Les hommes de Walid Regragui étaient attendus au tournant dans ces quarts de finale face à ceux de David Pagou. La défaite était impensable, la victoire devait être méritée, à travers un jeu clair et pensé. C’est exactement ce qu’ont livré les Lions, collectivement. Achraf Hakimi et ses coéquipiers ont su gérer leur match, avec calme et maîtrise, aussi bien sur le plan offensif que défensif.
Pour mieux comprendre ce succès historique, décryptage tactique avec Abdellah Kharbouchi, ancien international marocain (2005), passé par plusieurs clubs professionnels en France, aujourd’hui entraîneur et analyste.
Un Maroc solide, agressif et intelligent
Alignés en 4-3-3, les Lions de l’Atlas ont rapidement imposé leur tempo. Dès l’entame, le Maroc a pris le dessus, dans l’intensité comme dans l’organisation. Abdellah Kharbouchi parle d’ailleurs d’«une grosse première mi-temps avec une domination dans tous les secteurs», soulignant une équipe «très solide défensivement».
Le pressing marocain a été l’un des marqueurs forts de cette rencontre: «Le premier défenseur est (Ayoub) El Kaabi, déclencheur du pressing haut», explique l’analyste, qui insiste sur un pressing collectif «bien coordonné et bien travaillé, notamment en première mi-temps, empêchant l’adversaire de développer son jeu». Résultat: un bloc engagé, où «beaucoup d’efforts de la part des 11 joueurs» ont permis d’asphyxier les Lions Indomptables.

Offensivement, le Maroc n’a pas eu besoin d’en faire trop. L’efficacité a primé, avec une capacité à faire mal rapidement: «Des décalages ont été créés grâce aux mouvements et à la vitesse de percussion des joueurs», souligne Kharbouchi, avant de pointer un ajustement important après le premier quart d’heure, un «jeu plus posé, avec une meilleure utilisation de la largeur et de la profondeur».
Une lecture intelligente du match, qui a permis aux Lions de gérer leurs temps forts, mais aussi ceux ceux de l’adversaire.
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Face à cette pression constante, le Cameroun a rapidement perdu ses repères: «Les points forts du Cameroun, notamment le côté athlétique, ont été neutralisés», observe Kharbouchi, détaillant une prise individuelle efficace: «le n°10 (Bryan Mbeumo) bien pris par (Noussair) Mazraoui» et «(Carlos) Baleba (n°24) a également été bien contrôlé».
Privés de solutions à l’intérieur, les Camerounais ont dû s’adapter: «Le Cameroun a été contraint de jouer long», note l’ancien international marocain, avec une défense des Lions «remportant la majorité des duels aériens». Une donnée clé dans le rapport de force, tant le secteur central a été verrouillé.
Le dispositif de David Pagou a oscillé entre 4-3-3 et 5-3-2, après une première période marquée par «un jeu très direct». Mais les Lions Indomptables ont montré un meilleur visage après la pause, avec «une meilleure utilisation du ballon et un bloc plus haut».

Malgré cela, les intentions se sont heurtées à la rigueur marocaine: «Volonté de passer par l’axe, notamment via (Carlos) Baleba», certes, mais «les Marocains ont fermé toutes les lignes de passe intérieures». Les conséquences ont été immédiates: « De nombreuses interceptions marocaines menant à des transitions rapides» et «les joueurs clés (Mbeumo, Baleba) ont été privés de ballon».
À cela se sont ajoutés «beaucoup de déchets techniques» et une grande fébrilité sur phases arrêtées : des joueurs parfois trop statiques, «souvent devancés par des adversaires en mouvement». Malgré «une volonté de pousser en deuxième mi-temps», le Cameroun «s’est heurté à un bloc défensif marocain très solide».
Les coups de pied arrêtés, arme fatale des Lions de l’Atlas
Autre enseignement majeur de la victoire marocaine, grâce aux réalisations de Brahim Diaz, parfait dans cette CAN, mais aussi d’Ismaël Saibari, élu homme du match, la maîtrise des coups de pied arrêtés: «Ils ont manifestement été travaillés à l’entraînement», affirme Kharbouchi. Les situations ont été parfaitement attaquées, avec des «joueurs lancés attaquant les zones», à l’image du but de Diaz.

Le deuxième but est d’ailleurs venu au moment parfait et «intervient durant un temps fort camerounais et met un coup au moral de l’adversaire».
Une deuxième mi-temps plus subie, mais maîtrisée
Logiquement, le visage du match a évolué après la pause: «Le Maroc subit davantage car le Cameroun a décidé de jouer plus haut», analyse Kharbouchi. Les Lions ont parfois eu «des difficultés à ressortir le ballon sous pression», mais sans jamais rompre.
La solidité est restée le fil conducteur face à un Cameroun, qui, même en pleine possession du ballon (57,1%), poussait sans réellement déséquilibrer le bloc marocain.
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Un tournant
Dans ce genre de compétition, certains matchs sont importants pas seulement par le score, mais aussi mentalement et celui contre le Cameroun en faisait partie. Les hommes de Walid Regragui devaient faire bien plus que gagner: ils devaient jouer, avec une identité, un plan, un système, qui pose le jeu et envoie un message fort aux futurs adversaires.
Mission réussie pour Regragui et co dans un stade comble, qui n’attendait que ça, une victoire construite, lucide et collective, d’un Maroc qui sait gérer les moments, dans une CAN où tout peut arriver, même à la maison.
Vingt-deux ans après avoir atteint le dernier carré de la compétition continentale (finaliste en 2004), le plafond de verre est brisé, et les Lionsdel’Atlas confirment clairement leur ambition de conserver la coupe à la maison.
Maroc-Cameroun au Complexe Moulay Abdellah à Rabat, lors des quarts de finale de la Can 2025, au Maroc. (09.01.2025)






