CAN 2025: Les masques tombent

Le sélectionneur du Sénégal, Pape Thiaw, ordonne à son équipe de quitter la pelouse après lors de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations face au Maroc, au stade Moulay Abdellah, le 18 janvier 2026.. 2026 DeFodi Images

ChroniqueUne semaine après le verdict historique de la Commission d’appel de la CAF, l’émotion et la mauvaise foi continuent de l’emporter sur le droit, le bon sens et la raison. Ce qui devrait être un débat de juristes s’est mué en un étrange spectacle où le fétichisme d’un trophée tente de s’ériger en jurisprudence contre la clarté des textes. On peut comprendre l’amertume au Sénégal, mais le football de haut niveau n’est pas une kermesse de quartier où l’on décrète sa propre justice au gré des passions. Des passions exacerbées qu’il convient de tempérer par ce proverbe Malinké-Bambara: le bruit du fleuve n’empêche pas le poisson de dormir… même si certains commentateurs semblent nager à contre-courant.

Le 24/03/2026 à 09h38

Pour ceux qui préfèrent le tumulte des réseaux sociaux à la froideur des codes, une mise au point s’impose. La CAN est régie par un arsenal disciplinaire limpide. L’article 82 du code disciplinaire de la CAF est un couperet: il sanctionne sans détour toute équipe qui se retire, refuse de jouer ou abandonne le terrain sans l’aval de l’arbitre. L’article 84, lui, en tire la conséquence logique et implacable: la défaite par forfait (3-0) et l’exclusion pure et simple du tournoi.

​Vouloir transformer un trophée en otage sentimental et défiler vendredi prochain au Stade de France, à l’occasion du match amical Sénégal-Pérou, est une erreur de procédure majeure. C’est un hors-jeu institutionnel: ni la VAR ni l’arbitre n’auront besoin de siffler, le règlement s’applique tout seul. C’est un contresens qui frise l’amateurisme. Le communiqué du Gouvernement sénégalais n’a fait qu’apporter une caution à cet irrationnel ambiant, transformant une règle de droit limpide en un labyrinthe kafkaïen où l’on cherche à condamner celui qui a simplement respecté le règlement.

​L’héritage trahi de Jacques Godet et l’hostilité programmée

​Face à ce déchaînement, le plus affligeant reste la démission intellectuelle de médias dits «de référence». Que resterait-il de l’héritage de l’illustre patron de L’Équipe, Jacques Godet, face à ce traitement à charge? Pour cet aristocrate de la plume, le journalisme était un sacerdoce où l’on servait l’exactitude avant de flatter le chauvinisme. Godet avait su s’entourer de calibres: Hanot, Ferrand, Urbini, Blondin ou Lalanne. Chez eux, le recoupement était une religion.

​Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, souvent sous l’influence de journalistes ou de plumitifs binationaux, originaires d’un pays qui a fait de la marocophobie un dogme, ou même un fonds de commerce. Cette hostilité est préparée de longue date. Ce procès d’intention permanent est dirigé contre le Maroc, mais cible surtout le Président de la FRMF. Faute de pouvoir contester les résultats sur le rectangle vert, on a adopté pour consigne de «tirer sur le pianiste», comme si abattre le chef d’orchestre pouvait changer la mélodie du match. C’est oublier qu’abattre l’artisan du renouveau du football national et le fidèle exécutant de la vision éclairée de SM le Roi Mohammed VI ne permettra jamais d’effacer la partition magistrale jouée par le Royaume.

​Ces attaques émanent également des détracteurs nostalgiques d’une vision exotique ou folklorique de l’Afrique. Ces personnes, férus des réflexes «petits blancs» d’un autre temps, sont incapables d’accepter qu’une nation africaine dicte son destin par la norme et l’excellence. Pour ces censeurs, peu importe la vérité ; ils appliquent la logique du Loup de La Fontaine: si ce n’est toi, c’est donc ton Président.

​La fange des fakes et la vérité du terrain

​Dans cette entreprise de démolition, on laisse circuler la fange des fakes et des boules puantes. Ressortir l’invention d’un abandon marocain lors de la finale de 1976 contre la Guinée — malgré le démenti cinglant de la Feguifoot — relève d’une malhonnêteté crasse.

​Rappelons que la bande à Faras a gagné sa CAN à la sueur, faisant honneur à la devise: No pain, no gain. Chérif Souleymane et consorts peuvent en témoigner avec la droiture qu’on leur reconnaît, cinquante ans plus tard. On ne bâtit pas une légende sur des fables, mais sur l’abnégation.

​Pourtant, certains médias leaders dans la zone MENA emboîtent le pas à la presse hexagonale pour ériger de véritables villages de Potemkine informationnels. On y applique avec un zèle effrayant la méthode de Goebbels: répéter un mensonge jusqu’à ce qu’il s’impose comme une vérité. Ce journalisme transforme l’information selon les diktats des adversaires du Maroc, érigeant un étrange «Salon des refusés» du football.

​Riposte structurelle: Du TAS à l’horizon 2030

​Le Maroc doit désormais bâtir une riposte chirurgicale pour protéger l’image de notre football, que ce soit à court terme — car la bataille juridique ira à son terme jusqu’au TAS — ou à l’horizon 2030. Cette riposte implique de déployer un arsenal médiatique proactif pour ne plus subir le storytelling adverse. Cette occupation systématique du terrain doit passer par la création de médias puissants, dimensionnés pour l’international.

​La formation de porte-paroles polyglottes, rompus aux codes de la communication moderne. Et la maîtrise d’un narratif cohérent, capable de cumuler le sens de l’émotion et un rationalisme juridique implacable.

​Mais au-delà de ces remous, gardons le sens de l’histoire et des responsabilités. Ces actes de dénigrement fielleux ne changeront rien au destin commun entre le Maroc et le Sénégal. Ce que l’histoire, la religion et le commerce ont bâti pendant des siècles ne saurait être brisé par un litige juridique relatif à un simple match de foot. Car si la rumeur est fumée, le droit est fondation… et même les poissons du fleuve continuent de dormir tranquilles.

Par Amine Birouk
Le 24/03/2026 à 09h38