Finale de la CAN: une décision disciplinaire de la CAF clémente avec le Sénégal, sévère et controversée pour le Maroc

Finale de la Coupe d'Afrique des Nations entre le Maroc et le Sénégal, disputée le 18 janvier 2026 au complexe Moulay Abdellah de Rabat. . AFP or licensors

Le Jury disciplinaire de la CAF a rendu ses décisions à la suite des incidents survenus lors de la finale de la CAN 2025 entre le Maroc et le Sénégal. Des sanctions ont été prononcées contre les deux fédérations, plusieurs joueurs et membres de l’encadrement, tandis que la réclamation introduite par la FRMF a été rejetée.

Le 29/01/2026 à 01h51

Le Jury disciplinaire de la Confédération africaine de football (CAF) a rendu ses décisions à la suite des incidents ayant entaché la finale de la Coupe d’Afrique des Nations Maroc 2025. Un verdict très attendu, censé refermer l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire récente de la compétition. Mais au lieu d’apaiser, cette décision soulève déjà une vague d’incompréhension, tant elle apparaît déséquilibrée dans la lecture des responsabilités.

Officiellement, des sanctions ont été infligées à la Fédération sénégalaise de football (FSF), à la Fédération royale marocaine de football (FRMF), ainsi qu’à plusieurs joueurs et officiels. Dans les faits, la philosophie du verdict interroge: indulgence manifeste envers les principaux acteurs du chaos côté sénégalais, rigueur extrême à l’encontre du Maroc, pays hôte.

Sur le papier, la liste des sanctions visant la FSF peut paraître lourde. Le sélectionneur Pape Bouna Thiaw est suspendu pour cinq matches officiels de la CAF, assortis d’une amende de 100.000 dollars. Deux joueurs, Iliman Ndiaye et Ismaïla Sarr, écopent chacun de deux matches de suspension pour comportement antisportif envers l’arbitre. La fédération sénégalaise est également condamnée à des amendes cumulées de 615.000 dollars, notamment pour le comportement de ses supporters et de son encadrement.

Mais au-delà des chiffres, une question centrale demeure: où est passée la qualification juridique du retrait de l’équipe sénégalaise et de l’interruption du match?

La décision de la CAF évite soigneusement de trancher sur le point le plus grave: le refus de reprendre le jeu, pourtant au cœur du débat et explicitement encadré par les règlements de la compétition. Aucune mention claire d’un abandon, aucune application directe des articles les plus lourds du règlement. Le fond du problème est contourné.

En clair, le Sénégal est sanctionné pour des comportements périphériques (attitudes antisportives, gestes déplacés, débordements de supporters) mais pas pour l’acte fondateur du chaos: la sortie des joueurs, l’arrêt du match et la mise sous pression de l’arbitre et des instances. Une lecture que beaucoup jugeront clémente, voire accommodante.

À l’inverse, le volet marocain de la décision laisse un goût amer. La FRMF et plusieurs acteurs de la sélection nationale sont sanctionnés avec une sévérité qui surprend, au regard du contexte et du rôle du Maroc dans cette finale.

Achraf Hakimi écope de deux matches de suspension, dont un avec sursis, pour comportement antisportif. Ismaël Saibari est suspendu pour trois matches et condamné à une amende de 100.000 dollars. La FRMF, elle, se voit infliger une série d’amendes: 200.000 dollars pour le comportement des ramasseurs de balles, 100.000 dollars pour l’intrusion de joueurs et membres du staff dans la zone VAR, et 15.000 dollars pour l’usage de lasers par des supporters.

C’est précisément cette accumulation qui pose problème. Le Maroc, pays organisateur, se retrouve sanctionné non seulement pour des faits de match, mais aussi pour des éléments périphériques, parfois difficiles à maîtriser, surtout après le chaos provoqué par la sélection sénégalaise. La responsabilité collective est étendue à l’extrême, au point de donner le sentiment que l’instance disciplinaire a voulu «équilibrer» politiquement son verdict, quitte à forcer le trait.

Autre point sensible: le rejet pur et simple de la réclamation introduite par la FRMF, qui invoquait des violations des articles 82 et 84 du Règlement de la CAN par la FSF. Là encore, la CAF choisit la voie la plus courte. Pas de débat public, pas de motivation détaillée, pas d’explication approfondie sur les raisons du rejet.

Ces décisions vont certainement alimenter le malaise. Car une finale de CAN interrompue, des joueurs quittant la pelouse, des tribunes envahies et un match suspendu sous les yeux du président de la FIFA constituent un précédent majeur. Et ce précédent n’est pas traité à la hauteur de sa gravité.

Par Adil Azeroual
Le 29/01/2026 à 01h51