La bataille du droit et la guerre des mots

Finale de la Coupe d'Afrique des Nations entre le Maroc et le Sénégal, disputée le 18 janvier 2026 au complexe Moulay Abdellah de Rabat.

En cautionnant le refus de reprendre le jeu et en fermant les yeux sur le hooliganisme, la CAF tire un trait sur ses espoirs de crédibilité. Le président Patrice Motsepe, obnubilé par le strass, les paillettes et les confettis, a été le témoin de cette mascarade pendant la finale. Il est le complice involontaire de ce verdict injuste.

Le 29/01/2026 à 13h34

Le verdict de la Commission de Discipline de la CAF est tombé. La montagne a accouché d’une toute petite souris. Ce jury a été d’une clémence inouïe envers la partie sénégalaise, tout en ayant la main lourde contre les joueurs et l’encadrement du Maroc. En rejetant la réclamation de la FRMF, les membres du jury ont évité la question centrale: comment qualifier le retrait de l’équipe sénégalaise et quelles sanctions appliquer à l’interruption du match? ​Un semblant de juridisme et des impératifs politiques l’ont emporté sur l’éthique sportive. La CAF a cédé devant un storytelling victimaire alimenté par ceux qui fabriquent insidieusement du Morocco Bashing. Elle a ainsi sabordé sa propre compétition.

​Fans de foot du monde entier, vous assistez à la plus grande caméra cachée de l’histoire. Chers amis, circulez, il n’y a plus rien à voir. Le football africain reprend sa routine habituelle. La CAN 2025 au Maroc, ses pelouses, son standing d’organisation et ses records de sponsors n’ont été qu’une parenthèse enchantée. ​Place désormais à la triste réalité d’un continent où la moitié des fédérations n’ont pas de terrains homologués. Place à des compétitions qui se disputent selon deux règles différentes (avec ou sans VAR). Surtout, redécouvrons un barème disciplinaire à la carte, où la partie lésée est la plus sanctionnée.​

​Le fond du problème a été contourné, le détail l’a emporté sur le principal. Selon la logique du jury — dont il faut retenir les noms : Jane Njeri Onyango, Mohamed Mostafa El Mashta, Djonfoune Golbassia Felix, Patrick Shale, Douma Ibrahim Issaka et Ruth Kisaakye — toute équipe peut désormais quitter un match pour contester un arbitre en toute impunité. Au pire, elle risque une amende.

​En cautionnant le refus de reprendre le jeu et en fermant les yeux sur le hooliganisme, la CAF tire un trait sur ses espoirs de crédibilité. Le président Patrice Motsepe, obnubilé par le strass, les paillettes et les confettis, a été le témoin de cette mascarade pendant la finale. Il est le complice involontaire de ce verdict injuste. Même le président de la FIFA verra débarquer en Coupe du Monde des joueurs ayant agi en toute impunité.

​Au-delà du rectangle vert, notre pays a subi une défaite significative: celle de la communication. Faute de voix fortes à l’étranger, nous nous sommes contentés d’influenceurs qui ont soudainement avalé leur langue. Notre silence n’est plus le bienvenu face à une minorité bruyante qui impose sa loi.

​Nos causes nobles doivent être défendues par une presse plus forte. D’ici 2030, nous devons passer de la réaction à l’action, de la défense à l’attaque à outrance. Le sport marocain ne peut plus seulement encaisser des coups. Il doit imposer ses batailles avec des éléments de langage efficaces.

​Si ces outils avaient été en place, nous aurions pu riposter: ​aux jérémiades de quelques plumitifs ou «has been» venus de l’Hexagone, aux accusations sans fondements des brouettes de l’Absurdistan voisin et aux dérives électoralistes du président de la RFEF qui s’approprie déjà la finale 2030 sans l’aval de la FIFA.

​Ce verdict nous met face à nos responsabilités. Il faut digérer ce premier round et préparer le recours devant le TAS. Cet appel doit être relayé par un bras armé médiatique articulé, car comme disait Roger Molinier: «La puissance des médias enjambe allégrement toutes les frontières».

Par Amine Birouk
Le 29/01/2026 à 13h34