CAN 2025: une voix contre quatre, le nouveau narratif sénégalais

La finale de la CAN 2025 entre le Maroc et le Sénégal, le 18 janvier 2026 au complexe Moulay Abdellah de Rabat.

La décision du Jury d’appel de la Confédération africaine de football (CAF) est claire, majoritaire et juridiquement fondée. Mais dans le camp sénégalais, un nouvel angle émerge: celui d’une voix dissidente, brandie comme un contre-argument.

Le 07/04/2026 à 18h25

Il y a les faits. Et il y a ce qu’on en fait. Dans le dossier de la finale de la CAN 2025, la ligne est désormais claire. Au niveau de la CAF, juridiquement, le débat est clos. Le Jury d’appel de l’instance a dit le droit, appliqué le règlement, et tranché: le Sénégal a quitté le terrain sans autorisation, le match est perdu par forfait, 3-0 pour le Maroc. Point.

Mais depuis que la Fédération sénégalaise de football (FSF) a reçu les motivations du jury d’appel de l’instance panafricaine, un étrange phénomène s’est installé. Comme au soir de la finale, on assiste à une tentative de réécriture. Non plus du match, mais du droit lui-même.

Le problème, au fond, n’est pas la décision. Le problème, c’est qu’elle dérange et rappelle une vérité simple que certains refusent d’entendre: le football ne se joue pas seulement avec les pieds, il se joue aussi avec des règles, qui ne sont pas là pour être négociées au gré des émotions.

Devant le Jury d’appel, la défense sénégalaise s’est structurée autour de trois axes majeurs. D’abord, l’idée d’une simple interruption temporaire du match, et non d’un abandon au sens de l’article 82. Ensuite, l’argument de l’autorité souveraine de l’arbitre, dont la décision de reprendre le jeu aurait, selon elle, validé la situation. Enfin, une ligne plus stratégique: le Maroc, en poursuivant le match jusqu’à son terme, aurait implicitement accepté son issue et ne pourrait plus, a posteriori, réclamer une victoire administrative.

Trois arguments. Trois lignes de défense. Trois refus nets.

Le Jury d’appel les démonte un à un. Il écarte d’abord la notion d’interruption «temporaire», en rappelant que le texte ne fait aucune distinction de durée: quitter le terrain sans autorisation suffit à caractériser l’infraction. Il rejette ensuite l’argument de l’arbitre, en soulignant que son pouvoir sur le jeu n’empêche en rien une sanction disciplinaire après coup. Enfin, il balaye l’idée d’une acceptation du résultat par le Maroc, en rappelant que le droit de protester est encadré par le règlement et indépendant du déroulement du match.

Le Jury d’appel n’a donc rien inventé. Il n’a fait qu’appliquer le texte. Et c’est précisément ce qui rend cette décision incontestable.

Alors on cherche ailleurs. On ne conteste plus vraiment la règle. On contourne. On déplace. On s’accroche à un détail, un seul: une opinion dissidente. Un membre sur cinq, le Cap-verdien Faustino Varela Monteiro, n’est pas d’accord. Voilà le nouveau cheval de bataille.

Et ce n’est pas un hasard si certains médias sénégalais s’en emparent aujourd’hui avec insistance. Comme au début de cette affaire, le narratif reprend le dessus sur le juridique: on grossit la voix minoritaire, on l’érige en point d’appui et on tente d’en faire une fissure dans une décision pourtant nette. Une stratégie de communication plus que d’analyse, qui consiste à valoriser l’exception pour mieux relativiser la règle.

Il faut mesurer ce que cela signifie. Dans toute formation collégiale, le débat interne est normal. La divergence existe, elle nourrit la réflexion. Mais au moment de trancher, une règle simple s’impose: la majorité décide.

Ici, ils sont quatre à considérer que les faits relèvent clairement de l’article 82, et que l’article 84 doit s’appliquer. Quatre à estimer que le départ du terrain constitue une infraction irréversible et sanctionnable. Quatre à valider une lecture stricte, cohérente et juridiquement solide du règlement. En face, une voix s’y oppose. Une.

Transformer cette dissidence en point d’équilibre relève d’un contresens total. Ce n’est ni un débat partagé, ni une décision fragile. C’est un verdict net, rendu à la majorité par ceux qui avaient compétence pour juger.

Dans n’importe quel tribunal, dans n’importe quelle instance, un jugement rendu à quatre contre un est une décision pleine. On ne réécrit pas le verdict parce qu’une minorité a exprimé un désaccord. Sinon, il n’y a plus de justice. Seulement des opinions. Et c’est précisément là que certains tentent d’emmener le débat: du droit vers la confusion.

Mais les faits restent têtus. Ce dossier n’a pas été tranché dans le doute. Il l’a été dans un rapport clair: quatre voix contre une.

Par Adil Azeroual
Le 07/04/2026 à 18h25