L’Algérie a arraché sa qualification pour les quarts de finale de la CAN 2025 au bout de la prolongation face à la République démocratique du Congo (1-0), mardi à Rabat. Un succès tardif, décidé à la 119e minute par un geste splendide d’Adil Boulbina, qui devait être célébré comme une délivrance sportive. Il l’a été, certes. Mais il a aussi laissé derrière lui un malaise profond, nourri par des comportements déplacés et des provocations inutiles.
Sur le plan du jeu, les Fennecs ont souffert, douté, puis frappé au moment où l’on s’y attendait le moins. Le football aime ces scénarios cruels, où une nation tombe quand l’autre exulte. La RDC, valeureuse, quitte la compétition la tête haute. C’est précisément dans ces instants de bascule émotionnelle que se mesurent la grandeur, ou les limites, des acteurs du terrain.
Le geste de trop face à «Lumumba»
L’épisode le plus marquant n’est pas venu d’une action de jeu, mais d’une scène en tribunes. Mohamed Amoura, l’attaquant du VfL Wolfsburg, s’est dirigé vers Michel Kuka Mboladinga, dit «Lumumba», ce supporter congolais devenu viral pour sa posture figée, hommage vivant à Patrice Lumumba, héros de l’indépendance du Congo. Debout sur son pupitre, bras levé, regard perdu vers le ciel, «Lumumba» incarnait depuis le début du tournoi un symbole.
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Face à lui, Amoura a choisi l’imitation moqueuse, avant de se laisser tomber au sol. Dans les gradins, le supporter congolais, en larmes après l’élimination, encaissait un double coup: la défaite et l’humiliation. Ce moment, filmé et partagé, a heurté bien au-delà du stade. Parce qu’il ne s’agissait plus de chambrage entre joueurs, mais d’un manque de respect envers une figure populaire et pacifique.
Autre scène, autre malaise. Baghdad Bounedjah, attaquant d’Al-Shamal SC, s’est adressé au public algérien avec des propos grossiers et injurieux (on va les n…... ici), dont la cible a été interprétée par beaucoup comme visant le Maroc et son équipe nationale. Les images, là encore, ont circulé. Les lèvres parlent, les caméras enregistrent, et le football n’oublie rien.
Dans un tournoi organisé au Maroc, dans des stades où l’accueil réservé aux délégations et aux supporters algériens a été unanimement salué, ces mots ont résonné comme une trahison de l’esprit sportif. D’autant plus que, tout au long de la compétition, des Marocains n’ont pas hésité à soutenir les Fennecs, au nom du «Khawa Khawa».
«Donnez-lui des bananes, le Marocain est un animal»
Impossible, face à ces dérapages répétés, de ne pas replonger dans des épisodes récents qui ont profondément marqué la conscience sportive africaine. Comment oublier l’ouverture du CHAN 2022 à Alger, le vendredi 13 janvier 2023, au stade Nelson Mandela de Baraki? Ce jour-là, des chants ignobles, «donnez-lui des bananes, le Marocain est un animal», ont retenti dans les tribunes, sous les yeux de responsables du football mondial, alors même que la lutte contre le racisme est érigée en principe fondamental par les instances internationales.
À l’opposé de cette dérive, le Maroc n’a cessé de défendre un discours de fraternité africaine, fondé sur le respect, la solidarité et le vivre-ensemble. En Algérie, en revanche, le CHAN a été instrumentalisé par le pouvoir en place, transformé en tribune politique et en exutoire de ressentiment. Une logique désormais tristement familière, où le sport est détourné de sa vocation première pour servir un discours de haine et de dénigrement systématique à l’égard du Maroc.
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Depuis le coup d’envoi de la CAN 2025, l’organisation marocaine fait largement l’unanimité. Professionnalisme, qualité des infrastructures, fluidité logistique et sens de l’accueil: tous les ingrédients d’une grande compétition sont réunis. Sur place, de nombreux supporters algériens ne s’y sont pas trompés. Leurs témoignages, largement relayés sur les réseaux sociaux, saluent un accueil chaleureux, des stades modernes, des déplacements facilités et une organisation à la hauteur de l’événement.
Une réalité pourtant en total décalage avec le discours tenu par la presse algérienne depuis le début du tournoi. Fidèle à une ligne désormais bien installée, celle-ci s’est employée à dénigrer l’édition marocaine de la Coupe d’Afrique des Nations, cherchant à en minimiser la portée et les réussites, souvent sans même citer explicitement le pays hôte.
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Entre discours à distance et vécu sur place, l’écart n’a jamais été aussi frappant. Et dans ce contraste, une évidence s’impose: au-delà des tentatives de dénigrement, l’édition marocaine de la CAN 2025 s’affirme comme une réussite que même ses détracteurs peinent désormais à contester.
Au final, ce quart de finale gagné sur le fil aurait pu être un simple fait sportif. Il restera surtout comme un révélateur. Révélateur de comportements qui interrogent, de provocations qui salissent la victoire et d’un rapport au football où l’excès prend parfois le pas sur l’exemplarité. Célébrer après une victoire est un droit, mais provoquer, insulter et humilier n’ont jamais fait partie des valeurs du sport. À Rabat, ce soir-là, l’Algérie s’est qualifiée. Le football, lui, méritait mieux.
AFP


















