs. La sélection marocaine a presque tout bien fait. Elle est entrée doucement dans ce tournoi, montant en régime au fil des matchs. Aux quarts et aux demies, elle a carrément franchi un pallier et atteint un niveau supérieur qu’on ne lui connaissait plus, depuis le Mondial du Qatar.
Face au Cameroun et au Nigéria, deux équipes redoutables (qui auraient pu faire de beaux vainqueurs, sans doute), les joueurs de Regragui ont livré des prestations d’une folle intensité. Physiquement, ils ont répondu au défi qui leur était imposé. Psychologiquement, ils ont su gérer leurs émotions, gardant leur concentration jusqu’au bout. A ce niveau-là, ces aspects du jeu sont aussi importants que le détail tactico-technique. En un mot, ils ont tenu leur rang.
La finale fut une tout autre histoire. Il faudra lire le rapport de la direction technique et celui du sélectionneur. Parce que le fait est que, dès l’entame, on a senti un certain émoussement physique, ainsi qu’une crispation trop forte chez les Lions de l’Atlas. Ils n’ont pas reproduit leur masterclass du Cameroun et du Nigéria face à un Sénégal qui n’était pas forcément supérieur à ces deux sélections.
Dans le même temps, le Sénégal, malin en diable, leur a proposé un autre genre de défi. Les joueurs de Pape Thiaw ne sont pas allés au contact. Ils ont préféré bloquer l’axe du bien (ou du mal, cela dépend du point de vue), c’est-à-dire le couloir droit marocain, avec le tandem Hakimi–Diaz. Ce qui a obligé les Lions à se rabattre sur le côté gauche, qui n’est pas le plus performant.
C’est comme lorsque vous obligez un droitier à écrire de la main gauche. Il le fera bien sûr, mais en consentant de gros efforts supplémentaires. Les Marocains ont donc un peu déjoué, ou joué contre-nature, ce qui n’est jamais le meilleur moyen d’arriver à ses fins. Et sans doute aussi que la débauche physique et les prolongations de la demi-finale ont pesé sur les organismes.
Résultat: tout au long de la partie, et surtout en première période, les Sénégalais ont contrôlé le rythme et dicté le tempo du match. A partir de là, c’est comme si les dès étaient pipés. Pour l’emporter, il était évident que les Marocains avaient besoin d’un petit coup de pouce du destin, une balle arrêtée, un exploit personnel…
Ce détail positif survint bel et bien à la toute fin du temps additionnel avec le pénalty (justifié, soit dit en passant). On sait ce qui se passe dans ce genre de circonstances. Ce pénalty accordé à ce moment-là du match, il fallait absolument le transformer. L’équipe qui le rate perd, derrière, le match. Parce qu’il y a le contrecoup psychologique qui profite nécessairement à l’équipe adverse.
C’est la règle et le Maroc, lors de la CAN 2019, l’avait déjà expérimentée à ses dépens quand Ziyech a manqué le pénalty de la qualification face au Bénin, en huitièmes, provoquant indirectement l’élimination de son équipe…
Au-delà du choix de Diaz de tenter une panenka, au-delà des événements malheureux qui ont entouré cette finale et de la conduite franchement antisportive du team sénégalais, le fait est que cette CAN tendait littéralement ses bras aux Marocains. Lesquels ont craqué au mauvais moment…
C’est dommage parce que le Maroc aurait fait un beau vainqueur, n’en déplaise aux haineux et à ceux qui ne connaissent pas le football. Il n’empêche que le Sénégal, sur le plan du jeu, n’a absolument pas volé sa victoire finale, au-delà des dérapages qui ont entaché la partie.




